LusoJornal | António Borga

L’émouvant adieu à Linda de Suza à Gisors

Comunidade

 

Sur Terre tu viendras le 22 février 1948, la terre t’ensevelira le 6 janvier 2023. Voilà l’histoire de Teolinda Joaquina de Sousa Lança. Le corps de Linda de Suza est parti ce vendredi pour un dernier voyage qui se termine tout au fond, à gauche, au dernier rang du cimetière de Gisors, dans le département de l’Eure.

Alors que nous sommes au tout début de l’hiver, les températures sont agréables, la chaleur inhabituelle nous rappelle celle que Linda de Suza transmettait à son public.

Alors que la pluie est tombée pendant les jours qui ont précédé l’enterrement ainsi que dans la matinée de ce vendredi 6 janvier, jour des Rois, la prière de Linda de Suza a été exhaussée, d’autant qu’un nombreux public a accompagné la cérémonie à l’extérieur de l’église:

“Para, para, chuvinha

Fica no céu, fica lá

Para, para, chuvinha

Para, para, chuvinha

Fica no céu deixa a terra.

 

Il était 14 heures quand le nombreux public présent aux abords de l’église de Saint Gervais – Saint Protais de Gisors applaudit à l’arrivée de la voiture funéraire avec l’artiste, la portugaise, l’étrangère…

À l’intérieur de l’église un «Avé Maria» chanté, précède le cortège funèbre qui monte jusqu’à l’autel dans un silence émouvant, 44 années d’amour entre Linda et son public, qui les présents honorent dans un silence de respect… un tirer du chapeau.

Linda de Suza interrompt le silence en chantant: «Comme vous, j’ai ma vie, j’ai mes joies et mes peines. Et de petits soucis, moi aussi comme vous… j’ai soufflé comme vous sur des anniversaires. Et j’ai levé mon verre en riant comme vous. Comme vous j’ai des nuits où je n’ai plus personne…».

 

Son agent et son fils émus

Fabien Lecoeuvre, son dernier agent, et João Lança, le fils de Linda de Suza, rejoignent ensemble le pupitre.

Fabien Lecoeuvre est le premier à prendre la parole: «Linda, tu as voulu rejoindre le Seigneur, la Vierge Marie, quitter ce monde absurde à tes yeux. Linda, toi qui a vécu parfois une extrême solitude, tu avais une extrême générosité, tu nous quittes précieusement 8 ans après notre rencontre, c’était le 6 janvier 2015. On ne s’est plus quittés pendant 2.920 jours. 10 heures du matin, c’était l’heure à laquelle tu me téléphonais tous les jours. Depuis le 26 mars 1978, des millions de personnes te suivaient, depuis ton apparition dans les ‘Rendez-vous du Dimanche’ de notre ami, ton fidèle ami Michel Drucker. Quelle carrière! Tu as parcouru le monde entier, tu as chanté dans les grandes capitales et vendu plus de 40 millions de disques et près de 3 millions de livres. Dans la bataille de la vie, tes chansons étaient tes munitions. Je remercie tous ceux qui ont composé pour toi et toi aussi, qui as écrit et adapté tes propres chansons».

Et son agent continue: «Je t’ai fait faire un dernier tour de piste comme tu en rêvais, pour retrouver une ultime fois ton public fidèle, dans plus de 50 villes, en France, Suisse, Belgique, Liban, dans la triomphale tournée ‘Âge Tendre’. Je garderais toujours dans ma mémoire le dernier jour de bonheur de ta vie: ce mardi 20 septembre 2022, lors de la visite de ton fils Janot. Tu étais si heureuse de le voir revenir vers toi, tu l’attendais, la mélancolie a soudainement disparue lorsqu’il a pris ta main et tu as caressé son visage une dernière fois. Nous tous, ici, d’une même famille, nous sommes venus te dire merci de toutes ces années, merci pour ta confiance, ton regard protecteur – à ce moment, João Lança prend les bras de Fabien pour le consoler -, ta simplicité, ta disponibilité et ton sourire. Linda, va te reposer maintenant, sache que si tu n’avais pas existé, tu aurais véritablement manqué. Je regarderai souvent le ciel et ce merveilleux soleil de chaque jour. Au revoir».

Il a ensuite donné la parole à “Janot” sous les applaudissements.

«Un pas vers l’autre c’est ce qui a de plus beau, un pas vers l’autre, pour à nouveau s’embrasser, un pas vers l’autre pour se pardonner, pardonner, tout pardonner là où il y a toujours l’amour. Je t’aime, merci».

