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João Paulo Cuenca, étoile montante de la littérature brésilienne, était présent le 26 septembre dernier, à la Librairie Portugaise et Brésilienne, à Paris, en compagnie de Laurence Bourgeon, représentante des éditions Cambourakis, pour la présentation de son roman intitulé «J’ai découvert que j’étais mort», qui vient de paraître en français, traduit par Dominique Nédellec.

Le mobile de ce roman peut se résumer ainsi: convoqué au commissariat suite à une altercation avec ses voisins, l’écrivain J.P. Cuenca apprend qu’il est officiellement mort. En effet, un dossier en son nom fait état de son décès, en juillet 2008, dans un squat de Lapa, quartier bohème de Rio de Janeiro. «J’ai découvert que j’étais mort» (son deuxième roman publié en France) lui a inspiré son premier long-métrage, «A morte de J.P. Cuenca».

 

Dans ce roman, vous partez d’un élément autobiographique?

Oui, en effet, mon personnage a le même nom, la même date de naissance et il exerce le même métier que l’auteur du livre. Donc, dans le cas présent, je me sers bien d’un élément de ma biographie pour écrire une fiction. Cependant, mes principales références pour écrire ce livre sont liées surtout à l’œuvre de Lima Barreto, un auteur brésilien du début du XXème siècle, qui utilisait son nom ou son statut d’écrivain pour créer ses fictions.

 

En épigraphe de ce roman, vous citez une réflexion quelque peu surréaliste de Machado de Assis, tirée de son livre «Memórias póstumas de Brás Cubas»: «La franchise est la première vertu d’un défunt». Cet auteur compte beaucoup dans votre formation et votre création littéraire?

Énormément! D’une certaine manière, Machado de Assis a inventé le Brésil moderne, la culture brésilienne telle que nous la connaissons aujourd’hui. Le modernisme brésilien, le poète et écrivain Osvaldo de Andrade ou bien le courant musical Tropicália, ne seraient rien si Machado de Assis n’avait pas existé. Il est très présent dans mon travail d’écrivain. Ainsi, dans ce roman, dès que j’apprends que j’étais mort, je pense à Machado de Assis et, comme lui, je me sers de ma mort pour écrire le livre.

 

Chez Machado de Assis, comme dans votre livre, la ville Rio de Janeiro est omniprésente. Pensez-vous que Rio est en train de «perdre son âme», comme on l’affirme en 4ème de couverture?

Je ne le pense pas vraiment. Rio est peut-être à la recherche de quelque chose qui viendrait de l’extérieur. C’est une ville qui a toujours voulu imiter une autre ville. Les grandes transformations urbaines de la fin XIXème siècle et début du XXème imitaient celles de Paris, avec Haussmann. Et aujourd’hui, avec les Jeux Olympiques, ils ont voulu imiter New-York! C’est cela, peut-être, qui caractérise l’âme de Rio: construire son identité en parodiant ce qui existe ailleurs.

 

Précisément, quelqu’un a qualifié votre livre comme étant «le grand roman du Brésil post-olympique»… Pour quelle raison?

Les JO de Rio de 2016, par ses proportions gigantesques, représentaient un espoir de prospérité pour beaucoup de gens. Ils étaient le symbole d’un projet économique, politique et social, mais qui a échoué dans toute sa splendeur. Et mon livre est un regard, une radioscopie de tout cela. Les conséquences de cet échec sont visibles tous les jours. Je ne pouvais pas m’empêcher de parler de ces événements, de ce moment historique, de la ville où je vis. Nous sommes là devant dans une impasse, mais mon livre ne prétend pas apporter la solution. D’ailleurs, le protagoniste du roman, soit l’alter-ego de l’auteur, est pris lui-aussi dans cette spirale. Ainsi, dans ce roman il y a un parallèle entre la biographie du personnage, celle de la ville de Rio et celle du pays tout entier. C’est une histoire de chute, de décadence. Les JO sont un exemple de la manière dont l’État brésilien sert les intérêts des grands groupes économiques, contre les intérêts de la population. Nous sommes là devant un problème structurel du Brésil. Mon livre ne donne pas de clé pour arrêter cette mise en abyme, mais il dessine minutieusement tous les aspects du problème.

 

 

 

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