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Linda de Suza: nos souvenirs

Comunidade

 

Deux valises en carton sur la terre de France

Un Portugais vient de quitter son Portugal

Comme tant d’autres il est venu tenter sa chance

….

Il cherche un peu d’espoir

 

Quelques phrases de sa première chanson, son premier et grand succès. Un message, l’expression d’un million de personnes de France, qui jusque-là passaient presque par des inconnus.

Combien de portugais en France? Un million? Un million, qui, a leur manière, pourraient écrire des souvenirs, des mots sur Linda de Suza.

Le 3 juin 1978, début d’après-midi, nous sommes devant notre télévision. Le choc: Guy Lux présente son émission «Top Club», une émission dans laquelle on présente, entre autres, des chanteurs débutants, le public est appelé à voter. Linda de Suza chante «Un portugais». La Chanson la plus votée revient la semaine suivante. Linda de Suza est revenue plusieurs semaines de suite. En mars 1978, Michel Drucker l’invite dans son émission «Champs-Élysées».

Sa carrière est lancée.

Linda de Suza fait succès auprès des Portugais, mais – le plus remarquable – auprès de la France toute entière.

Le Portugais se sent fier… le Portugais, les Portugais de France existent…

Linda de Suza devient une icône pour tous les Portugais de France… une chanteuse populaire.

Les Portugais sont arrivés en masse dans les années 1960-1970 en France: des travailleurs, fuyant un régime et cherchant une meilleure vie. Le leitmotiv du Portugais: travailler, travailler, sans trop faire parler de lui, de peur de… de peur d’être renvoyé au pays… le bon travailleur qui accepte des bas salaires et qui ne dit rien…

La Révolution a lieu en 1974, en 1978 Linda de Suza exprime en chantant ce que beaucoup de compatriotes sont venus chercher en France, «un peu d’espoir». Enfin le Portugais se sent d’une certaine façon, reconnu et Linda de Suza devient, peut-être sans le chercher, leur «porte-parole».

Les tubes s’enchaînent.

Nous nous souvenons de son premier spectacle dans le Nord, le 19 juin 1982, à la Salle Wattremez de Roubaix. La salle ne pouvait contenir plus de personnes. Nous nous souvenons qu’à partir du milieu du spectacle Linda de Suza a chanté les pieds nus.

Le 3 juin 1983 restera dans notre mémoire. Organisé par le Centre d’Action Culturelle de Tourcoing (L’Espierre), un cycle de manifestations dédié au Portugal s’est déroulé du 24 mai au 4 juin. Le point culminant a sans aucun doute été le spectacle qu’Amália Rodrigues a donné le 3 juin au Théâtre Municipal de cette ville.

Deux heures avant qu’Amalia Rodrigues entre en scène, nous l’interviewons pour Radio Boomerang et Jornal do Fundão: «Amália, connaissez-vous Linda de Suza? A-t-elle les qualités pour réussir dans la voie artistique? Que pensez-vous des chansons qu’elle chante, dont certaines que vous avez aussi chantées?» Réponse d’Amália Rodrigues: «Oui, elle me suit et a une manière de chanter à ma façon. Linda de Suza a, pour moi, une manière de chanter agréable». (Ler AQUI).

Les années passent, il y a les succès, il y a la descente, les difficultés de la vie pour Linda de Suza.

Le 25 mai 2019, Linda de Suza est invitée à donner le coup d’envoi de la deuxième étape cycliste «à travers les Hauts de France». Elle se faisait accompagner par son ami Fabien Lecoeuvre.

On sent Linda de Suza déjà malade, avec des problèmes d’équilibre, nous devons la soutenir pour monter sur le podium. Elle chantera et fera chanter à tout le public présent: «Lá em cima está o Tiro-liro-liro, cá em baixo está o Tiro-liro-lá». Le bruit, la foule la perturbe. Nous nous asseyons à l’intérieur du car podium pour l’interviewer. Nous demandons à Linda de Suza dans quelle langue elle veut qu’on fasse l’interview, elle nous dit: en portugais. Nous posons les questions en portugais, mais les réponses de la chanteuse le sont en français. (Ver AQUI).

Nous nous souvenons de quelques-unes de ses réponses: «Je sors du peuple, je reste dans le peuple, ce que vous me dites est le tout début de ma carrière, le début de mon grand amour avec le public. En 1978 j’ai édité mon premier disque et dès 1983 j’étais à l’Olympia. On n’avait jamais vu cela. L’année suivante j’ai refait 15 jours à nouveau à l’Olympia. À un moment j’ai dit stop, car moi aussi, je voulais faire le tour de France comme les cyclistes et j’ai tourné dans toute la France et bien au-delà. À partir de la France, grâce à la France, et à vous tous, j’ai fait le tour du monde. Je suis la femme la plus heureuse, arrivée avec une valise en carton, comme le cycliste avec son vélo, j’ai fait le tour du monde. La France c’est le pays qui m’a donné ma chance».

Linda de Suza répond à l’interview que nous avions fait 36 ans plutôt à Amália Rodrigues: «Le 3 juin 1983 j’ai fait une interview à Amália Rodrigues. Je lui ai, à l’époque, posé la question: que pensez-vous de Linda de Suza. Elle m’a répondu: Linda de Suza me ressemble un peu. Comment jugez-vous cette phrase de la grande Amália Rodrigues?»

«Cela fait tant d’années, toutefois cela me touche et je suis très sensible à ses mots venus de cette dame qui était la reine du fado. Je suis populaire, parce que je chante la variété, je ne peux pas faire de fado, la reine du fado est Amália, elle le restera pour toujours».

On termine l’interview par la question: «Si aujourd’hui on vous demandait de faire un vœu, lequel feriez-vous?»

«Oh mon Dieu! C’est le vœux le plus inaccessible. Je suis quelqu’un de très croyant, je prie Fátima, Lourdes. Mon vœu serait que le monde vive en paix. La vie est si courte, pourquoi se tire-t-on dessus. Je demande la paix… la paix s’il vous plaît».

Après l’interview, Fabien Lecoeuvre nous annonce que Linda de Suza serait sur Lille dans le cadre de la tournée «Carte Postale du Portugal». Le spectacle a lieu le 4 janvier 2020 avec Pedro Alves et Mara Pedro.

Linda de Suza, vous qui étiez «la fille qui pleurait», «un Portugais», «Vous avez tout changé», vous au moins qui étiez «Étrangère», vous avez osé, «Face à face», avec simplement votre «Valise en carton» et votre «Profil», saisir la «Chance» et à la question «Qu’est-ce que tu sais faire?», vous avez répondu par la chanson et par «Simplement vivre», votre dernier album studio.

Le 11 janvier 2020, le Zénith de Dijon a vibré grâce à la «Carte Postale du Portugal». La veille, nous téléphonons à Carlos Guerra qui était en route avec Linda de Suza pour Dijon. Il nous passe au téléphone Linda de Suza, lui parlons, la félicitons. Sa réponse: «Oh, mon petit, tu sais… oh mes petits».

Et oui, nous étions tous ses petits, nous le resterons… Linda de Suza, tu resteras dans le Panthéon de nos mémoires: Merci, Obrigado.

Linda de Suza n’oublie pas de nous dire si «Lá em cima está o Tiro-liro-liro…».

 

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