Applaudissements encore.

 

L’adieu à la croyante

Virginie lira la première lecture du Livre des Lamentations (Lm 3,17-26) qui sera suivie du chant “Trouver dans ma vie ta présence”: “Trouver dans ma vie Ta présence, tenir une lampe allumée, choisir avec Toi la confiance, aimer et se savoir aimé» et de l’Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu (mt 5,1-12a): «Réjouissez-vous, soyez en allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux».

L’homélie sera courte, dirigée à la croyante qui était Linda de Suza: «Notre gratitude pour ce qu’elle a été et restera parmi nous à titre collectif, mais aussi plus personnel, hommage qui nous rassemble dans la diversité des idéaux de chacune et chacun d’entre nous, hommage accompagné de la dimension religieuse que nous lui devons de fidélité à la fois chrétienne, à laquelle elle adhérait notre défunte, avec une dévotion particulière à la Vierge Marie, sous le vocable de Notre Dame de Fátima».

 

Les témoignages touchants des amis proches

S’en est suivi un hommage par des amis, dont Bruno, qui, avec sa famille, est devenu la famille de Linda: «Tu répétais que tu étais une femme ordinaire qui a fait un métier extraordinaire. Ça te résume bien, avec toi, tout était dans la simplicité, à ton image, une fois passé le seuil de ta maison, tu nous prenais dans tes bras, on respirait ton parfum, tu nous préparais un café. Ta maison était toujours ouverte, des milliers de souvenirs se bousculent, des moments de joie, de fous rires, de chansons, mais aussi des moments plus tristes, de dépression et de colère, car être un de tes proches n’était pas de tout repos. Avec toi, l’amitié c’était des montagnes russes, de caresser une joue et dans une fraction de secondes de monter dans une colère volcanique. Tu aimais la vie et tu regardais avec ce regard de lutin, tu étais protectrice, trop parfois, appelant dans la journée plusieurs fois… Combien de fois tu nous as dit que tu nous aimais et combien de fois tu m’as dit: bébé, j’ai reçu un courrier, je ne comprends rien, viens voir… Tu donnais tout, sans compter».

«L’amour du public t’a porté, c’était un refuge qui cachait tes blessures, pudique, tu gardais tes pleurs pour toi, préférant te cacher dans la poilure de ton chien Tommy ou tout simplement en changeant de sujet» a continué Bruno. «Depuis le 23 août, date à laquelle tu es rentré à l’hôpital, l’appel du Seigneur a été plus fort que le goût de la vie. On a parlé de ton départ, de ce que tu voulais de ton après, on a pu se dire tout ce qu’on avait à se partager, tu caressais nos visages, le contour de nos yeux, comme pour garder une empreinte après ton départ. Le plus beau jour restera ce jour de septembre où tu as retrouvé le seul homme de ta vie. On vous a laissés ce moment pour vous, même si tu as crié: Bruno, vient voir, on se tient la main comme quand il était enfant. Tu étais radieuse, sereine, j’ai compris dans vos regards, vos pardons et vos ‘je t’aime’, cet amour indestructible entre une mère et son fils. On s’est réunis autour de toi. Tu étais ce trait d’union, de cet amour filial et de cet amour pour tes petits. Toi qui avais tellement peur de ne pas être aimée, tu es partie entourée, cajolée, choyée. Tu as reçu cet amour de ton fils, de tes petits, tu demandais au Seigneur de l’accueillir et tu répétais avoir hâte de le retrouver, aujourd’hui nous sommes sereins, tu es apaisée. Linda, maintenant nous te confions à Dieu».

Applaudissements encore.

 

