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«Florbela, la soeur du rêve»: une adaptation théatrale captivante

Philippe Martins Philippe Martins Philippe Martins

Florbela Espanca (1894-1930) est aujourd’hui considérée comme une des poétesses majeures de la littérature portugaise du siècle dernier. Aujourd’hui, précisons-nous, car elle fut fort peu publiée de son vivant, à une époque où femme poète (et plus généralement femme écrivain) avait tout de l’oxymore au Portugal, qui s’est fort heureusement rattrapé depuis.

Poétesse de la saudade, souvent la plus noire, poétesse aussi d’une soif d’absolue, évidemment jamais étanchée, d’une sensualité toujours contrariée (Florbela divorça deux fois, ce qui en ce temps là fut très mal considéré, et eut de multiples liaisons, toujours malheureuses) et une vie marquée par un parcours familial dramatique.

Fille d’un bourgeois et de sa domestique son père ne la reconnaîtra qu’après sa mort, lorsque le premier monument érigé à sa mémoire fut inauguré (il n’y avait pas, en ce temps-là, de mouvement #balancetonporc), quoiqu’il prit soin de son éducation.

Mère décédée quatre ans après sa naissance. Frère cadet adoré mort dans un accident d’avion trois années avant elle, qui perdit la vie suite à un excès de barbituriques. Suicide probable, Marylin avant Marylin, qui fut alors maquillé en «œdème pulmonaire».

Un tel destin tragique, comme le fut, un siècle plus tôt celui de Maria Severa Onafriana, première fadiste entrée dans l’histoire. Et comme pour Maria Severa, un tel destin inspira, pour le meilleur et le moins bon, romanciers, dramaturges, historiens professionnels ou amateurs: les ouvrages traitant de Florbela Espanca sont beaucoup plus nombreux que ceux de la main même de la native de l’Alentejo.

Le mérite, immense, d’Odete Branco, auteure de «Florbela, la sœur du rêve» (*), est d’avoir mêlé poèmes de Florbela Espanca et textes de liaisons entre ces poèmes, qui restituent les dernières années de Florbela, après la mort de son frère qui la laisse dévastée. Choix de poèmes judicieux, magnifiquement traduits par Horácio Ernesto André, textes élégants, respectant l’atmosphère des poèmes, au point qu’il est parfois difficile de faire la part entre ce qui est de la plume d’Odete Branco de celle de Florbela Espanca, bénéficiant des avisés conseils de Dominique Stoenesco, notre distingué confrère de LusoJornal: la pièce de théâtre publiée, ou plutôt «performance», comme on dit maintenant, par Odete Branco voici deux ans n’attendait qu’une chose: être mise en scène sur les planches.

Ce fut le cas l’année dernière sur quelques scènes parisiennes, proposant le texte intégral. Le spectacle revient cette année dans une version plus courte (55 min), où le focus est plus centré encore sur ces trois dernières années de la vie de Florbela, entre la mort du frère et celle de Florbela. Cela nous prive certes de quelques beaux textes, et d’une chanson façon fado qui figurent dans la version «longue» (75 min), mais densifie la montée dramatique de la fin tragique de la pièce.

Mise en scène conjointement par Odete Branco et Ségolène Point, la version courte présentée ce 8 mars dans le cadre chaleureux proposé par la péniche Antipode, est interprétée par Stéphane Majetniak, parfois frère, parfois amant, sobre comme il sied, et par ailleurs co-auteur, avec Bruno Belthoise et Larbi Mejjaoui, des musiques qui parsèment la pièce, Stéphanie Reynaud, à qui il revient de retranscrire la «conscience» de Florbela, ce dont elle s’acquitte avec talent, et Daniela, que nous connaissions en tant que fadiste et qui révèle ici d’étonnants talents de comédienne, en scène du début à la fin du spectacle.

Ayant consacré voici peu un article, disons, élogieux à la Daniela fadiste, on ne voudrait pas en rajouter. Cédons donc la plume à Karine Bucher, une amie du fado et admiratrice de Florbela, présente ce soir là: «J’ai été bluffée. Daniela est entrée dans ce rôle avec une intensité remarquable, faisant vivre la poésie de Florbela Espanca. Bravo». On partage.

 

(*) editions Orfeu (www.orfeu.be)

 

 

 

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