Alcinda Gonçalves et Joaquim Sousa honorés pour les 50 ans au service de la paroisse Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts

Tous les dimanches matin, à 9h00, l’église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts résonne des chants en portugais. Après la messe, les conversations se poursuivent autour d’un café et de pastéis de nata. Pour beaucoup, ce rendez-vous hebdomadaire est bien plus qu’une célébration religieuse : c’est un lieu de transmission, de fraternité et de mémoire.

L’Aumônerie portugaise célèbre cette année un demi-siècle d’existence. Cinquante années pendant lesquelles plusieurs générations de Portugais ont trouvé dans cette paroisse parisienne un point d’ancrage, un espace où préserver leur langue, leur foi et leurs traditions tout en construisant leur vie en France.

Le nom même de l’église raconte une partie de l’histoire du quartier. «Saint-Antoine» rappelle l’ancienne abbaye de Saint-Antoine-des-Champs, tandis que «Quinze-Vingts» fait référence à l’hospice fondé au XIIIᵉ siècle par le roi Saint Louis pour accueillir trois cents aveugles – «quinze-vingts» selon l’ancien mode de calcul par vingtaines.

Depuis plus de cinquante ans, ce patrimoine parisien accueille également une page de l’histoire de l’immigration portugaise.

La célébration du cinquantenaire a également été l’occasion de rendre hommage à deux figures incontournables de l’Aumônerie. Depuis les années 1970, le couple Joaquim de Sousa et Alcinda Gonçalves consacre une grande partie de leur temps à faire vivre la Communauté portugaise de Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts.

Président de l’Aumônerie, Joaquim de Sousa coordonne depuis de nombreuses années les activités de la Communauté, tandis que Alcinda Gonçalves est devenue une référence pour plusieurs générations d’enfants qu’elle a accompagnés au catéchisme. Ensemble, ils ont participé à l’organisation des célébrations, des pèlerinages, des fêtes paroissiales et des nombreuses initiatives qui rythment la vie de l’Aumônerie.

En reconnaissance de cet engagement exceptionnel, Mgr Laurent Ulrich, Archevêque de Paris, a décerné à Alcinda Gonçalves et à Joaquim de Sousa la Médaille d’argent du Mérite diocésain, sur proposition du curé de la paroisse, le Père Stéphane Gravereau.

Dans le diplôme remis le 28 juin dernier, l’Archevêque souligne qu’ils se sont «consacrés au service de la paroisse avec fidélité et dévouement en tant que catéchistes» et qu’ils ont contribué, depuis plus de cinquante ans, «à tisser et renforcer les liens de la Communauté portugaise au sein de la paroisse».

Pour Joaquim de Sousa, cette reconnaissance est avant tout celle d’un travail collectif. «Ce que nous avons fait, nous ne l’avons jamais fait pour être récompensés. Nous l’avons fait pour que les familles portugaises aient un lieu où se retrouver, prier et transmettre leur foi».

Une Communauté née avec l’immigration portugaise

L’histoire de l’Aumônerie commence au milieu des années 1970, alors que l’immigration portugaise est à son apogée. Sous l’impulsion du Père António dos Santos, une soixantaine de fidèles se réunissent dans un local situé en face de l’église, avant que les célébrations ne soient transférées dans les salles paroissiales puis, en 1978, dans l’église elle-même.

Très rapidement, la communauté grandit. Dans les années 1980 et 1990, les messes dominicales attirent plusieurs centaines de personnes et le catéchisme en portugais accueille jusqu’à 150 enfants. Les prêtres qui se succèdent accompagnent les familles dans leur foi, mais aussi dans leur intégration en France.

Parmi les figures marquantes de cette histoire figurent Mário Ribeiro, longtemps sacristain de la paroisse, Rita Correia, mémoire vivante des premières années, ou encore Joaquim de Sousa et Alcinda Gonçalves, dont toute une vie familiale est intimement liée à cette communauté. «Nous avons grandi avec la communauté».

Arrivé en France au milieu des années 1970, Joaquim de Sousa est aujourd’hui Président de la communauté portugaise. «Mon épouse Alcinda est arrivée en 1970 et moi, après mon service militaire de quatre ans en Guinée-Bissau. Nous avons construit toute notre vie ici, près de la Bastille».