Paulo Cafôfo a représenté le Gouvernement portugais

Le Secrétaire d’État aux Communautés Portugaises, Paulo Cafôfo, sans papier, en totale improvisation, dira: «Je suis ici pour rendre hommage à une grande Portugaise. Aujourd’hui, le 6 janvier, c’est la fête des Rois et en ce jour des Rois, nous disons au revoir à une Reine, Linda de Suza. Ce n’est pas un départ, car les personnes que nous aimons ou les personnes que nous admirons, ils ne meurent jamais, Linda de Suza sera toujours présente dans notre mémoire, dans la mémoire de son fils, de ses petits-enfants, d’une multitude de Portugais, de Français, elle sera toujours présente dans nos cœurs, elle est pour cette raison, éternelle. En tant que Secrétaire d’État, j’ai une immense fierté, fierté partagée par le peuple portugais et par le peuple français. Linda de Suza, quand elle est venue en France, avec beaucoup de courage, elle a ramené sa fameuse valise en carton, mais elle a ramené bien plus que ça, elle a ramené une voix, une culture, le rêve d’une génération et d’un pays. Nous sommes là devant un nombre incalculable d’œillets rouges, symbole de la Révolution du 25 Avril, de la liberté, de la démocratie, et Linda a été une femme libre. L’hommage avec les œillets rouges, c’est le meilleur hommage qu’on pouvait lui rendre, elle a eu la capacité, comme femme très simple et humble, de ne jamais perdre son authenticité. Pour les Portugaises et Portugais de France, elle a été un exemple, elle a fait que le Portugal et la France s’approchent par des liens d’amitié, ce n’est pas pour rien que le Président Macron a rendu hommage à Linda de Suza, ce n’est pas pour rien que le Président Marcelo Rebelo de Sousa a rendu hommage à Linda de Suza. Linda de Suza a réussi à unir le Portugal et la France et a aidé beaucoup de Portugais et Portugaises qui, comme elle, sont venus chercher le rêve d’une vie et ont fait que dans ce pays, elle et les autres Portugais soient respectés. Moi, en tant que Portugais, j’ai une grande fierté dans cette Portugaise tout entière qui a aimé la France sans jamais oublier le Portugal et ses racines. Linda, merci beaucoup».

L’intervention de Paulo Cafôfo a également été applaudie.

Il était accompagné par le numéro deux de l’Ambassade du Portugal en France Hélder Joana, mais aussi par le Consul-Général Adjoint du Portugal à Paris, Filipe Ortigão et par l’Attaché social du Consulat du Portugal, Miguel Costa.

 

L’émotion des élus de Gisors et de Champigny

Aussi le Maire de Champigny-sur-Marne, Laurent Jeanne, a pris la parole: «Champigny-sur-Marne parle beaucoup aux Portugais, une ville où l’immigration portugaise est arrivée, des dizaines de milliers de Portugais y sont arrivés, comme Linda de Suza en 1969 avec son fils João. Le dernier concert de Linda de Suza fut aussi à Champigny, en 2019. J’ai eu l’occasion d’échanger à de nombreuses reprises avec Linda. Au fond, Linda nous a laissé deux héritages: le premier, ses 40 millions d’albums vendus, des titres qui ont fait le tour du monde; le deuxième héritage, et auquel en tant qu’élus on est très sensibles, c’est le rapprochement entre deux cultures, pour cela je voudrais dire merci Linda. Dimanche prochain, nous rendrons un hommage à Linda de Suza à Champigny, pour son parcours et pour tout ce qu’elle apporta à nos Communautés. Une proposition sera faite à la municipalité pour baptiser une rue ou un édifice de Champigny au nom de Linda de Suza».

Applaudissements.

Le Maire de Gisors, Alexandre Rassaërt, a ensuite pris la parole: «Linda, tu me disais que tu ne savais que chanter, que ton public était ta famille, alors, c’est par le titre d’une de tes 41 chansons, que j’ai l’honneur de te rendre hommage à cette belle amitié qui nous a lié depuis des décennies. Tu as chanté: un jour on se rencontrera, on se retrouve aujourd’hui face à face, j’ai tellement eu la chance de te connaître, tu étais étrangère, une fille de tous pays, un jour ici, un jour ailleurs. Tu me répétais: j’ai deux pays pour un seul cœur et je chante mon cœur au Portugal. Toi, ma confidente, moi je n’étais pas un portugais, ni un papa du dimanche, mais tu m’as ouvert ta maison avec la valise en carton. Ce n’était pas la maison de cet été, mais la maison du bonheur, même si l’on n’était pas riches. Tu me disais, je suis comme vous, tu voulais vivre, simplement vivre et moi, je te disais aimes-moi comme je suis, alors tu m’aimais comme cela. Tu m’as donné ma volonté et le destin que je n’attendais pas, comme un homme c’est moi qui te regarde aujourd’hui, tu dirais c’est l’amour. Toi qui étais la fille qui pleurait et chantait qu’est ce que tu sais faire, tu m’as appris qu’un enfant peut faire chanter le monde et quand on a raté son enfance on peut apporter du bonheur aux autres. Oh Linda, mon amie, tu disais, vous avez tout changé parce qu’on est fait pour vivre ensemble, mais surtout ne vous quittez pas. Toi, mon amour caché, tu chantais dis moi, je t’aime avec une rose. Aujourd’hui je te le dis avec les œillets rouges. Ces quatre derniers mois tu étais heureuse rien que de me voir te faire un sourire et surtout tu me disais ne pleure pas. Aujourd’hui je voudrais être un oiseau, vive la liberté. Tu pars dans la dignité, ne dis pas que tu pars sans un adieu, même si tu as le cœur silence, tu as ta photo qui a pleuré. Oh là là, la tristesse ne fait du bien à personne, ni même des larmes d’argent, oh là la vie. Je t’aime Linda. Souviens-toi, rien n’arrête le bonheur. Je ne t’oublierais jamais».

