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Une partie du Festival Métis de Saint Denis se déroule en extérieur, dans divers parcs ou jardins de la ville et de sa périphérie. C’est donc dans le grand jardin, ou mini-parc du Conservatoire Frédéric Lemaitre, de Pierrefitte-sur-Seine que s’est produite Carminho, accompagnée des jeunes André Dias (guitarra) et Flávio Cardoso (viola) ainsi que Tiago Maia (viola baixa), aux airs de bandit sicilien, tous trois excellents. Un bien joli cadre pour ce concert, qui se déroula à l’heure où «le paysage commence à s’estomper dans une obscurité indécise avant que l’air devienne solennel», comme le narrait jadis Reginald Jeeves.

Une ambiance familiale et bon enfant pour une centaine de personnes, assises sur les chaises du jardin, ou dans l’herbe, ou debout pour partager sans apprêt ce moment convivial. Nous savions que Carminho avait l’intention de reprendre dans ce concert une bonne partie des textes de son dernier album, “Maria”, écrits par elle pour beaucoup, et quelques-uns de ses succès antérieurs. Ce qu’elle fit.

Nous avions le souvenir, avant qu’elle fasse un intermède hors fado en chantant les compositions du maître brésilien Tom Jobim, d’une fadiste habitée par une forte intensité, nerfs à vif, captivante mais ne laissant aucun répit à l’auditeur. Est-ce l’influence de la «moleza» brésilienne (Carminho connaît et adore la musique brésilienne), la maturité du temps qui passe? Nous avons retrouvé une Carminho plus apaisée, qui sait toujours faire monter la tension (sur ‘O começo’, par exemple, beau texte de Pedro Homem de Mello), mais aussi montrer une sérénité magnifique, comme sur ‘Se vieres’, dont elle a écrit les paroles sur la belle mélodie du fado Santa Luzia, antique création du légendaire Armando Machado: un superbe moment.

Une Carminho souriante, qui fit l’effort, laborieux mais amusant parce que laborieux, de présenter l’argument de chaque fado en français, ce qui fut apprécié par un public très majoritairement non lusophone. Dans ‘Desengano’, son texte est servi par un traitement musical du traditionnel Fado latino original, elle s’offre un moment de plaisir avec ‘Poeta’ (paroles et musique, inspirée du folklore, signées Carminho). Parmi les thèmes issus de ses enregistrements précédent l’album ‘Maria’, les très joyeux ‘Marcha d’Alfama’, ‘Sete saias’ (un malhão minhoto), ou ‘Bom dia amor’ voisinent avec le ‘Meu amor marinheiro’ immortalisé par Amália, dont elle livre une version convaincante. Et n’oublions pas l’émotion présente dans des textes tels que ‘A mulher vento’, ‘O menino e a cidade’ ou ‘Quero um cavalo de várias cores’. Un concert complet, alternant allégresse et saudade, et le sourire de Carminho.

Nous serions restés longtemps encore à l’écouter sous les ombrages du parc Frédéric Lemaitre, immense acteur du 19ème siècle, vénéré par Victor Hugo ou Alexandre Dumas. Il vécut sur ces lieux et son fantôme aura sûrement reconnu en Carminho une autre grande artiste.

Nous aurons le plaisir de la retrouver le 10 octobre prochain à Champigny dans le cadre du Festival de Marne avec a priori les mêmes musiciens plus Pedro Geraldes (guitare électrique et lap steel). Avec en première partie le groupe ‘Fado Clandestino’ («notre» Lizzie au vocal, accompagnée par le délicieux Nuncio Sá à la guitarra et notre ami «ancien parisien» Nuno Estevens à la viola).

 

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