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Lionel Delalleau: Un passionné d’histoire sur le Corpo Expedicionário Português

Le 11 novembre 1918 l’armistice est signé. Plus d’un siècle s’est écoulé. Un siècle de recherche, de trouvailles sur l’une des plus grandes catastrophes de l’Humanité.

Beaucoup reste encore à découvrir, à raconter, à partager.

LusoJornal donne la parole à Lionel Delalleau. Un chercheur d’indices, qu’il partage, qu’il raconte.

Âgé de 45 ans, Lionel Delalleau travaille pour un groupe national, sa profession: cariste en chambre froide.

Il se dit non-spécialiste, toutefois il est un véritable passionné pour l’histoire de la participation portugaise dans la I Guerre Mondiale.

Lional Delalleau est la preuve qu’il ne faut pas faire des hautes études pour pouvoir contribuer à enrichir, par ses découvertes et par sa passion, l’histoire d’un pays, l’histoire du Corpo Expedicionário Português.

 

Lionel, vous habitez dans quelle ville?

Je suis Ch’ti et fier de l’être, j’ai vécu plus de 35 ans à La Gorgue, 4 ans à Armentières et aujourd’hui j’habite Lestrem, à deux pas de l’ancien château de la Giclais, QG du Corps Expéditionnaire Portugais.

 

Quelles sont vos passions?

Je suis carpiste et ne pêche que la carpe depuis plusieurs années. Je suis aussi ce que l’on appelle un détectoriste (utilisateur d’un détecteur de métaux), parfois je vais aussi au stade Bollaert Delelis de Lens pour soutenir les «Sang et or», mon club de cœur. J’aime me balader avec ma femme et mon chien, aller aux vides greniers de la région et bien sûr je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux.

 

Pourquoi vous vous consacrez à la participation portugaise à la I Guerre Mondiale?

C’est triste de savoir qu’il y a un siècle des soldats portugais sont morts et ont terriblement souffert, que personne n’en parle et de constater qu’ils sont tombés dans l’anonymat le plus complet, c’est irrespectueux, inadmissible! J’essaie d’être un ambassadeur (on m’appelle le Luso-Ch’ti) et dès que quelqu’un s’intéresse à la Première Guerre Mondiale, j’engage la discussion pour parler du Corps Expéditionnaire Portugais.

 

Vous avez eu l’occasion de faire des découvertes sur la participation portugaise. En quelles circonstances et à quel moment?

Il faut revenir un peu plus de 3 années en arrière, c’était en hiver, il faisait froid, je me baladais dans un champ avec mon détecteur de métaux. Je découvre une plaque d’identité militaire d’un soldat portugais, ce fût un déclic, une révélation.

 

Vous avez pu savoir à qui appartenait cette plaque?

Un ami m’a conseillé de contacter M. Afonso Maia et je me suis inscrit au groupe Facebook Corps Expéditionnaire Portugais 1916-1919. Il n’a pas fallu longtemps à Afonso pour identifier le soldat. Aujourd’hui encore les recherches sont toujours en cours pour retrouver la famille, car le soldat en question, Vitorino Gomes Adegas, soldat conducteur du Corps Expéditionnaire Portugais a survécu à la Guerre et il est rentré sain et sauf au Portugal en mai 1919. J’ai son dossier militaire complet et même sa photo. D’après les dernières nouvelles, notre militaire serait parti vivre au Brésil pour ne jamais revenir au Portugal. Son frère est resté au Portugal et il a encore des enfants vivants sur place, à suivre… La détection m’a permis de rencontrer des personnes formidables et je pense notamment à mon ami Rudy qui a, lui aussi, trouvé une plaque d’un soldat portugais. Les recherches étant au point mort, je lui ai demandé de me confier cette plaque, c’est ce qu’il a fait sans réfléchir. Une fois en ma possession, il a fallu récupérer le reste de son dossier militaire auprès des Archives militaires portugaises (ahm), pour ensuite transmettre ces informations à mon contact M. Cardoso qui habitait encore au Portugal à ce moment-là. M. Cardoso retrouve la famille du soldat Manuel Maria, série A, matriculé 3520. Chose incroyable, nous sommes sur une descendance directe, car il s’agit des enfants du soldat. J’ai ensuite contacté l’historienne Mme Marie-Christine Volovitch-Tavares et après quelques échanges par mail, Mme Tavares a accepté d’emmener la plaque au Portugal pour la transmettre à M. Cardoso. Une magnifique cérémonie a été organisée le 20 mars 2019, à Ança, au Portugal, en présence des 2 fils du soldat, des petits-enfants et arrière-petits-enfants, les représentants de la Ligue des Combattants, des représentants des anciens combattants et les autorités, le Maire d’Ança, le Président de l’Assemblée municipale d’Ança, le Premier Adjoint au Maire de Cantanhede. Dix-huit mois se sont écoulés entre le début des recherches et la restitution de la plaque à la famille.

 

J’ai vu une photo de vous avec un gros poisson dans les bras. La pêche est un loisir pour les gens patients. Découvrir des choses à un siècle passé de l’évènement est-il une question de patiente, de chance, de passion…?

