Tapisserie de Portalegre : la sublime beauté avec des origines à Covilhã et Roubaix

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Visiter le Musée de la Tapisserie de Portalegre s’impose pour tout amateur d’art et belles choses, occasion pour observer, entre autres, des reproductions d’œuvres de Júlio Pomar, Lima de Freitas, Maria Keil, Vieira da Silva, Almada Negreiros, Fred Kradolfer, Costa Pinheiro, Eduardo Nery, Arpad Szenes et José de Guimarães en tapisserie.

On doit à Vasco da Gama et d’autres navigateurs, l’arrivée au Portugal du textile indien brodé aux XVIème et XVIIème siècles. On importe des œuvres uniques, demandant parfois, des milliers d’heures de travail, au Portugal on essaye de l’imiter. Le Musée Francisco Tavares Proença Júnior, de Castelo Branco, conserve et expose de magnifiques exemplaires importés au moment des découvertes de l’Inde.

Le Portugal est riche de traditions textiles de très haute qualité artistique: la broderie de Castelo Branco, les tapis d’Arraiolos, la broderie de l’île de Madeira… et la tapisserie de Portalegre.


Ce n’est pas pour rien que la tapisserie de Portalegre est considérée comme étant la meilleure au monde. On vous raconte l’histoire :

Né à Covilhã, dans la paroisse de S. Pedro, le 14 décembre 1893, l’aîné de neuf frères, le jeune Manuel Peixeiro fait des études prometteuses à l’École industrielle de Campos Melo, dans sa ville natale. Sa matière préférée étant le dessin, les croquis…

Les parents, Manuel Vicente Peixeiro et Emília Rosa do Carmo, décidèrent donc d’offrir à leur fils une digne préparation à sa vocation. Malgré leurs modestes finances, ils envoient leur fils à Roubaix, ville connue pour son dynamisme et ses progrès dans le secteur textile, afin de poursuivre les études et se former dans l’art du textile. Covilhã et Roubaix, deux villes avec des similitudes au niveau de cette industrie.

Les cours d’ingénieur textile que Manuel Peixeiro a suivi avec succès dans la ville française, lui ont permis de remporter plusieurs prix scolaires. Il ajoute à ses acquisitions techniques, une expérimentation intéressée et profonde dans le domaine du tissage, où il commence à rechercher de nouveaux points originaux, après avoir étudié méticuleusement le classique français, mailles des Gobelins et d’Aubusson.


En 1914, période troublée par la guerre qui fait rage en Europe, Manuel Peixeiro retourne au Portugal.

La première expérience professionnelle, Manuel Peixeiro l’aura dans une usine de laine située à Alenquer. Il ne restera pas longtemps à Alenquer, Manuel Peixeiro rejoint Portalegre pour renforcer l’équipe qui développe cette industrie par la main de la famille Fino, également de Covilhã.

Manuel Peixeiro rencontra et épousa plus tard Maria de Lourdes Cid de Araújo Juzarte Lopes, née à Portalegre, Sé, le 14 avril 1899, d’une famille locale estimée et bien connue. Le mariage eut lieu à Graça, Lisboa, le 20 avril 1918. Ils choisissent pour résidence la Quinta da Bemposta, à Portalegre.

Dans la Fábrica de Lanifícios on élabore des tapis manuellement, moquettes et autres pièces similaires, où Manuel Peixeiro continue d’expérimenter et d’approfondir les initiatives développées en France. Il utilise alors le point traditionnel, bien qu’il insiste sur des variantes qu’il avait déjà expérimentées à Roubaix. La facilité d’accès aux laines et aux couleurs produites dans l’entreprise lui offre de nouvelles incursions dans l’univers fascinant du tissage à la main.

En 1921, après-guerre, dans la reprise d’une production industrielle qui avait un peu stagné, Manuel Peixeiro, en utilisant les pièces expérimentales qu’il avait créées à Portalegre, organise une exposition publique de ces œuvres dans les locaux du prestigieux Ateneu Comercial do Porto.

Manuel do Carmo Peixeiro, père de Manuel Peixeiro, fait construire et développe à Portalegre une usine de textile.

Guy Fino est né à Covilhã, le 1er décembre 1920. À l’âge de 9 ans, il rejoint Portalegre avec son père, Francisco Fino. Après des études secondaires, il revient à la tradition familiale pour travailler en tant que dessinateur, dès 1938, chez Firma Morais & Fino Lda, à Covilhã, s’installant définitivement à Portalegre à partir de 1940.

En 1942, Guy Fino fonde la société Ensimagem Ldaª de Portalegre et, deux ans plus tard, il devient associé-gérant de l’entreprise paternelle, dont il semble suivre les traces. Il était, en effet, et restera tout au long de sa vie, non seulement un industriel de la laine, mais un connaisseur profond du secteur, avec une vision internationale consolidée par de multiples voyages et contacts dans les pays les plus divers. Il aimait son métier. Guy Fino n’y voyait pas seulement un mode de vie, mais une passion.

