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Le Train de Loos: Les derniers déportés portugais ou d’origine portugaise vers les camps de concentration

Comunidade

 

 

L’historien Yves Le Maner écrira: «Le train de Loos, le grand drame de la déportation dans le Nord-Pas-de-Calais» (1).

Le Train de Loos quitte la gare de Tourcoing le 1er septembre 1944, alors que les Allemands évacuent Lille. Il emmène en déportation en Allemagne 872 prisonniers politiques et une majorité de Résistants, arrêtés depuis plusieurs semaines et détenus dans les prisons de Béthune, de Valenciennes et de Loos.

Ce jour-là, les prisonniers sont amenés par camions et sont entassés à 80-90 dans treize wagons à bestiaux. Seuls 23 détenus échappent à la déportation grâce à un pneu crevé!

Le convoi arrive dans la région de Cologne le 3 septembre 1944.

La plupart des prisonniers sont affectés au déminage des voies ferrées en Allemagne, puis sont internés dans différents camps de concentration nazis, comme Oranienburg-Sachsenhausen, Dachau ou Buchenwald.

Les chiffres changent légèrement d’une source à l’autre. Yves Le Maner arrive au chiffre de 871 déportés. 20 à 30 d’entre eux décéderont pendant le transport.

Grâce à ses recherches, l’historien connaît ainsi le nombre de déportés, leur identité, leur matricule, leur âge, le motif de leur déportation, leur date et lieu de décès. On sait, ainsi, que 98% sont français, 56% ont moins de 30 ans (entre 16 ans pour le plus jeune et 71 ans pour le plus âgé). Seulement 284 rentreront de déportation.

Le Train de Loos est le dernier convoi parti de France vers les camps de la mort. Il fut aussi l’un des plus meurtriers. 50% des 86.827 déportés sont rentrés en 1945, mais pour le Train de Loos, il n’y eut que 32% qui sont revenus.

Dans ce dernier convoi vers l’horreur, parmi les 2% de non français, un déporté était de nationalité portugaise et deux autres étaient français, fils de mineurs portugais: Benoît da Costa Araújo, Jean Póvoa et Henri de Moraes.

Les noms de ces héros sont mentionnés dans des monuments des villes de leur résidence. Tous les noms sont mentionnés sur le mur d’une des salles de La Coupole, inauguré le 24 mars 2003.

La Coupole est l’une des «constructions spéciales» édifiées sur le sol français par l’Armée allemande, en 1943-1944, pour permettre la mise en opération de nouveaux systèmes d’armes, les bombes volantes (Fi 103/V1) et les fusées (A4/V2), destinés à frapper l’Angleterre. Situé à Helfaut (Pas-de-Calais), La Coupole est devenue un Centre d’histoire et de mémoire vivant et ultramoderne.

 

Benoît da Costa Araújo

Benoît da Costa Araújo était le seul déporté né au Portugal. Il faisait donc partie des 2% de déportés étrangers.

Il est né à Rapa (Celorico da Beira), le 1er octobre 1922. Il s’est marié avec Antoinette João, née le 16 novembre 1926 à Estrée-Blanche (62) et décédé le 14 mai 2009, à Liévin (62).

Benoît da Costa Araújo était fils de Francisco da Costa Araújo, né en 1899 à Rapa (Portugal) et décédé en 1976 et Maria Augustina Genoveva (1900-1932). Francisco da Costa Araújo arrivera en France pour travailler dans les mines du Pas-de-Calais.

L’épouse de Francisco, mère du déporté Benoît, est morte assez jeune, à l’âge de 32 ans. Francisco s’est remarié avec Eugène Sujeta, de laquelle il aura eu 4 enfants.

Notons que le beau-père de Benoît da Costa Araújo, António João, né à São Vicente, au Portugal, et marié à Chrétien Marcelle, est lui-même venu en France pour travailler dans la mine.

Avant d’être envoyé en déportation, Benoît da Costa Araújo était coiffeur à Sallaumines, membre des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) il sera arrêté le 25 juin 1944 à l’issue d’un combat entre un groupe de FTP (Forces Tireurs Partisans) et des Allemands à Camblain-Châtelain(62). Détenu à Béthune, transféré à Loos le 15 juillet 1944, puis à Arras le 2 août 1944, ramené à Loos le 31 août 1944, il sera déporté à Sachsenhausen le 1 septembre dans le Train de Loos. Il a été transféré à Neuengamme, le 17 octobre 1944 (matricule 58.035), affecté au Kommando de Sandbostel, il sera libéré le 28 avril 1945 à Sandbostel, il fera partie des 284 vivants du triste Train de Loos qui rentreront en France.

Des informations sur les 3 Portugais ou lusodescendants nous ont été aimablement fournies par Anne-Marie Bouvart de l’Amicale du Train de Loos.

Benoît da Costa Araújo sera décoré pour services rendus pour faits de Résistance.

 

Jean Póvoa

Jean Póvoa est né à Noeux-les-Mines (62) le 1er décembre 1922. Fils de José Povoa, née à Cernache (Coimbra) le 21 juin 1895 et décédé le 15 juin 1952 à Bully-les-Mines et de Marie Daise, née le 18 juin 1897 à Noeux-les-Mines et décédée le 07 décembre 1962 à Bully-les-Mines.

