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À l’occasion de la projection, suivie de débat, du film documentaire de José Vieira «La photo déchirée», à Tourcoing, nous l’avons interviewé pour LusoJornal.

José Vieira est un témoin de son temps, il nous raconte ses souvenirs d’immigration, mais surtout donne la parole à ceux qui sont partis du Portugal à la recherche d’un meilleur ‘ailleurs’. Traiter le thème de l’immigration portugaise n’est pas son unique combat, d’autres combats sont d’actualité.

José Vieira a des convictions, des certitudes, mais se pose aussi des questions, nous les pose:

 

Alors qu’on approche de la fin de la deuxième décennie du XXI siècle, pourquoi avez-vous besoin de réaliser des films documentaires en rapport avec l’immigration portugaise, sur ce qui s’est passé il y a plus d’un demi-siècle? Quel est votre but?

Le film qu’on vient de voir date de 2001. À l’époque, j’ai senti le besoin de faire l’histoire de ce qui n’avait pas encore été fait, à de rares exceptions, dans des films ici et là. C’est une histoire, ce sont des bouts d’histoires, d’autres pourront reprendre, il y a bien des choses à dire, beaucoup d’histoires à raconter. «La photo déchirée», est un film sur l’histoire de l’immigration portugaise. En 2019 je ne travaille plus sur l’immigration portugaise, mais à partir de l’immigration portugaise. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est ce qui se passe avec toute cette immigration qui est en train d’arriver en Europe à un moment où celle-ci est en train de se fermer. Que notre histoire à nous, serve de témoignage, que notre histoire puisse faire comprendre ce qui se passe de nos jours, à notre porte. J’ai commencé à traiter le thème de notre immigration parce que c’est de là que je viens. Je me pose la question si les immigrations finalement ne sont pas toujours un même processus qui se met en œuvre. Le film projeté l’année passée dans cette même salle «Les émigrés», je le considère pas comme étant un film sur l’émigration portugaise, mais sur les émigrés au sens large. Dernièrement, sur l’une de mes projections, il y avait une vietnamienne, elle m’a dit: «ce film-là me parle, ça me touche». Miguel Torga disait: «l’universel c’est le local moins les murs»… c’est ce que j’essaie de faire.

 

Pendant le débat vous avez affirmé que l’immigration, les immigrations, sont essentiellement un problème politique, c’était vrai hier, cela reste vrai aujourd’hui. Pouvez-vous développer?

Quelqu’un dans la salle a réagi ne sachant pas ce que je mets dans le mot politique. Je ne parle pas de politique partidaire, je ne parle pas de partis. Le contexte de l’émigration portugaise est la conséquence d’une dictature, d’une guerre coloniale, de la misère, de l’oppression, du risque d’aller en prison. C’est en cela que je dis que l’émigration est un acte politique. Émigrer était un plébiscite contre le régime de Salazar. Ce qui se passe de nos jours, c’est pareil. Les personnes qui partent de certains pays d’Afrique et qui se retrouvent aux frontières de l’Europe, ont fait le même choix: ils fuient la dictature, les guerres, la misère, la faim. Ce qui se passe aujourd’hui est évidemment bien plus grave, il y a bien plus de morts, c’est plus dramatique dans un contexte où les frontières se ferment. Ce que nous avons vécu peut nous faire comprendre et faire ouvrir les yeux sur ce qui se passe de nos jours à notre porte.

 

Avez-vous encore des idées de films, des idées à développer, êtes-vous arrivé au bout dans le recueil de témoignages?

C’est un sillon que je vais continuer à creuser. Je veux mettre en évidence les situations actuelles, ce que nous vivons, aller tourner avec les gens qui arrivent aujourd’hui en Europe, aller aux frontières voir ce qui s’y passe. L’histoire de l’immigration portugaise est ma propre histoire. Actuellement je ne tourne plus sur ce qui est mémoire de l’immigration, mais à partir de cette mémoire, pour aller tourner sur ce qui se passe de nos jours.

 

Cela fait 50, 60 ans que les Portugais sont arrivés en France. Peut-on dire qu’on est venu enrichir la France et que, par exemple, notre folklore fait partie désormais de la culture de la France?

Je ne sais pas si le folklore portugais enrichit la France. Je suis bien en France, on est bien en France, toutefois quand je réfléchis à ça, quand je vais par-ci par-là, que je vois les clubs de foot, je me demande dans quelle mesure les Portugais n’essayent pas d’être tout de même un peu à côté, qu’ils veuillent marquer et faire communauté. Si on regarde les plus anciennes immigrations en France, qui fait plus communauté que les Portugais? Je ne vois pas. Se rassembler, faire du foot ensemble, les associations, le folklore, faire connaître tout ce qui est en rapport avec le Portugal, qui en fait plus? Je me pose la question, toutefois je n’ai pas de réponse. Quel sens peut-on donner à ce phénomène? Pourquoi un tel besoin? Besoin que je ne ressens pas et qui malgré tout n’est pas majoritaire. Je me pose la question «que veut dire être portugais en France?». Voilà un motif de recherche. Albano Cordeiro le disait très bien: «les Portugais sont ceux qui sont le plus intégrés, mais ce sont eux qui font le plus de choses à côté, le plus communautaire». On trouve là le paradoxe de l’immigration portugaise en France.

 

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