En temps de guerres, Benfeita fait résonner sa Fête de la Paix par 1.620 coups de cloche

Un peu partout sur la planète, les guerres font rage, alors que ce 8 mai ont a célébré la fin de la seconde guerre mondiale.

Le Portugal n’a pas participé à cette guerre. Salazar s’est targué de l’avoir évité pour les Portugais.

Combien d’entre nous, enfants, n’avons pas entendu de nos parents la phrase attribuée à Salazar : «je vous délivre de la Guerre, mais pas de la faim» et pourtant… Bien des Portugais ont participé à cette guerre, en intégrant la Légion étrangère en France, en devenant des Résistants, des Portugais ont été déportés, des Portugais sont décédé dans des camps d’extermination en Allemagne…

Le 8 mai n’est pas férié au Portugal, toutefois un petit village au Portugal tient à signaler la fin de la II Guerre mondiale d’une manière toute particulière, le petit village de Benfeita, une action digne d’être ici soulignée, une «Bien feita» action.

Chaque année, depuis 1945, le clocher d’un petit village de la commune d’Arganil fait entendre 1.620 coups de cloche le 7 mai. Une célébration unique au Portugal, organisée pour commémorer la fin de la II Guerre mondiale.

Dans le centre du Portugal, au cœur des montagnes de la Serra do Açor, le paisible village de Benfeita change de visage à l’occasion de la Festa da Paz, la Fête de la Paix. Nichée dans un décor de schiste et de forêts luxuriantes, cette petite localité attire d’ordinaire les visiteurs en route vers le célèbre village de Piódão. Pourtant, derrière son apparente tranquillité, Benfeita cache une tradition historique singulière.

Située à proximité de la zone protégée de la Mata da Margaraça, l’une des plus belles réserves naturelles du pays, Benfeita offre des paysages remarquables. Les miradors dominant la vallée, ainsi que la cascade de Fraga da Pena, une chute d’eau de près de 20 mètres, entourée de chênes et de châtaigniers, rappellent la puissance sauvage de cette région du Portugal intérieur.

Une tour pour célébrer la paix

L’histoire de la Fête de la Paix remonte à 1945. Cette année-là, Mário Mathias, personnalité influente originaire de Benfeita, décide de financer la construction d’une tour de l’horloge équipée de deux cloches. Homme politique, journaliste et entrepreneur, il reste profondément attaché à son village natal malgré une carrière menée dans différentes régions du Portugal.

La tour, haute de neuf mètres et bâtie en pierre de schiste brun, se distingue encore aujourd’hui des maisons blanchies à la chaux du village. Initialement baptisée «Tour Salazar», elle sera plus tard renommée «Tour de la Paix», un nom plus fidèle à l’esprit qui avait motivé sa création.

Car l’objectif de Mário Mathias était clair : célébrer la fin de la II Guerre mondiale. Le 8 mai 1945, jour de la signature de l’armistice mettant fin aux combats en Europe, la cloche de Benfeita retentit pour la première fois. Selon la tradition locale, un ingénieur britannique lié au village aurait annoncé la nouvelle avant même qu’elle ne soit largement diffusée dans le reste du monde.

Depuis lors, chaque 7 mai, dernier jour de guerre, la cloche sonne exactement 1.620 fois, une pour chaque jour qu’a duré le conflit mondial entre 1939 et 1945. En 2026, cette tradition a ainsi célébré son 81e anniversaire.

Une célébration tournée vers la mémoire

Dans un monde toujours marqué par les conflits, Benfeita continue de défendre un message de paix. Du 7 au 10 mai, le village a accueilli une série d’événements mêlant mémoire historique, culture, convivialité et gastronomie (Festa do bucho).

À l’occasion de l’édition de cette année, la célébration a pris une importance particulière : la Tour de la Paix est désormais candidate au classement comme patrimoine d’intérêt municipal.

Les festivités ont débuté avec les 1.620 coups de cloche, suivis d’une cérémonie officielle et de l’inauguration d’une exposition consacrée à la mémoire et au totalitarisme en Europe au XXème siècle.

Le programme s’est poursuivi avec des lectures de poésie autour de la paix et de la liberté, une installation artistique intitulée «1.620 fils de paix», un concert choral, un goûter communautaire et la fête du “bucho”.

Entre ses maisons de schiste, ses paysages montagneux et son étonnante tradition pacifiste, Benfeita rappelle qu’un petit village peut porter une mémoire universelle. Alors que les guerres continuent de marquer l’actualité internationale, ce coin reculé du Portugal fait encore résonner, année après année, un message simple : la paix mérite d’être célébrée.

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