
L’histoire présentée ici est transmise par Thierry Vernière, petit-fils de soldat portugais engagé volontaire en France lors de la II Guerre mondiale. Un parcours hors du commun, puisque la période de la guerre l’a connu sous 2 noms de famille différents, l’un dans la Légion étrangère française, l’autre dans la Résistance française. Son parcours laisse encore des interrogations, après 10 ans de recherches.
La mémoire familiale est importante dans la recherche d’ancêtres, mais parfois elle donne des pistes difficilement vérifiables. La consultation de documents officiels est fondamentale pour étayer les «peut-être».
Tout un chacun n’a pas envie, ou le besoin, de faire ce type de recherches, mais les quêteurs d’ancêtres savent qu’une recherche, si elle n’aboutit pas, donne souvent des éléments permettant d’écrire un parcours de vie, aussi compliqué soit-il.
Arrivée en France d’Augusto Castedo
Le grand-père maternel, Augusto Castedo, est originaire du Nord du Portugal, Mos – Vila Nova de Foz Côa. Il est né le 27 janvier 1904, fils d’Antoine et Virginie Mateos. Maçon de profession en France, de taille moyenne lors de son engagement dans l’armée française.
Pourquoi Augusto Castedo a quitté le Portugal entre les deux guerres ? C’est la première question qui se pose. «L’histoire familiale voudrait que Mário Augusto Castedo, employé des chemins de fer portugais dans la région du Douro, aurait, au cours d’une rixe, tué une personne et se serait enfui, probablement entre 1930 et 1931» écrit Thierry Vernière.
La II Guerre mondiale : D’Augusto Castedo à Auguste Castelneau
En mai 1940, Augusto Castedo s’est engagé volontairement dans la Légion étrangère au bureau d’Agen. Soldat de 2ème classe, il a été affecté à Sathonay, au dépôt de la Légion. La campagne fut de courte durée puisqu’il est libéré du service militaire en juillet 1940, démobilisé à Aix-en-Provence.

En janvier 1944, en Dordogne, il s’engage dans la Résistance dans le mouvement F.T.P.F., Chef de groupe du maquis Soleil créé pas René Coustellier. Il participera à la libération de la Dordogne, puis avec le 108ème RI à la libération de La Rochelle, au côté de Paul Bousquet. C’est à cette époque qu’il signe un contrat d’engagement F.F.I. sous une autre identité, celle d’Auguste Castelneau.
Thierry Vernière, au cours de ses recherches, a pu discuter avec René Cousteller : «Il m’a confirmé qu’il a très bien connu mon grand-père et qu’il serait rentré d’Allemagne ensemble après avoir participé à la libération de la Rochelle et Royan au sein du 108ème RI».

En 1945, Augusto Castedo est porté disparu (son nom figurant sur le site Mémoire des hommes), cela semble normal puisqu’il avait changé d’identité. Il sera connu sous le nom d’Auguste Castelneau le restant de sa vie civile à Bergerac, non loin de Fumel où il résidait lors de son engagement volontaire. Il mettra fin à ses jours en janvier 1964.
Que pouvait-il bien porter sur les épaules pendant ses 60 ans d’existence ?
La mention ci-dessus de l’Allemagne a poussé à effectuer des recherches récentes dans les Archives allemandes Arolsen et dans les listes officielles de prisonniers français établies d’après les renseignements fournis par l’Autorité militaire allemande. (les noms des Portugais étaient consignés dans ces listes). Le nom d’Augusto Castedo/Casleneau n’apparait pas, mais cela ne veut pas dire qu’il n’a pas été fait prisonnier. Le fait cité plus haut qu’il soit «porté disparu en 1945» est peut-être liée à ce statut de prisonnier. A noter, selon le petit-fils, que dans son homologation de grade et d’appartenance aux F.F.I., il est noté «évadé». Cela peut confirmer un emprisonnement.
Thierry Vernière a vérifié que «Augusto Castedo et Auguste Castelneau ne faisait qu’une seule et même personne» grâce aux dossiers officiels collectés faisant référence à son employeur.
Une descendance placée
La maman, fille de Mário Augusto Castedo, n’a jamais connu son père. En 1935, à l’âge de 3 ans, elle est placée en famille d’accueil avec sa petite sœur de 2 ans. Les deux filles sont nées avant le mariage des parents. Comme pour beaucoup de Portugais en France (cela s’est aussi produit avec les soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) restés en France après la I Guerre mondiale), les parents se sont mariés plusieurs années après la naissance des fillettes, ici en 1940, probablement pour régulariser une situation administrative et reconnaître les enfants.
Question encore soulevée
Tout n’a pas été dévoilé, tout n’est pas connu dans la vie, pourtant engagée en France, d’Augusto Castedo.
«Il y a un élément que je souhaiterais connaître, c’est celui qui concerne la rixe mortelle qui aurait provoqué le départ de mon grand-père pour la France, dans les années 1930-1931» écrit Thierry Vernière.
Un besoin d’honorer son ancêtre tout en cherchant la vérité, difficile soit-elle !