C’est cette expérience dans le secteur de la laine qui l’a amené à être contacté par Manuel Celestino Peixeiro, afin de s’associer à un projet industriel commun, la création d’une scierie à bois, une idée que Guy Fino a refusée, car il ne connaissait pas cette industrie. Une autre possibilité s’est alors présentée : relancer l’industrie du tapis à nœuds, qui avait connu un grand succès dans les années vingt. Certains métiers à tisser en bois encore existants à Fábrica das Sedas ont été assemblés dans l’ancienne Fábrica Real, et la connexion de Guy Fino à Francisco Fino Ldª a permis l’accès à la laine et à divers types de fils, ainsi qu’à la teinture nécessaire.

Le 26 septembre 1946, la société Tapetes de Portalegre Lda est créée, recevant les tapis qui y sont produits avec une bonne acceptation par le public. La concurrence d’autres entreprises similaires qui proposaient des tapis de qualité inférieure à des prix plus abordables a ouvert une crise qui a forcé l’entreprise à chercher une nouvelle voie.

Manuel do Carmo Peixeiro, le père de Manuel Peixeiro, lance le défi aux deux jeunes, son fils et Guy Fino de réaliser une tapisserie murale avec un point qu’il avait inventé des années auparavant, alors qu’il était étudiant en textile à Roubaix. Chacun s’est investi corps et âme dans le projet.

Manuel Peixeiro montre à Guy Fino des échantillons expérimentaux de tapisserie avec un point complètement différent du point français, qu’il avait idéalisé bien des années auparavant, lors de son séjour à Roubaix, inspiré des nœuds de pêcheurs, cela deviendra le point de Portalegre. Guy Fino a immédiatement pris contact avec des peintres et des spécialistes, tandis que des expériences pratiques ont été menées sur les métiers de Tapetes de Portalegre Ldª. Le dessin de la première carte d’une tapisserie de Portalegre, «Diana», exécuté en 1947, revient à un professeur du Liceu, João Tavares.

Un lien s’est créé entre Renato Torres, João Tavares et Guy Fino à José Régio. Le Poète, José Régio va suivre le développement de la manufacture, il lui consacre plusieurs écrits ce qui va grandement contribuer à son développement.

En 1949, les tapisseries de Portalegre sont présentées pour la première fois à Lisbonne. Le bond en avant dans la reconnaissance publique, nationale puis internationale, a été donné en 1952, lorsqu’une exposition de tapisserie française a eu lieu dans la capitale portugaise, au Museu das Janelas Verdes. Parallèlement, à cette exposition de tapisserie française, sans craindre les comparaisons, Guy Fino organise une petite exposition de tapisseries de Portalegre au Palácio Foz. Comparer la tapisserie française séculaire et prestigieuse avec son homologue jeune et naissant de Portalegre s’est avéré être un succès retentissant.

Guy Fino prend alors plusieurs contacts en vue de promouvoir les tapisseries au-delà des frontières. En mai 1952, il visite Jean Lurçat (1) en France, essayant de le convaincre de faire des tapisseries à l’usine de Portalegre, mais sans succès. Jean Lurçat, l’un des plus grands représentants de la tapisserie française moderne – avec Le Corbusier et Léger, entre autres – était incrédule, réaffirmant sa confiance totale dans la tradition de son pays.

A l’occasion d’un autre voyage en France, en décembre 1955, Guy Fino visite à nouveau Jean Lurçat au château de Saint-Ciré, insistant pour que le grand Maître fasse des cartes pour la fabrication de Portalegre. Gentiment, Jean Lurçat refuse, mais offre à la femme de l’industriel de Portalegre une petite tapisserie à lui, exécutée à Aubusson, avec un coq, «le coq guerrier». Guy Fino lui demande l’autorisation de le reproduire et l’invite à visiter la manufacture de Portalegre à l’occasion du prochain voyage de Jean Lurçat au Portugal, qui est accepté. L’occasion s’est présentée trois ans plus tard, lorsque le maître français a eu l’occasion de visiter Portalegre et de voir la tapisserie qu’il avait offerte, côte à côte avec une autre réalisée sur des métiers locaux. Indécis entre les deux, Jean Lurçat choisit celui de Portalegre comme original…

En 1954, Guy Fino est le seul gérant et directeur de l’entreprise, qui a gardé le nom de Tapetes de Portalegre Ldª. Ce n’est qu’en 1962, par acte public, qu’elle a changé son nom en Manufactura de Tapeçarias de Portalegre.

Dans les années soixante, les Tapisseries de Portalegre sont arrivées à maturité. Les commandes se succèdent, tout comme les expositions à l’étranger.

