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A la rencontre des prisonniers Portugais du Fort de Mons

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«Nous marchions lentement au moment où nous avons aperçu un petit mont de terre. On voyait ici et là des cheminées qui sortaient du sol. C’était le Fort de Mons. On s’approchait. Une énorme grille en fer fermait le Fort, alors qu’une sentinelle armée, allait de gauche à droite…

Nous sommes passés par une petite cour et puis nous sommes rentrés par une porte qui conduisait aux prisons. Après avoir monté un escalier en pierre, nous avons longé un couloir large et aéré… nous avons pris un autre qui tournait à gauche plus étroit et voûte. Dans ce couloir les portes des prisons s’ouvraient séparées par des grilles en fer… La cinquième nous a été indiquée comme notre lieu de captivité.

Dans une superficie de 113 mètres carrés on a entassé 330 prisonniers… ce lieu ne possédait qu’une seule fenêtre pour renouveler l’air. La superficie était tellement exiguë que tous ne pouvaient se coucher…

L’air est vite devenu insupportable ainsi que la chaleur.

On nous a privés d’eau pendant trois jours et le repas était plus que léger: un quart de pain et un bol de soupe, nous étaient servis dans la cour, moment où l’on respirait un peu d’air frais… on mourait lentement dans le Fort de Mons. Nous sommes restés là 10 jours…»

Qu’il est émouvant de lire un tel récit! Qu’il est émouvant cent ans près, de refaire presque le même parcours.

Le récit c’est celui d’un poilu portugais, António da Fonseca Costa, rédigé le 08 novembre 1918, à Pamel, en Belgique. Comme des milliers d’autres militaires, António Fonseca a été fait prisonnier lors de la Bataille de La Lys, le 09 avril 1918.

Tous les prisonniers n’ont pas suivi le même parcours et n’ont pas été envoyés aux mêmes camps. Une grande majorité passera par la Citadelle de Lille. Ils y sont arrivés le 16 avril. De là ils ont marché à pied jusqu’au Fort de Mons – à Mons-en-Baroeul – dans la banlieue lilloise.

Le Fort de Mons a été construit entre 1878 et 1880. Raymond Adolphe Sére de Rivière qui a dirigé la Direction du Génie a fait édifier aux abords de Lille, sept forts, dits d’«arrêt», dont celui de Mons-en-Baroeull, fort très bien conservé.

Sére a fait construire pas moins de 500 ouvrages d’art et 116 Forts, tous redoutables et de difficiles d’accès.

Dès les premiers temps de la 1ère Guerre Mondiale, les Allemands ont occupé le Fort de Mons. Par là sont passé des prisonniers de différentes nationalités.

António da Fonseca écrit: «Une demoiselle a réussi à s’approcher et m’a demandé si on nous conduisait au Fort. J’ai tremblé d’horreur et un nuage noir a traversé mon cœur comme si on m’avait lu la dernière sentence avant la guillotine…».

Un autre prisonnier, Carlos Nunes Bravo, qui a passé par le Fort de Mons, aussi connu du nom du Général de l’Empire, Fort Macdonald, nous a laissé le témoignage: «C’est dans ce fort Macdonald que ces sauvages allemands me firent les pires cruautés… J’ai failli mourir de soif. Le 25 mai, nous sommes arrivés dans une autre ville appelée Loos, en fin de soirée… D’avril à octobre, avec mon groupe, nous sommes restés à Lille ou ses environs, aux travaux forcés pour les Allemands».

Qu’elle fut la plus grande souffrance? Celle d’être dans la tranché, là où la faim et la soif se font moins sentir ou d’être prisonnier aux mains de Allemands?

Les guerres sont terribles, il y a toutefois une certaine organisation et programmation. Pendant la 1ère Guerre, tant qu’il n’y avait pas d’attaques, dans les tranchés ont attendait, la journée de solitude était ponctuée par l’heure du café, l’heure des nettoyages, l’heure de l’inspections… et l’on mangeait et buvait, peut-être pas bien, mais on mangeait et buvait, biens essentiels dont on a souvent privé les prisonniers.

Partis du Fort de Mons les prisonniers portugais ont été dispersés et envoyés par train ou à pied vers des camps en Allemagne: Minden, Friedrichsfeld, Breesen, Münster et bien d’autres.

On mangeait mal en Allemagne, conséquence des efforts de guerre. Ce manger mal se répercute sur les soldats prisonniers. Beaucoup de récits de soldats portugais emprisonnés en Allemagne citaient les ingrédients de la soupe journalière: betterave, quelques pommes de terre encore avec la peau et parfois de la terre, carottes à moitié pourries, farine et pas de graisses.

Les Conventions n’étaient pas respectées. Les prisonniers portugais se sont plains du manque d’assistance et du manque d’aide des autorités. Les prisonniers d’autres nationalités étaient bien mieux approvisionnés. Des soldats français ont partagé, par compassion, des provisions qui leurs arrivaient de France avec leurs homologues portugais.

Rares étaient les correspondances de familiers qui arrivaient jusqu’aux prisonniers. Il y avait la distance, mais surtout la censure.

Nous avons pu assister à une des réunions de l’Association d’Histoire de Mons et nous avons parcouru, en partie, les mètres que les soldats portugais ont sillonnés en entrant au Fort.

Fort qui ces dernières années a était très bien restauré. En faisant le parcours, nous avons essayé de nous imprégner par le récit d’António da Fonseca Costa, nous avons essayé de remonter le temps, 100 ans en arrière.

Impossible, évidemment, de revivre les mêmes sentiments que ceux, de centaines, voire milliers de soldats portugais, qui ont été regroupés pendant quelques jours dans ce Fort. Nous avons pensé à eux, nous avons imaginé, oubliant parfois d’écouter le guide de la matinée.

Les visites se font gratuitement tous les premiers dimanches du mois entre 9h45 et 12h30.

Fort de Mons. À découvrir… à revivre. Il y a eu là, du sang, des larmes, de la sueur… de portugais, de combattants portugais, de prisonniers portugais, un peu de notre histoire…

 

 

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