Menuisier-charpentier de profession, il a consacré une grande partie de son temps libre à la vie paroissiale. «Nous avons commencé en 1976 avec quelques familles portugaises. Au début, ce n’était pas toujours facile, mais petit à petit la Communauté s’est développée. Aujourd’hui, cela fait cinquante ans que cette mission existe».

Le 28 juin dernier, près de 400 personnes se sont réunies pour célébrer cet anniversaire. «Nous avons inauguré une plaque, en azulejo commémorative des cinquante ans, réalisée au Portugal, dans la région de Leiria. Une première plaque avait déjà été installée pour les vingt-cinq ans».

Président de la Communauté, Joaquim Sousa insiste sur l’esprit qui anime l’Aumônerie. «Je ne suis pas catéchiste. Mon rôle est de coordonner la Communauté. Ce qui compte, c’est que les familles se retrouvent, qu’elles vivent leur foi ensemble et que les jeunes gardent un lien avec leurs racines».

Chaque dimanche, après la messe en portugais, les enfants rejoignent les salles de catéchisme pendant que les parents partagent un moment convivial autour d’un café.

Son épouse, Alcinda Gonçalves, est l’une des chevilles ouvrières de cette organisation. «C’est elle qui coordonne tout le catéchisme avec une équipe de bénévoles. Sans elle, beaucoup de choses ne seraient pas possibles».

Pendant plusieurs décennies, le catéchisme en portugais a accompagné des centaines de jeunes. «À certaines périodes, nous avions jusqu’à 150 enfants. Aujourd’hui, ils sont moins nombreux, mais nous continuons à préparer les enfants à la Première Communion, à la Profession de foi et à la Confirmation».

La Communauté ne se limite pas aux célébrations dominicales. Elle participe pleinement à la vie paroissiale à travers les chorales, la procession du 13 mai en l’honneur de Notre-Dame de Fátima, les fêtes paroissiales, les repas conviviaux, les journées d’amitié ou encore les pèlerinages.

En 2017, pour le centenaire des apparitions de Fátima, Joaquim Sousa et son épouse Alcinda Gonçalves avaient organisé un pèlerinage réunissant une cinquantaine de participants, parmi lesquels de nombreux paroissiens français.

Au fil des années, des initiatives nouvelles ont également vu le jour, notamment grâce à l’association SALSA (Société Associative Lusophone de Saint-Antoine), qui a proposé des soirées de fado, des cours de portugais, des activités culturelles et un soutien aux jeunes.

Préparer l’avenir

Après plusieurs années sans prêtre portugais résidant, l’arrivée successive des Pères Marcos, Morais puis Cristiano a permis de redynamiser l’Aumônerie. Malgré la pandémie, les bénévoles ont maintenu les liens grâce aux célébrations retransmises en ligne.

Aujourd’hui, une nouvelle génération souhaite poursuivre cet héritage. Raquel Bastos et plusieurs jeunes bénévoles travaillent au développement de nouvelles initiatives. Le loto organisé au printemps a rassemblé une centaine de participants et d’autres projets sont déjà à l’étude, notamment une soirée de fado et l’accueil prochain des membres de la communauté portugaise de Saint-Joseph-des-Nations.

À 76 ans, Joaquim Sousa continue de regarder vers l’avenir. «J’ai commencé très jeune et je continuerai tant que Dieu me donnera la santé. Ce qui compte, c’est que les familles continuent à se retrouver et que les jeunes gardent un lien avec leurs racines portugaises et avec leur foi».

L’inauguration de la plaque du cinquantenaire, installée à côté de celle des vingt-cinq ans et de la statue de Notre-Dame de Fátima, n’est pas seulement un hommage au passé et au dévouement de Joaquim de Sousa et Alcinda Gonçalves – cela résume l’esprit de cette communauté : reconnaître le chemin parcouru pour mieux préparer l’avenir.

Comme le dit Joaquim de Sousa : «Si on coupe les ponts, on ne peut plus passer».

Depuis cinquante ans, l’Aumônerie portugaise de Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts construit précisément ces ponts : entre le Portugal et la France, entre les générations, entre la foi et la culture, entre ceux qui ont bâti cette Communauté et ceux qui en écriront la suite. La Médaille diocésaine décernée à Alcinda Gonçalves et à son mari Joaquim de Sousa, vient rappeler que ces cinquante années d’engagement discret, ont profondément marqué la paroisse et le diocèse de Paris.

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