Le père de Jean Póvoa était houiller. Il est venu en France dans le cadre du Corpo Expedicionário Português (CEP) pour participer à la I Guerre mondiale, ayant embarqué à Lisboa le 23 février 1917. Après quelques escapades – ce qui lui a valu plusieurs punitions – il quitte le CEP le 28 mai 1919 pour s’installer à Auchel.

Avant la déportation, Jean Póvoa était un ouvrier mineur. Arrêté comme otage à Hersin-Coupigny le 16 août 1944, détenu à Béthune puis à Loos, il a été déporté le 1 septembre 1944 à Sachsenhausen, affecté en octobre au Kommando de Lichterfelde. Il serait mort le 1 ou 2 mai 1945, lors de l’évacuation de Sachsenhausen.

Marcel Houdart, ancien résistant, déporté aussi dans du Train de Loos, dans son livre «Des Noeuxois dans la Résistance et Déportation: ceux du Train de Loos» écrit sur Jean Póvoa: «Parchim est dépassé dans la grêle, le 1er mai. C’est ici tout près, à Bergade, que Jean Póvoa va succomber, le 2 mai, après notre passage et cela suppose qu’il a été exécuté avec d’autres, enterré par des villageois après identification par son numéro de matricule 97.652. Il avait 22 ans… mort la veille de la Libération!»

Jean Póvoa a été médaillé par décret du 4 juillet 1956, à l’Ordre de la Libération. Son nom figure sur le Monument aux morts de la 2ème Guerre mondiale de Noeux-les-Mines.

 

Henri Manuel de Moraes

Henri Manuel de Moraes est né le 27 février 1925, à Lille, fils de Manuel de Moraes et de Marcelle Duflo.

Manuel de Jesus Moraes, père du déporté, a également fait partie du Corpo Expedicionário Português (CEP). Il était 1er Caporal. Né à Chaves, fils naturel de Maria da Conceição Ferreira, il a embarqué à Lisboa le 15 mars 1917 et y revient le 5 mars 1919. Il émigre vers la France, il se mariera le 9 avril 1923 à Lille, exactement 5 ans après la Bataille de La Lys, avec Marcelle Marie Louise Duflo.

Jusqu’au moment de sa déportation, Henri Manuel de Moraes vit avec ses parents à Lambersart, où il travaille comme ouvrier. En l’honneur d’Henri de Moraes, la commune a donné son nom à une rue.

On sait qu’en janvier 1943, Henri de Moraes faisait partie des FTPF (Francs-Tireurs Partisans Français) dans un groupe de son secteur.

Après plusieurs sabotages, le 6 février 1944, il participe à l’attaque de la prison de Loos. Cette opération visait la libération d’habitants. Découvert par les Allemands, il se voit obligé de se cacher, se réfugiant à Beuvrages, dans la maison de Mme Lemans. Il se fait fabriquer de faux documents aux noms de Raymond Lefebvre et de Raymond Leleu.

Le 13 août 1944, il se rend à une réunion prévue au Café de la Grise Chemise, à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), sur la route de Valenciennes, où vers 10 heures du matin il rencontre des camarades. Une voiture de la Feldgendarmerie a interrompu la réunion en pénétrant dans l’établissement. La Police allemande a appréhendé les trois hommes.

Emmené à Valencienne, Henri Manuel de Moraes est ensuite transféré à la prison de Loos-lès-Lille. Le 3 septembre, il descend dans la ville de Cologne, étant emmené dans un camp provisoire installé dans les locaux de l’ancienne foire de la ville. Deux jours plus tard, Henri de Moraes est ‘sélectionné’, avec 249 autres détenus lillois, pour effectuer des travaux de nettoyage dans la ville de Mülheim. Le 7 septembre, il embarque à nouveau dans un train à destination du camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin, ici, le 9 septembre, on lui attribue le numéro 101.947.

Après une période de quarantaine, il est affecté au Kommando de Kochendorf (immatriculation n°33.602) le 5 octobre 1944, installé dans une ancienne mine de sel.

Les conditions de travail et de détention sont dramatiques. Il y resta jusqu’à l’évacuation du camp par les SS, qui débuta le 29 mars 1945.

Henri de Moraes était l’un des 150 détenus du Train de Loos encore en vie. Les déportés, dans le pire état de faiblesse, sont partis dans un convoi qui devait arriver à Dachau le 2 avril.

Henri de Moraes monte dans le train à destination de Dachau, mais il décède pendant le transport (entre le 29 mars et le 2 avril 1945).

Son corps a été jeté du train pendant le trajet, selon des informations confirmées par Raoul David de Vred, originaire du nord de la France qui faisait partie du même groupe évacué vers Dachau.

Henri de Moraes est promu à titre posthume au grade de Lieutenant par décret du 14 février 1947.

L’acte de décès, transcrit le 17 juin 1948 par la Commune de Lambersart, attribue le décès d’Henri de Moraes au 25 mars 1945, à Dachau, âgé seulement de 20 ans et 26 jours.

Par décret du 25 mars 1957, il est nommé à titre posthume «Chevalier de la Légion d’Honneur».

Ne les oublions pas.

 

(*) «Le Train de Loos. Le grand drame de la déportation dans le Nord-Pas-de-Calais», de Yves Le Maner avec préface d’Annette Wieviorka, 2003, 263 p. Yves Le Maner, BP. 204, 62504 Saint-Omer Cedex.

 

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