Le travail avec des galeries étrangères s’est avéré tout aussi prometteur et a contribué de manière décisive à la projection internationale des tapisseries de Portalegre. À travers eux, des œuvres d’auteurs portugais apparaissent dans les musées et les collections de ces pays et, à l’inverse, des dessinateurs étrangers sont venus au Portugal pour réaliser leur travail à la Manufactura de Portalegre.

Les peintres nationaux et étrangers qui réalisent les cartes de la Manufacture de Portalegre sont nombreux et prestigieux, et avec nombre d’entre eux, Guy Fino entretient des liens d’amitié et d’admiration réciproque. Outre celle de Jean Lurçat, dont la veuve était présente aux célébrations du 50ème anniversaire de la fondation de la Manufacture, et un bref contact avec Dali, les noms de João Tavares, Renato Torres, Camarinha, Fred Kradolfer, Almada Negreiros, Jorge Barradas, Cargaleiro, Cruzeiro Seixas, Dordio Gomes, João Abel Manta, Maria Keil, Lima de Freitas, Eduardo Nery, Júlio Resende, Pomar, Rogério Ribeiro, Menez, et tant d’autres font partie des artistes qui ont travaillé avec la Tapisserie de Portalegre!

Une mention spéciale doit être faite à Vieira da Silva et son mari, Arpad Szenes, avec qui, Guy Fino entretenait déjà des contacts avant même que Vieira da Silva n’accepte de peindre des cartes pour la tapisserie.

En 2001, en attribuant le nom de Guy Fino au Musée de la tapisserie de la ville, la Municipalité de Portalegre rend un juste hommage à celui qui a définitivement intégré le Portugal dans la liste des grands producteurs internationaux de tapisserie, Guy Fino ayant décédé à Lisboa le 13 septembre 1997, à l’âge de 76 ans, laissant derrière lui deux filles, qui étaient également des femmes d’affaires prospères et entreprenantes.

Les tapisseries de Portalegre sont toujours exécutées à partir d’une peinture originale, spécialement créée à cet effet. Elle est agrandie jusqu’à la dimension voulue sur un papier quadrillé, dont chaque carré représente un point de tissage, permettant un luxe de détails impressionnants.

Ce dessin est ensuite modifié pour respecter le contour des formes, les frontières entre les couleurs et les mille autres particularités qui doivent être transposées dans le tissage.

Ce travail minutieux ne s’arrête pas là. Il faut ensuite choisir les couleurs pour respecter l’équivalence entre la peinture originale et la palette de plus de 7.000 nuances de laine de la manufacture, ce qui participe à la richesse chromatique des œuvres réalisées. Par ailleurs, la trame décorative est faite de huit fils, permettant ainsi de mélanger les couleurs et de reproduire la gamme tonale des œuvres d’art que les tapisseries reproduisent.

Les tapisseries de Portalegre sont réalisées manuellement sur des métiers de haute lisse, c’est-à-dire que le tissage est fait à la verticale. Mais la technique employée diffère de celle utilisée habituellement. A Portalegre, les tisserandes travaillent sur un canevas présenté à l’envers. De plus, la trame décorative s’enroule sur la chaîne en la recouvrant dès le premier passage ; à chaque point, deux fils de chaîne sont ainsi enroulés par la trame. Dans la technique française, en revanche, chaque couleur est tissée individuellement, ce qui implique la nécessité d’une couture afin d’éviter les espaces entre deux couleurs.

Le travail est très minutieux : une tisserande ne réalise quotidiennement pas plus de 5 cm en hauteur et 60 cm en longueur ; c’est-à-dire la patience et la minutie qu’il faut déployer ! Le temps mis à terminer la totalité du travail dépend naturellement de la complexité du dessin, mais il n’est pas rare qu’une tapisserie réclame une année entière pour sa complète réalisation.

Les tapisseries de Portalegre sont des séries limitées à 1, 4 ou 8 exemplaires du même original, toutes numérotées et signées par le peintre. Elles sont identifiées par un petit morceau de tissu cousu au revers du bolduc, qui porte le titre de l’œuvre, ses dimensions, le numéro de série et la signature du peintre.

Les tapisseries de Portalegre sont des pièces uniques qui possèdent un très grand pouvoir décoratif. Plus qu’une simple et banale reproduction, elles sont, en elles-mêmes et par elles-mêmes, de véritables œuvres d’art en raison de leurs dimensions, de leurs qualités propres et des moyens utilisés pour leur réalisation. C’est pour cela que des artistes de réputation mondiale continuent de collaborer avec la manufacture.

(1) Jean Lurçat est un peintre, céramiste et créateur de tapisserie française, né à Bruyères dans le Vosges le 1er juillet 1892 et décédé à Saint-Paul-de-Vence le 6 janvier 1966. Il doit principalement sa notoriété à ses travaux de tapisserie dont il rénova en profondeur le langage au XXème siècle.

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LusoJornal