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Thierry Loulé: un artiste peintre franco-portugais qui rêve d’exposer… au Portugal

Sylvie Fréjoux Toulon
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Thierry Loulé est un artiste peintre et imprimeur franco-portugais âgé d’une cinquantaine d’années, marqué d’une sensibilité étonnante.

Il est né à Toulon en 1967 d’une mère et d’un père portugais. Ces deux derniers ayant connu le régime de Salazar, ils sont venus trouver une terre d’accueil en France, «un pays qui représentait une sorte d’Amérique, un pays libre à leurs yeux».

Cette interview est une occasion de découvrir, le temps d’un échange, un artiste au cœur chaleureux qui a eu l’opportunité d’exposer son art à Shangaï, à Amsterdam et même à New York, mais qui «rêve un jour d’exposer, peut-être, au Portugal et ramener un bouquet de fleurs colorées sur les terres de mes ancêtres…».

 

Quel est votre lien avec le Portugal?

Dès mes 3 ans, je partais au Portugal avec ma famille le temps des vacances. A l’époque, le voyage était long, c’était 2 jours de voyage pour y arriver, une vraie expédition. Mais le fait d’être entouré de tous ces acteurs, toutes ces générations, toute cette culture, cette éducation, c’est le résultat d’un héritage incroyable. J’apprenais le portugais à la maison, puis le français à l’école. J’assistais à un respect profond de la part de ma famille pour la France, cette terre d’accueil qui leur a tendu les bras, sans jamais quitter l’idée du Portugal, ce pays que j’observe depuis tout petit. J’adore les Portugais, c’est un peuple qui aime partager, qui aime donner, qui sait faire la fête et j’en garde beaucoup de souvenirs très touchants. D’ailleurs, j’aurai voulu écrire sur toutes ces images fortes, ces choses exceptionnelles que je vivais, mais à ce moment-là je ne savais pas ce que je vivais. Je suis très empreint par mes origines, et vous savez, je pense que si l’art part de quelque chose, je crois qu’il part de là.

 

Quel a été le cheminement par lequel vous êtes passé pour devenir artiste peintre?

Pour ma part, je pense qu’il vient tout simplement de la famille et de l’amour, parce que pour moi, l’art c’est pouvoir transmettre la quintessence de quelque chose. L’art c’est avant tout l’art d’aimer, l’art de la musique, de la table… Sans cet art, il n’y a pas d’humanité, il n’y a rien. J’ai une passion pour l’art, l’imprimerie et la cuisine depuis assez jeune, mais je pense que c’est vers 13 ans, à l’âge où les garçons commencent à devenir des petits hommes que j’ai commencé à avoir ces attirances, ces affinités. J’étais rêveur, dans la contemplation, il fallait toujours que je dessine ou que je peigne. Puis un jour j’ai dit à mon père «Papa, je veux faire de la peinture», ce qui lui a valu évidemment de se faire beaucoup de soucis. Mais avec le temps, j’ai fini par étudier l’art à Paris, puis je suis entré à l’École des Beaux-Arts de Toulon et donc forcément ça rassure.

 

Vous disiez être imprimeur en plus d’être peintre…

Oui, c’est mon métier principal, sinon je ne vivrai pas de mon art. C’est aussi ce qui a rassuré ma famille. Comme je le disais, l’imprimerie est aussi l’une de mes passions, et donc finalement ce métier, c’est un métier qui me ressemble. Ça représente la communication, la couleur, le papier, l’encre, on reste proche de l’art. Puis ça représente aussi la transmission de l’information, la multiplication du savoir, c’est magnifique.

 

Au-delà de l’amour et du don, que représente l’art pour vous?

Pour moi, ça représente aussi une façon de crier, de m’exprimer, par exemple sur une justice qui ne me convient pas. Je fais de la politique à ma manière, comme les musiciens aussi le font à la leur. L’art incarne également pour moi ce besoin de retrait, ce moment de reconnexion avec soi-même dans la peinture. Peindre c’est ma manière d’être et de m’exprimer. Vous savez, je ne suis pas à la recherche d’un public élitiste, d’ailleurs je n’ai jamais fait de la peinture pour gagner de l’argent, mais j’ai gagné de l’argent pour faire de la peinture. L’essentiel dans la peinture, c’est que celle-ci ait une histoire, une émotion, et c’est pour ça que les œuvres sont souvent si compliquées à comprendre. Je trouve que l’on ne rend pas l’art assez populaire, on le classifie souvent sans se donner la possibilité de le comprendre alors qu’en réalité celui-ci n’existe pas pour être validé. On oublie trop souvent qu’il s’agit d’un moyen de s’exprimer, et c’est d’ailleurs chez les enfants l’un des premiers moyens d’expression.

