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Victor Sousa, le dernier décorateur de la porcelaine d’Arras

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Victor Sousa fait partie des artistes qui ont fait renaître la porcelaine d’Arras, malheureusement en disparition à nouveau depuis 2008.

Âgé de 68 ans, il est arrivé en France en avril 1975, plus précieusement à Arras, où il a créé famille, son épouse étant française. De leur union 4 enfants sont nés, tous ont fait des études.

Naître à Ílhavo, comme dans d’autres villes au monde, à l’exemple d’Arques (1), c’est comme avoir un destin, une vie presque préalablement tracée, car Ílhavo est mondialement connue car on y fabrique la porcelaine du nom de Vista Alegre.

L’usine de Vista Alegre, située dans le quartier du même nom, totalement rénové en 2016, produit de la porcelaine de très haut de gamme. L’usine fait partie du groupe Visabeira depuis 2009.

À Ílhavo, la vie y était, en grande partie, organisée en fonction de Vista Alegre: on naissait avec Vista Alegre, on mourrait avec Vista Alegre, on allait à l’école Vista Alegre, il y a les associations, des clubs qui ont vu le jour grâce à Vista Alegre… Quoi donc de plus normal que Victor Sousa débute sa carrière dans cette usine de porcelaine?

A 12 ans, il entre à l’école de dessin de Vista Alegre, et il y suivra des cours pendant 2 ans. A 14 ans il fait son entrée dans l’usine proprement dite, dans la section de décoration. Symbole de la grandeur et du nombre d’ouvriers travaillant pour cette usine, son numéro d’ouvrier resté en mémoire était le 4.444.

Victor Sousa se souvient de Vista Alegre, de son barbier, de la coopérative où il faisait des achats moins chers qu’en ville, il y avait une crèche pour les enfants des ouvriers… Vista Alegre était, selon Victor Sousa, comme qu’une ville dans la ville.

 

La porcelaine d’Arras renait en 1960

Caudron a eu l’idée de faire renaître, en 1960, la porcelaine d’Arras, une porcelaine dont les origines remontent à 1770. Il fait venir du Portugal 4 ouvriers pour peindre sa nouvelle porcelaine d’Arras. Il y avait Victor Morgado, José Oliveira, Eugénio Gonçalves et Victor Sousa.

La porcelaine en tant que telle, venait de Limoges et d’Allemagne, la base de sa fabrication étant le Kaolin. La décoration était, quand à elle, faite à Arras par les 4 compères, selon la méthode de 1770, sous le nom d’usine, SARL Caudron.

Cette entreprise fermera ses portes en 2008. Victor Sousa sera embauché, à ce moment-là, par un artisan qu’il avait lui-même formé.

Après 52 ans de décorateur de porcelaine, Victor Sousa vient de partir en retraite il y a 2 ans, après avoir travaillé pour son compte en tant qu’auto-entrepreneur. Il continue, toutefois, à décorer de nouvelles pièces pour son plaisir ou pour des amis.

Pour expliquer le travail du décorateur/peinture de porcelaine, Victor Sousa montre une tasse de thé et son plat. Le travail de l’artiste pour faire le décor de l’ensemble a demandé deux jours de travail.

La porcelaine, avant d’être présentée en boutique, subit plusieurs cuissons à différentes températures. Sachant que chaque couleur demande une cuisson différente. A titre d’exemple, les couleurs or et rouge saturne sont les dernières couleurs à être peintes sur de la porcelaine, elles subissent la dernière cuisson, car elles éclateraient si elles subissaient plusieurs cuissons.

 

Une porcelaine particulière

La porcelaine d’Arras n’est décorée que d’une seule couleur, le bleu. Après que le décor ait été finalisé, l’objet est cuit à 1.200 degrés pendant toute une nuit. Selon le type d’objets et de décors, le four peut être réglé à des températures différents.

Victor Sousa n’a pas de four pour cuir les pièces qu’il fabrique. Il faut produire une grande quantité d’objets pour rentabiliser un tel investissement. Donc, il fait cuire ses œuvres chez une dame pas loin d’Arras qui, elle-même, fabrique et vend de la poterie.

Les pièces dans le four peuvent se mettre les unes sur les autres sans qu’elles se touchent pour éviter qu’elles se collent entre elles. Pour éviter ce contre-temps, on met une plaque entre chaque pièce, les pièces étant elles-mêmes posées sur une espèce de trépied.

Les pièces que Victor Sousa décorait, pouvaient être sous commandes ou selon ses goûts. Pièces qu’il vendait par la ensuite. Il a eu des commandes qui sont même venues de l’équipe professionnelle du Lens, qui offrait lors des compétitions internationales des plats en céramique d’Arras à l’équipe adverse/visiteuse.

Le travail de décorateur de la porcelaine est un travail très minutieux, c’est un travail où la patience est la qualité absolument requise, il ne faut pas trembler du tout.

Victor Sousa prévient: il ne faut pas confondre les pièces dites en biscuit, de celles en porcelaine. Ces dernières brillent, le brillant venant de l’émail dont la véritable porcelaine est couverte. Les pièces en biscuit sont cuites à 850°C, tandis que la véritable porcelaine d’Arras est cuite à 1.240°C. Dans cette dernière, la peinture pénètre dans la propre matière de la pièce, tandis que dans les pièces en biscuit, la peinture/décoration reste superficielle.

Le bleu utilisé dans la porcelaine d’Arras est extrait de la poudre de cobalt, un oxyde métallique, qui est mélangé avec un petit couteau à la térébenthine, pour pouvoir être utilisé pour peindre.

Les ustensiles utilisés par notre artiste sont tout simplement une plume à écrire et de petits pinceaux qui, quand la peinture est sèche, sont lavés avec de l’acétone.

Tant que la pièce n’a pas été cuite, on peut corriger ou effacer un décor.

Il y a eu des pièces fabriquées chez l’ex-patron de Victor Sousa, l’entreprise Caudron, qui ont eu un énorme succès, notamment une série de 12 plats avec comme dessin les monuments d’Arras. L’entreprise Caudron a dû produire ces séries grâce à la décalcomanie: le dessin était sur du papier et en l’humidifiant, on fait passer le dessin sur le plat.

Qu’on ne se trompe pas, dans un plat décoré par décalcomanie, le bleu est uniforme, il y a moins de nuances dans la couleur que dans les décors peints complètement à la main. À l’époque, chaque plat avec le décor d’Arras , était vendu au prix de 530 francs (80 euros).

Victor Sousa est un des derniers, voire le dernier décorateur de la porcelaine d’Arras. Il a essayé de former, à deux occasions, deux jeunes, ils ont abandonné après deux jours d’enseignement. Il y a chez les jeunes, selon Victor Sousa, un manque de patience qui permettrait la survie de la porcelaine d’Arras.

Actuellement Victor Sousa travaille sur un plat dont le décor s’inspire de la ville d’Arras.

Toutes les pièces produites par l’artiste sont signées par lui.

 

(1) Ville du Pas de Calais où l’on fabrique la cristallerie du même nom. Il y a de cela quelques dizaines d’années, plus de 20 mille personnes travaillaient dans l’usine qui fabrique encore de nos jours de la cristallerie.

 

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