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Cindy de Campos, la bataille d’une vie en Gilet Jaune

L’acte 23 du Mouvement des Gilets Jaunes s’est déroulé samedi dernier avec des manifestations dans toute la France, et à Paris également. Une mobilisation stable qui confirme la ténacité et la conviction des Gilets Jaunes pour leurs revendications.

Cindy de Campos, franco-luso-polonaise, fait partie du Mouvement depuis la première heure. Pour LusoJornal, elle nous a expliqué les raisons de son engagement, ses motivations pour continuer, et surtout elle aborde ses origines portugaises.

Le 17 novembre, un mouvement sans précédent se dresse en France, celui des Gilets Jaunes avec des revendications qui touchent Cindy de Campos: «J’ai toujours galéré dans la vie. Pourtant, quand j’étais plus jeune, j’ai essayé de tout mettre de mon côté en travaillant à l’école, en passant mon permis et en étant patiente pour avoir un travail. J’étais très motivé, mais au bout d’un moment je n’ai eu aucun retour. J’ai fait des petits boulots, non qualifiés, et je travaillais en CDD dans l’administration. A la fin du mois, comme je suis maman de trois enfants, il ne me restait rien. Tout part dans la cantine, la garderie, le centre aéré pour les enfants, et pour nous, cela part dans le loyer, les charges et l’essence, car dans les régions, on doit souvent prendre sa voiture pour pouvoir travailler. On survit, on ne vit pas. Devant cette injustice qui me touche depuis toute petite, j’ai décidé d’enfin agir! Dès le premier acte je suis sorti dans la rue dans mon département de l’Ardèche» clame Cindy de Campos.

Elle nous a d’ailleurs expliqué plus en détail les injustices qu’elle a subi: «On va être clair, je viens d’une famille pauvre. J’ai vécu dans la pauvreté, je sais ce que c’est de ne pas manger car mes parents n’avaient pas assez d’argent. La galère, je connais et je n’en veux plus, ni pour moi, ni pour mon mari, ni pour mes enfants. Je travaille, je ne suis pas une fainéante comme a pu le dire le Président. Je viens du Pas-de-Calais, on est dénigré, on nous insulte de fainéants, d’alcooliques et de consanguins, et on nous prend de haut. Pourtant j’y ai cru à l’égalité des chances. Il n’y en a pas actuellement. Je ne vois que de l’injustice à tous les niveaux», souligne la lusodescendante.

On en est à cinq mois de mobilisations et Cindy de Campos ne baisse pas les bras.

Petit retour sur les faits: «Tout est parti de la hausse des carburants, il ne faut pas se tromper. Et à partir de là, on a ouvert les yeux sur toutes les injustices et sur tout ce qui n’allait pas, comme par exemple la répartition de l’économie française. Où l’argent public part? Tout est mal distribué et surtout ce n’est pas le peuple qui en profite. On joue avec les Français. On leur fait croire que c’est leur faute, que le problème, c’est eux! Mais c’est faux! On se sacrifie pour des personnes fortunées», s’emporte cette Gilet Jaune de la première heure, avant d’ajouter: «On sert le pays, et pourtant on ne sert qu’à payer, payer toujours plus. Et en retour? On n’a rien. On veut juste pouvoir vivre dignement. On a des droits. Ils sont allés trop loin avec nous, ils ont trop tiré sur la corde», affirme cette jeune mère de famille.

Son combat sera sur le front, dans la rue pour toutes les manifestations: «Je continuerai dans la rue. Je veux que tout le monde sorte de la misère. La mobilisation peut baisser sur les ronds-points, mais pas dans les villes, pas sur les réseaux, on a toujours autant de soutien », insiste-t-elle, elle qui a toujours en travers de la gorge les mots du Président et de la classe politique: « On est humiliés, méprisés, rabaissés, oubliés. Apparemment on est des ignorants, on ne sait rien, on n’est pas très intelligents. On peut traiter les gens comme ça? On est des humains, et on devrait faire passer l’humain avant tout. Moi je ne veux de mal à personne, et je ne veux pas qu’on m’en fasse, or en nous traitant comme ils le font, cela me fait du mal. On leur demande de vivre, ils nous répondent par la violence sous toutes ces formes», affirme Cindy De Campos.

Pour arrêter le mouvement que faudrait-il faire? Le Président Emmanuel Macron a-t-il les réponses? «Au début, ils ont donné des miettes. Les gens ne peuvent pas se contenter de ça. Moi, par exemple, je n’ai rien eu. Je n’ai pas eu de prime d’activité, ni de prime de fin d’année. J’ai même eu mon allocation logement supprimée. Je suis encore plus en difficulté. S’il le voulait, il aurait pu stopper tout en supprimant par exemple les taxes sur les produits de première nécessité, tout en réinstaurant l’ISF. Ce n’était pas assez, mais beaucoup auraient arrêté. On demande que l’Etat adopte des mesures pour tous, et rien est fait, donc on continue, toujours motivés», assure la lusodescendante, elle qui a même gagné espoir: «Ils ont eu peur de nous. On doit continuer à mettre la pression. J’ai gagné espoir. Si tout le monde sort dans la rue, paralyse le pays, et pas seulement les samedis, on pourra gagner et ils devront céder. Moi, maintenant, je suis au chômage, car je faisais des CDD dans l’Administration, mais quand ils ont su que j’étais Gilet Jaune, ils m’ont mis de côté. Il y a une chasse ‘aux sorcières’. Mais je continuerai jusqu’au bout car mon combat est légitime», admet la jeune femme.