C’est drôle, car dans la vie de tous les jours je ne suis pas quelqu’un de très patient, j’ai eu la chance de prendre quelques belles carpes (20 kilos pour la plus grosse) mais contrairement à d’autres pêcheurs, le poids n’est pas une de mes priorités, il faut faire les choses par passion comme par exemple pour mes recherches sur le Corps Expéditionnaire Portugais. Publier sur les réseaux sociaux c’est parfois frustrant, les gens ne sont pas très coopératifs et ne sont pas conscients que parfois, il y a des heures de recherche derrière une simple publication. En ce qui concerne la chance, je ne sais pas quelles étaient les probabilités pour que je puisse trouver une plaque d’un soldat portugais. Je n’ai pas de réponse à cette question et pourtant, je suis bien là aujourd’hui, en train de répondre à vos questions.

 

Faites-vous partie d’organisations, des associations, pour mettre en valeur vos découvertes et votre passion envers la participation à la I Guerre Mondiale des soldats portugais?

Je partage régulièrement mes découvertes sur le forum de mon association (web détection 62) dont je suis membre depuis quelques années. J’aime aussi le travail réalisé par l’association L’Alloeu Terre de Batailles 1914-1918 (ATB 14-18), une association très active dans la région avec de nombreuses expositions et plus particulièrement en 2017, à Laventie, avec une formidable exposition consacrée uniquement au Corps Expéditionnaire Portugais. En ce qui concerne la partie Facebook, j’essaie de continuer le travail de M. Afonso Maia sur le groupe Corps Expéditionnaire Portugais 1916-1919. Ce n’est pas tous les jours facile car je ne suis pas historien et je ne parle pas le portugais. J’ai aussi créé une page Facebook début 2018 qui s’appelle «Setor português, passé/présent» ou j’essaie de retrouver les lieux où sont venus les soldats du Corps Expéditionnaire Portugais il y a un siècle. J’ai fait de belles découvertes dans les formidables clichés du photographe portugais Arnaldo Garcez. Retrouver un lieu 100 ans plus tard n’est pas chose simple, surtout que la plupart des maisons, bâtiments et édifices ont été détruits en avril 1918. Les cartes postales d’avant-guerre sont très utiles pour ce genre de recherches.

 

Quelle action menez-vous sur le terrain?

Je me déplace régulièrement sur les lieux de mes découvertes pour prendre quelques photos, me mettre exactement à l’endroit où étaient les troupes portugaises, m’imprégner des lieux, c’est très émouvant. Quand vous êtes, comme moi, ouvrier et n’ayant aucune connaissance en histoire, c’est surprenant de voir le nombre de personnes que j’ai rencontré depuis que ma passion pour le CEP a débuté, de nombreux historiens/historiennes. J’ai organisé il n’y a pas très longtemps ce que j’appelle une visite en «Secteur portugais» avec Mme Da Costa ainsi que plusieurs membres de sa famille, nous étions 10 personnes pour une balade qui a duré plus de 3h. Nous avons visité 4 villes (La Gorgue, Estaires, Laventie et Merville), une expérience, une rencontre, un partage très, très, enrichissant et émouvant.

 

Là-haut, note ami Afonso Maia, doit vous remercier de continuer l’œuvre inachevée par lui. Qu’en pensez-vous?

Merci pour la comparaison avec notre ami Afonso Maia. Contrairement à vous, je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer, nous avions eu régulièrement des échanges téléphoniques et nous discutions via le messenger de Facebook. J’ai appris à le connaître de cette façon et j’admirais la personne qu’il était. C’était quelqu’un de franc, d’honnête, avec du caractère. J’ai une phrase à jamais gravée dans ma tête, environ un mois avant son décès. Il m’a dit au téléphone: «j’ai besoin d’aide Lionel». J’ai senti au ton de sa voix qu’il n’allait pas très bien. J’ai alors mis un message sur le groupe disant que M. Maia n’allait pas bien et cesserait ces publications pendant un moment, je n’ai posé aucune question. Afonso était très discret sur sa vie personnelle, c’était la dernière fois que j’ai discuté avec lui. Je ne peux pas dire que je continue le travail d’Afonso Maia, je suis à des années-lumière des connaissances qu’avait Afonso, quand il nous a quittés en août 2017. Quelques jours après son départ j’ai été surpris d’apprendre qu’il m’avait nommé administrateur du groupe Corps Expéditionnaire Portugais 1916-1919. Venant de sa part j’ai été très touché. Comment continuer à faire «vivre» le groupe sans Afonso? J’essaie de partager des informations, de liens, des clichés…

 

Lionel, un appel?

J’aimerais mettre en place des «parrainages». Cela se fait avec les sépultures des soldats du Commonwealth. Le parrainage consiste à être le parrain d’une ou plusieurs sépultures, faire quelques recherches pour essayer de connaître un peu le parcours du soldat et de s’engager à y aller une fois par an pour fleurir la sépulture. Je ne sais pas trop comment m’y prendre. Merci de vos suggestions et de vos aides.

 

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