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Le jeudi 20 septembre a eu lieu, aux Archives Départementales de la Seine-Saint-Denis, à Bobigny, une table ronde sur le thème de «L’immigration portugaise, de la précarité à l’insertion», en partenariat avec l’Association Memória Viva.

Après le mot d’accueil prononcé par Christine Langé, Directrice des Archives Départementales, Ilda Nunes a présenté l’Association Memória Viva, dont elle est Présidente, et rappelé quelques-unes de ses actions récentes telles que le partenariat avec l’Association des Exilés Politiques Portugais qui vient d’éditer «Exílios» (2 volumes) ou encore la constitution d’un fonds d’archives sur l’immigration portugaise, déposé à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, dans le cadre d’une convention signée avec cet organisme.

Le premier exposé, présenté par Victor Pereira, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, concernait la question de «L’insertion résidentielle des Portugais en France, de la Première Guerre mondiale à la Seconde Guerre».

 

L’insertion résidentielle des Portugais entre les deux guerres

L’accord sur la main-d’œuvre, signé entre la France et le Portugal en 1916, affirme Victor Pereira en introduction, marque véritablement le début de l’immigration portugaise en France. À cette époque, la France manque cruellement de main-d’œuvre. L’État français prend en charge le recrutement et les premiers travailleurs portugais arrivent en novembre 1916. Des baraquements sont construits, à l’écart des villes, car si d’une part il existe une volonté de bien accueillir ces travailleurs, il y a d’autre part une préoccupation de les encadrer et de les contrôler. Beaucoup d’expulsions ont lieu et de nombreux travailleurs se plaignent des conditions d’hébergement. En 1920-30, on estimait à 75.000 le nombre de travailleurs portugais en France. Un des problèmes de cette immigration était l’analphabétisme qui touchait environ 80% des travailleurs (situation qui va perdurer jusque dans les années 1980).

En 1927, une loi facilite la naturalisation, mais très peu de Portugais la demande. Malgré cela, on observe un début d’intégration. Par exemple, explique Victor Pereira, un nombre assez important de Portugais sont installés dans un quartier de Saint Ouen (périphérie de Paris), appelé la Zone, dans des logements proposés par la société Saint-Gobain. Ces habitations sont insalubres, mais se trouvant proches des lieux de travail et de Paris, les travailleurs portugais s’y installent durablement. Un autre signe d’intégration peut être perçu à travers l’action syndicale menée par ces travailleurs, notamment contre les expulsions, au moment de la démolition de la Zone, en 1940-41. Et aussi à travers la création d’un club de foot ou la présence de tavernes tenues par des Portugais. Enfin, en guise de transition avec la période suivante, Victor Pereira indique que dans les années 1950 on trouve des Portugais propriétaires de terres sur le Plateau de Champigny-sur-Marne.

 

Les immigrés portugais en France après les années 1950

En deuxième partie de cette table ronde, Marie-Christine Volovitch-Tavares, vice-Présidente du Centre d’Études et de Recherche sur les Migrations Ibériques, a présenté un aperçu sur «Les immigrés portugais en France, des années 1950 au début des années 2000».

Durant cette période, l’immigration portugaise se poursuit et s’amplifie. Et comme pour la période antérieure, elle oscille entre marginalité et insertion. Une des caractéristiques des travailleurs portugais immigrés à partir de 1950 est qu’ils quittent leur pays illégalement et sans contrat de travail, faute d’un nouvel accord de main-d’œuvre auquel les autorités portugaises s’opposaient.

Au milieu des années 1960, le nombre d’immigrés portugais en France est estimé à 700.000. La plupart sont installés dans la région parisienne. C’est l’époque des grands bidonvilles.

Bien que la plupart des nouveaux-arrivants trouvaient du travail, leurs droits étaient souvent escamotés, précise Marie-Christine Volovitch-Tavares, et leur régularisation très lente. La scolarisation de leurs enfants était une préoccupation constante. Ainsi, à Champigny, des institutrices venaient faire l’école dans des préfabriqués.

Face à cette situation de précarité, des groupes de militants syndicalistes français cherchaient à se rapprocher des travailleurs portugais. La CGT notamment, qui édite à partir de 1965 le journal «O Trabalhador», en portugais. Du côté portugais, le mensuel «Presença Portuguesa» jouera un rôle important dans l’aide à l’intégration. Avec la destruction des baraques, des associations françaises vont chercher à faciliter le relogement des familles portugaises. Après 1968, des jeunes portugais opposés à la guerre coloniale joueront un rôle minoritaire mais non négligeable auprès de leurs compatriotes dans la défense de leurs droits. Par ailleurs, autre signe de relative insertion, parmi les grévistes de Mai 68 on trouvera aussi des travailleurs portugais.

Après la révolution du 25 avril 1974 et la fin de la dictature au Portugal, peu de travailleurs portugais rentrent au Portugal. Au contraire, l’immigration continue, mais cette fois-ci légalement.

Durant les années 1980, avec la résorption des bidonvilles (sauf quelques îlots), l’essor important des associations portugaises (plus de 1.000) et l’insertion par le travail, la situation des Portugais en France évolue. Néanmoins, en contrepoids de ce tableau, une question fait toujours débat: les Portugais se retrouvent entre eux, au sein de leurs associations.

Depuis 2008, avec la crise économique au Portugal, on assiste à une nouvelle immigration portugaise en France, constituée surtout de jeunes ayant fait des études et aussi des travailleurs détachés. Concluant son exposé, Marie-Christine Volovitch-Tavares considère que même si la question de l’insertion des Portugais en France reste ouverte, on ne peut plus actuellement parler d’exclusion.

 

Portraits croisés

Enfin, les «Portraits croisés d’immigrés portugais, à 50 ans d’intervalle», de Rose Marie Nunes, ont permis de suivre, de façon assez originale et attachante, les différents parcours de deux générations: celle arrivée en France pendant les années 1960 et celle arrivée après 2008.

Formée en Économie Appliquée, Rose Marie Nunes a quitté son travail à la Banque pour se consacrer à la photographie. Ce sont les récits et les témoignages de ses parents et grands-parents, partis «a salto» vers la France dès la fin des années 1950, qui lui ont fait sentir la nécessité de réaliser ce projet, encore inachevé, de «portraits croisés d’immigrés portugais».

Depuis 2015, Rose Marie Nunes a interviewé, filmé et photographié des dizaines d’hommes et de femmes qui ont vécu dans les bidonvilles durant les «années de boue», des chanteurs, des écrivains, des intellectuels exilés, mais aussi des artistes ou des travailleurs détachés arrivés en France après la crise de 2008. Son projet, affirme-t-elle, nous permettra d’obtenir une «cartographie assez hétérogène» de l’immigration portugaise en France. Ses propos ont été illustrés par la projection d’une dizaine d’interviews.

En dernière partie de la table ronde la parole a été donnée à l’assistance qui, outre quelques témoignages personnels, a soulevé des questions concernant le rôle joué par l’Association des Originaires du Portugal, les jumelages, l’insertion des 30-50 ans nés en France, ou encore la transmission et l’enseignement de la langue maternelle.

 

 

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