Urgeiriça, un hôtel british : haut-lieu de l’espionnage pendant la II Guerre mondiale au Portugal


Le Maréchal Craveiro Lopes, le Roi Umberto d’Italie, l’acteur João Villaret, le Président de la République Portugaise António Ramalho Eanes et le Premier-Ministre Francisco Sá Carneiro, avec sa bien-aimée Sue, le Premier ministre anglais Sir Anthony Eden, ont été des visiteurs assidus de l’Hôtel Urgeiriça, parmi beaucoup d’autres.

Par-là sont passés de nombreux espions pendant la II Guerre mondiale. Les chroniques racontent qu’Harbord, son propriétaire au moment de la II Guerre mondiale, fut un élément important de l’espionnage allié, jouant un rôle mystérieux, son hôtel servant de base à de nombreux agents secrets anglais, une porte ouverte pour rentrer au Portugal et y faire de l’espionnage.

Après la guerre, le Premier Ministre anglais Sir Anthony Eden a passé ses secondes noces avec une nièce de Winston Churchill au Mimosa Cottage (l’une des cinq villas disponibles à la location).

Par cet hôtel est également passée, au milieu des années 1950, Christine Garnier, aux frais personnels de Salazar.

Un lieu plein d’histoire, très chic, très british, dans la région de Dão Lafões.

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L’Hôtel Urgeiriça, situé à Canas de Senhorim, à environ 25 km de Viseu, fait partie de la région de Beira Alta, district de Viseu. Par la qualité de son offre, il est l’un des meilleurs hôtels du Portugal. Son architecture typique da Beira, sa façade en granit et sa décoration typiquement anglaise, font de l’Hôtel un lieu unique et extrêmement agréable, où confort et mystique sont constants. Y subsistent des éléments décoratifs, comme des tapisseries anciennes et des gravures anglaises, qui nous ramènent à un passé glamour.

Chaque hôtel a sa vie et ses secrets. L’histoire de l’Hôtel de Urgeiriça est assez intéressante.

À Urgeiriça ont été découvertes, au début du XXème siècle, un des plus grands gisements d’uranium d’Europe. L’exploitation de l’uranium se fait à Urgeiriça dès 1913.

Une des plus anciennes mines d’exploitation d’uranium au monde a d’abord été exploitée par les Anglais pour alimenter en radio le laboratoire de Marie Curie, puis avec participation du Gouvernement des États-Unis, pour le programme Manhattan.

En 1978 les mines produisaient 100 tonnes de minéraux par an. Ces mines réhabilitées, ont produit jusqu’à sa fermeture en 2001, 4.370 tonnes d’Uranium.

Charles Harbord, achète les mines de Urgeiriça en 1930. Cette concession comprenait une résidence, beaucoup plus petite à l’époque, qui servirait à soigner une de ses tantes, victime d’une grave maladie. La même année, cet Officier supérieur de l’Armée anglaise, achète une grande propriété et y fait construire un manoir. Après 5 ans, il transforme la maison en un lieu de repos et de vacances, qu’il appelle «Hôtel anglais Urgeiriça».

Le manoir alors construit, avec des logements pour les ingénieurs des mines, fut transformé en hôtel, en ajoutant un premier étage. Une cliente, Phyllis Graham, anglaise vivant à Porto et cliente régulière de l’hôtel, deviendra la compagne de Charles Harbord.

Phyllis Graham reprend la gestion de la maison. Le bâtiment sera à nouveau agrandi avec un deuxième étage dans les années 1950.

La rénovation la plus récente remonte à une quinzaine d’années.

L’Histoire des dernières années des Mines de Urgeiriça nous est racontée en 2016 par le documentaire «Cent ans de Urgeiriça» par le réalisateur Ramesay Cameron.

Le documentaire nous apprend qu’en 1949, l’accord luso-britannique a confié la gestion de la mine au Gouvernement britannique. Le Portugal impose la présence d’agents de la PIDE parmi les travailleurs de la mine, explique Donald Bennetts, Président de la Companhia Portuguesa de Urânio.

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José Manuel Byrne, fils d’un ingénieur des mines, rapporte que toutes les expéditions d’uranium et les dates de départ de Urgeiriça étaient communiquées par Radio Moscou, bien que ces informations ne soient pas publiques.

Le réalisateur du documentaire, Ramsay Cameron, a découvert que la source pourrait être Donald Maclean, un diplomate britannique en poste à la Combined Development Agency, une initiative anglo-américaine visant à sécuriser les réserves d’uranium pour leurs programmes de défense nucléaire respectifs.

Maclean était l’un des célèbres espions de Cambridge au service de l’Union soviétique. Maclean a fini par faire défection, il s’enfuit pour Moscou en 1951.

Intéressé par «l’histoire complexe» des mines aujourd’hui désactivées, Ramsay Cameron a lancé ce projet il y a 25 ans, également motivé par ses propres souvenirs d’Urgeiriça, où il est né.

Son père, James Cameron, était un géologue travaillant pour le Gouvernement britannique. La famille y a vécu pendant environ une décennie, jusqu’à ce que les autorités portugaises reprennent le contrôle des mines en 1962.

LusoJornal