Ce samedi, 30 mai, marque la 150ᵉ représentation à Paris de la pièce de théâtre «La Fleur au fusil» de Lionel Cecilio, un chiffre déjà remarquable pour une pièce consacrée à l’histoire du Portugal. À ce total s’ajoutent les représentations en tournée, au Festival d’Avignon (*) et en Provence, telle celle au Festival Actes Citoyens de Tomblaine où les applaudissements finaux ont duré près de dix minutes… une récompense publique pour Lionel Cecilio bien méritée qui vient compenser la petite déception des Molières 2026.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux ce 29 mai, Lionel Cecilio confie l’intensité de cette aventure artistique : 150 fois sur scène pour raconter une histoire familiale, collective, celle d’une grand-mère, Céleste, 150 fois d’hommage à sa grand-mère, mais aussi pour raconter l’histoire de la dictature de Salazar et de la Révolution des Œillets du 25 avril 1974. Lionel Cecilio dans son post évoque aussi la charge émotionnelle des représentations, entre mémoire transmise, regard du public et dialogue ouvert avec les spectateurs.
«La Fleur au fusil» est un seul-en-scène historique et intime. Le récit suit Céleste, femme portugaise émigrée en France, qui revisite son passé sous la dictature et les bouleversements menant à la révolution pacifique portugaise.
À travers cette parole transmise à son petit-fils, la pièce mêle exil, mémoire familiale et histoire collective.
Elle met en lumière la force d’un peuple qui transforme un régime autoritaire sans basculer dans la violence, incarnant l’idée même de résistance et de transmission. Le titre lui-même renvoie à une forme d’optimisme initial, mais aussi à une réflexion sur la mémoire et ce qu’une société choisit de transmettre ou d’oublier.
Entre théâtre, mémoire et résonances contemporaines
La pièce, encore programmée à la Comédie Bastille jusqu’au 29 juin, s’inscrit dans une dynamique de succès rare, après son passage remarqué au Théâtre de la Huchette, lieu emblématique du théâtre de répertoire et des records de longévité.
Ce lien avec l’histoire du théâtre fait écho à des œuvres comme «La Cantatrice chauve» ou «La Leçon» d’Eugène Ionesco, jouées depuis le 16 février 1957 sans interruption.
C’est également de Ionesco une des premières pièces que nous avons eu l’occasion de voir : «Rhinocéros». On était en 1978. C’était au Théâtre d’Orsay. Sur la scène, un des plus beaux et extraordinaires coupes du théâtre français : Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. «Rhinoceros», une fable sur le conformisme et les dérives collectives. Comme chez Ionesco, «La Fleur au fusil» interroge la résistance individuelle face aux mécanismes d’adhésion et de transformation sociale.
Au-delà du chiffre, avec ses 150 représentations en un peu plus d’un an, «La Fleur au fusil» est surtout la persistance d’un récit de mémoire et d’humanité qui frappe une histoire personnelle devenue collective, portée par le théâtre comme espace de transmission. Dans un monde traversé par les tensions et les oublis, la pièce rappelle que raconter, encore et encore, peut aussi être une forme de résistance.
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(*) La pièce sera présentée au Festival d’Avignon pour la 3ème année consécutive, au théâtre Lucioles, Salle Fleuve, du 4 au 25 juillet, à 17h40 (relâche les 8, 15 et 22 juillet).







