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Philippe De Sousa un jour, Filipe de Sousa un autre, mais toujours le même, personnage central de la guitare portugaise en France. Central par son talent, central aussi parce que seul représentant à ce jour d’une génération. Nous avons en France un peu moins d’une dizaine de spécialistes de cet instrument majeur du fado, dont la plupart poursuivent une longue carrière. Parmi les jeunes quadragénaires, Philippe/Filipe est bien seul. Et la relève se fait attendre: Diogo Arsénio, un élève de Filipe, a poursuivi sa brillante carrière scientifique, qui le mène ces temps-ci loin de nos frontières, et le très doué Loïc da Silva semble privilégier l’accordéon, dont il est, aussi, virtuose, le jazz et les Etats Unis.

Philippe, en plus de ses activités instrumentales, a suivi des études de musicologie en Sorbonne, et cela a sans doute nourri sa curiosité musicale, qui le conduit parfois hors le seul fado, et son goût de la recherche de nouvelles pistes dans la tradition fadiste. C’est ce qu’illustre son nouvel album «Fado, illustrations sonores», dont il signe tous les titres et arrangements. On l’y retrouve, dans la plupart des titres, accompagné par Philippe Leiba à la contrebasse et Nuno Estevens à la viola, un trio qui fit les beaux soirs, entre autres, du Coin du fado jusqu’au retour au Portugal de l’ami Nuno en septembre dernier. Philippe Mallard, à l’accordéon, prête son concours, talentueux, sur trois des dix titres de l’album.

Les musiques composées par Philippe ont été enregistrées initialement pour s’intégrer à la banque d’illustrations sonores (pour les productions audiovisuelles de Cézanne Music Agency). Ce qui explique le titre du CD et en partie son contenu: des titres inspirés de diverses ambiances musicales liées à diverses facettes de la musique portugaise. Ainsi, «Aduleiras» est dans la tradition des danses folkloriques, «Roda coração» dans celle des fados-boleros, «Penas do Mondego» un petit air de Coimbra, «Quantos mares» un refrain valsé, et si chacun de ces titres vient d’une référence, il est aussi porteur de la patte mélodique de Philippe: inspiré et inspirant, pourrait-on dire.

Trois des titres illustrent un traitement du fado dans ses formes plus castiças et allègres, mais là aussi variées: «Fado e ginginhas» est dans la tradition des compositions du grand guitariste Armandinho, «Ruas da vida» évoque ces musiques de fado chantées naguère par Vicente da Câmara, et «Sete saias» déborde de rythme, avec notamment la contrebasse de Philippe Leiba en grande forme. Le CD comprend aussi deux solos de Philippe, l’un, «Sotavento», qui part des premières notes d’un fado corrido, explore un chemin de traverse à partir de ces notes, y revient, reprend un autre chemin. Un petit chef d’œuvre de délicatesse. L’autre, «Noite e amantes» (proposé aussi en version quartette), est une composition au ton très automnal qui évoque ce mélange de sérénité et d’inquiétude propre à cette saison, et peut-être aussi aux nuits des amants.

Il convient d’associer à la réussite musicale de cet album les autres musiciens, Nuno Estevens au rythme solide, mais aussi apportant de précieux contrechants à la guitare, Philippe Leiba, bondissant quand il faut, à l’archet mélancolique si besoin est, toujours précis, et Philippe (que de Philippes!) virtuose, mais retenu, à l’accordéon. Une virtuosité dont on sait Philippe de Sousa parfaitement capable, mais qu’il retient aussi au bénéfice de l’expression des sentiments dont il charge ses notes. Au total, un très beau moment de sérénité, parfois grave, souvent joyeuse.

Pour se procurer cet album, aller sur le site de Philippe : www.philippedesousa.com

 

 

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