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Théâtre: «Florbela, la sœur du rêve», une très belle soirée proposée aux amis de la poesie (et du théâtre)

Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins

Le petit Théâtre du Gouvernail, tapi dans une impasse proche du canal de l’Ourcq, accueille pour dix représentations la pièce d’Odette Branco consacrée à la poétesse portugaise Florbela Espanca (1894-1930). Peu reconnue de son vivant, la plus grande partie de son œuvre fut publiée à titre posthume, grâce notamment à un groupe de fidèles admirateurs, les «florbeliens», qui fit aussi pression pour que, dix huit ans après sa mort, son père la reconnaisse enfin et fasse ériger un buste à sa mémoire.

Florbela Espanca est aujourd’hui considérée comme une figure majeure de la poésie portugaise du siècle dernier, et, ces vingt dernières années, plusieurs de ses poèmes ont été mis en musique et interprétés par des chanteuses de premier plan du monde du fado (mais pas que): Mísia, évidemment, sensible au féminisme à fleur de peau de Florbela et au désespoir, parfois rageur, parfois doux exprimé par ses textes fut la première, et à sa suite, Mariza, Katia Guerreiro, Joana Amendoeira, Ana Lains, Carla Pires, Gisela João et tant d’autres, sans oublier une version dite par la grande Simone de Oliveira, ont servi souvent magnifiquement l’œuvre de Florbela Espanca.

La pièce d’Odete Branco mêle à son texte nombre de poèmes de Florbela, et la symbiose, à un siècle d’écart, entre la langue d’Odete et celle de Florbela est telle qu’il est parfois difficile de distinguer ce qui vient de l’une ou de l’autre (au passage, belle traduction en français). Elle évoque les différents moments de la vie, ô combien chaotique, de Florbela, fille illégitime d’un bourgeois aisé de l’Alentejo et d’une servante, qui sera élevée par la famille du père et perdra sa mère à l’âge de douze ans. Divorcée deux fois (ce qui était très mal vu à l’époque) mariée trois fois, perdant son jeune frère adoré lors d’un accident d’avion, souffrant de neurasthénie, cette éprise d’absolu finira par se suicider dans une troisième tentative le jour de son trente-sixième anniversaire. Trente- six ans, l’âge où sa mère perdit la vie.

Odete Branco choisit de situer la pièce dans les derniers moments de la vie de Florbela, que l’on découvre prostrée au sol au lever de rideau. Apparaîtront trois personnages, le Frère (Axel Joubert, touchant de timidité aimante), l’Amant tant désiré et qui la décevra toujours (Nicolas Vaucher, auteur aussi des belles et simples chorégraphies qui s’intègrent dans la pièce, amoureux sincère mais incapable d’accéder au monde de Florbela) et la Jeune Florbela (Joanna Khalaf, qui incarne joliment l’espérance de la jeunesse et la peine de la vie).

Ces personnages entourent le corps prostré de Florbela, essaient de la toucher mais leurs mains, retenues par une force invincible ne peuvent même l’effleurer. Une belle scène. Il y en aura bien d’autres. Florbela qui vit ses derniers jours, c’est Daniela Costa, qui dira, chuchotera, criera, chantera même (Daniela est aussi fadiste), ses espoirs déçus, ses malheurs familiaux, sa quête d’amour absolu (autre superbe moment entre Daniela et Nicolas Vaucher, incluant une chorégraphie qui montre que Daniela sait aussi danser). Une belle performance.

Ce spectacle exigeant, sans concessions, est mis en scène avec rigueur et sensibilité par Guy Calice sur la petite scène du Théâtre du Gouvernail, dans un décor minimaliste, mur noir, un petit bureau-secrétaire. Une soirée émouvante, prenante, qui mérite votre visite dans ce petit coin un peu isolé de la vie nocturne parisienne, mais qui vaut le détour.

 

Théâtre du Gouvernail

5 passage de Thionville

75019 Paris

Infos: 01.48.03.19.92.

 

Prochaines représentations les 24/02, 4, 11, 24 et 31/03, 9, 10 et 11/04

 

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