 

Est-ce qu’en tant qu’artiste, vous pensez vous inscrire dans un courant particulier?

Puisqu’il faut toujours classer les gens (rires), on me classe dans les expressionnistes, une peinture directe et franche qui me correspond, même si je ne suis pas un mouvement de peinture.

 

Avez-vous des artistes préférés, qui vous inspirent?

J’aime beaucoup le peintre russe Chaïm Soutine, mais je respecte le travail de tous les autres peintres. Certains m’ont inspiré plus jeune, d’autres, nouveaux, en grandissant, finalement les goûts et les inspirations évoluent avec la vie elle-même. Mais pour citer des artistes hors peinture, en tant que personne appréciant le Rock n’roll, j’affectionne aussi les Rolling Stones qui sont des gens vrais à mes yeux.

 

On peut lire sur votre site «je peins pour remercier Frida Kahlo», que cela signifie-t-il pour vous?

Frida est une artiste que j’admire beaucoup. Elle a donné, elle a eu mal, mais elle a toujours donné en peinture. C’était une femme avec une forte personnalité, elle a vécu jusqu’à la fin par l’amour et par la passion. Malgré son état, c’est une femme qui osait graver sur une pastèque «Viva la vida». Même si elle était comme elle était dans son corps, elle a su honorer la vie, et dire merci.

 

Parmi toutes vos créations, y’en a-t-il une qui sort du lot pour vous?

Je ne pense pas. Déjà je n’ai aucune des mes œuvres chez moi, pourtant j’ai des œuvres de plein d’autres artistes (rires). En tout cas, je pense que même si j’en avais là, maintenant, ça ne serait sûrement plus le cas dans quelques temps. Chaque jour est différent, on est dans un état qu’on quitte le moment d’après. Puis, à cela s’ajoute le fait que plus l’on peint, plus une toile en chasse une autre, toujours dans la direction du dépassement de soi, d’une évolution.

 

Parmi toutes vos expositions, y’en a-t-il une qui vous a marqué plus qu’une autre?

Chaque exposition est un moment de partage, un moment dans lequel on se sent un peu traité comme une princesse, avec tout l’intérêt qu’on nous porte. J’aime beaucoup exposer et je pense qu’avoir exposé à Paris, ça reste un très bon souvenir parce que c’est Paris, c’est la capitale, c’est un tout. Mais il y a une autre exposition qui m’a beaucoup marquée. Un jour j’ai eu l’occasion de demander au prêtre de la chapelle de «La Garne», ville de mon enfance, près de Toulon, l’autorisation d’y exposer mon art. Cette exposition a forcément été pleine de sens pour moi, puisque cette chapelle c’était mon terrain de jeu. Étant enfant, avec mes amis on venait y jouer souvent dans cette chapelle qui restait toujours ouverte. Et comme pour honorer mon «moi» plus petit, j’ai invité un copain peintre à exposer avec moi à cette exposition qui s’appelait «De l’atelier à la chapelle» justement. Et le jour de l’exposition, le prêtre, en regardant tout autour de lui, est venu me dire «Tu as vu ce que tu as créé? Regarde le monde que tu as fait venir à toi», et en fait c’était ça la création… Les pèlerins et les anciens du village qui venaient me voir, heureux de constater ce que j’avais généré. C’était super émouvant.

 

Où peut-on découvrir votre art? Avez-vous des projets à venir?

J’expose en permanence dans les galeries d’art Michel Estades, qui se situent à Toulon, Lyon, Paris et Baden-Baden, en Allemagne. Actuellement j’expose aussi dans la galerie Early Birds Art Gallery, à Knokke-Heist, en Belgique. Et en ce qui concerne les expositions à venir, il y en aura une à la galerie Pascale Froessel de Strasbourg, du 18 septembre au 24 octobre 2021. Une autre exposition aura lieu à la galerie Michel Estades de Lyon, du 20 novembre 2021 au 7 janvier 2022, à l’occasion de la présentation du livre sur mon art à sa sortie. D’ailleurs une session de dédicace du livre aura lieu à la librairie Charlemagne, de Toulon, le 27 novembre prochain.

 

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