Applaudissements.

 

Des témoignages émouvants des voisins et amis

Un texte est lu, sur le témoignage de Manu, un de ses «petits», comme elle aimait à le dire. Une histoire comme un conte de fée: «Assis sur son canapé, avec énormément d’amour partagé, il dit à son entourage proche: je peux mourir maintenant, tous mes vœux ont été exhaussés. Pour l’anniversaire de Manu, Linda a pris le téléphone, il était loin d’imaginer que Linda pensait encore à lui. Elle lui dit: ‘appelle-moi quand tu veux, tu as mon numéro maintenant et je serai toujours là pour toi. À partir de cet instante, une véritable histoire d’amitié est née et Linda est allée voir Manu plusieurs fois dans le sud de la France, là où il habitait. Des moments inoubliables où elle était apaisée, heureuse, histoire de Manu, enfant de parents portugais qui avait un rêve, rencontrer Linda».

Applaudissements.

S’est suivi l’intervention d’une porte-parole d’amis et de voisins: «Nous souhaitons vous rendre hommage, à votre qualité de cœur. Merci à vous pour la très fabuleuse énergie que vous avez très souvent déployée pour venir en aide à ceux qui étaient dans la souffrance, dans la peine. Merci à vous pour tous ceux que vous avez sauvé: humains et animaux. Merci Linda pour votre merveilleux sens de l’humour. Nous avons beaucoup ri ensemble, merci pour ces nombreux moments partagés, merci aux quatre fidèles mousquetaires que vous aimiez tant et qui vous aimaient tant. Votre irrémédiable absence va laisser dans nos vies et nos cœurs un vide immense qui ne sera comblé que par les souvenirs partagés. Dans ce passage ultime et inéluctable, vous êtes restée sereine jusqu’au bout avec cette foi qui vous guidait et vous rendait si lumineuse. Merci à vous Linda».

On entend alors un chant: “Sur le seuil de sa maison, Notre Père t’attend…”

 

Le Fado de Cláudia Costa

Deux guitaristes s’installent, la chanteuse Cláudia Costa dit «Je suis très honorée et émue d’être ici. Un seul mot me vient à l’esprit et je pense qu’on est tous d’accord avec ça: Merci Linda, à bientôt quelque part».

Un baisé est envoyé vers le ciel par Cláudia Costa, avant de chanter “Estranha forma de vida” de Amália Rodrigues: «Foi por vontade de Deus que eu vivo nesta ansiedade, que todos os ais são meus, que é toda minha a saudade, foi por vontade de Deus…».

Applaudissements.

Tous les présents dans l’église ont pu bénir, faire un geste, en passant devant le cercueil de Linda de Suza, Teolinda Joaquina de Sousa.

Des chansons de Linda de Suza sont diffusées à l’intérieur et à l’extérieur de l’église. Ici, la foule l’attend pendant de longues minutes…Une anonyme entonne l’Étrangère, Linda accompagnée, quitte l’église, les applaudissements retentissent encore, hymne national du Portugal est chanté par quelques fans.

Une partie des présents marche à pied jusqu’au cimetière.

Le soleil couchant accueille Linda de Suza dans ce qui sera pour son corps, sa dernière demeure. Les proches entourent la petite maison creusée, dernières prières. Tous, celles et ceux qui veulent dire le dernier au revoir sont canalisés, tous ont pu passer devant le cercueil à 1,50 m du plancher des vivants et individuellement offrir des œillets rouges, qui finiront par couvrir le cercueil… des souvenirs pour Linda.

‘Linda’ cérémonie pour Linda qui se termine.

Au revoir.

Ver o filme do funeral AQUI.

 

Donativos LusoJornal