Quelles solutions peuvent être trouvées maintenant? «Il faut que l’humain soit au centre de tout. Que le peuple français soit valorisé. On veut nous diviser, or nous, nos revendications, c’est pour tout le monde, pas que pour nous. On sait qu’il a des opportunistes comme partout, mais les vrais Gilets Jaunes veulent que tout le monde bénéficie d’avantage», explique-t-elle avant de détailler: «On veut décider du futur de notre pays. Quand il y a une loi qui pose problème, il doit y avoir un vote citoyen et un référendum pour que tout le monde se sente concerné. En fonction de la majorité, on applique ou non la loi proposée. On fait tous partis de la France. On veut l’égalité dans la distribution des richesses. On veut le partage des décisions avec des représentants des classes populaires, des classes moyennes et pas seulement de l’élite. On veut une justice sociale, démocratique, écologique et fiscale. On ne veut pas que les plus riches s’en sortent car ils ont de l’argent. Tout le monde doit rendre des comptes. On veut diminuer les privilèges de ceux qui sont au pouvoir. Il faut revoir le système et il faut passer par un RIC. Et, évidemment, on veut une augmentation du pouvoir d’achat. Mon objectif, c’est remplir le frigo et ne pas faire de la politique. On travaille tous, on devrait tous avoir le droit de manger et de se soigner correctement. Je veux que tout le monde ait une vie décente», surenchérit la franco-portugaise.

La lutte d’ailleurs ne s’arrête pas aux manifestations, c’est un mode de vie: «Chez nous en Ardèche, où je suis actuellement, on boycotte des produits, des marques. Je consomme au compte-goutte. Je privilégie les agriculteurs et commerçants du coin. Je boycotte les péages, la télévision, l’huile de palme, les chaînes de fast-food… Je n’utilise plus de plastique. J’essaye de changer mon mode de consommation. Et je ne suis pas la seule. Plus nous serons et plus ça fera du mal aux multinationales. J’ai travaillé à Amazon, je sais comment ils nous traitent. Quant à la finance, et bien j’opte pour payer en chèques ou en espèces, pas en carte bancaire comme ils le souhaitent. Et en changement nos modes de consommation, et bien on est même des écologistes responsables».

Cindy de Campos s’est aussi livrée sur ses origines et son enfance.

«Ce n’était pas facile. Ma famille était même en danger dans un petit appartement, car il y avait du feux dans les caves toutes les semaines, c’était horrible. Et déjà à l’époque, quand j’étais petite, personne n’a rien fait. Après plusieurs tentatives, où on a même fini dans la rue, on nous a relogés, avec ma mère, dans une petite maison, qui n’avait pas les conditions pour accueillir une famille. Petite, je pensais que tout le monde vivait comme nous. Or, quand je suis passé de l’école de banlieue à celle du centre-ville, j’ai vu les différences. Même au niveau des cours, car je suis passée de première à dernière, car le niveau était très faible en banlieue», nous explique-t-elle, avant de nous parler de sa famille: «J’ai bientôt 32 ans, je me suis marié le 30 mars, je suis allée soutenir les Gilets Jaunes même ce jour-là, et j’ai trois enfants. Mes origines portugaises me viennent de mon père, tandis que ma mère était polonaise. Je voyais régulièrement mon père après leur divorce, mais ça ne m’a pas permis d’apprendre le portugais, un regret. On a pu aller une seule fois au Portugal, vers Torres Vedras, j’ai adoré! Les gens là-bas sont ouverts, ne se prennent pas la tête, en tout cas, ils donnent cette impression-là. Ma grand-mère est venue en France pendant la guerre et elle me parlait souvent en portugais, même si je ne comprenais pas. Voilà un peu mes origines, mais je vous assure que je veux retourner au Portugal, même si c’est pour de courtes vacances. Petite, j’ai vécu ces vacances comme si c’était Noël tous les jours. On ne nous a pas jugés là-bas. Ça m’a rassurée», s’enthousiasme Cindy de Campos.

La famille est un sujet sensible, tellement les sentiments sont présents: «J’adore ma famille portugaise. Ils ont souvent eu des carrières dans le bâtiment. On est tous éparpillés un peu partout en France. Malheureusement j’ai perdu mon père. Je veux me battre pour cette cause. Je ne cache d’ailleurs pas que j’ai hérité d’une spondylarthrite ankylosante du côté de mon père et que je ne sais pas jusqu’à quel âge je vais tenir debout. C’est la bataille d’une vie dans tellement de domaines pour moi. Je ne lâcherai rien, j’ai déjà trop cédé dans ma vie», conclut Cindy de Campos au LusoJornal.

Quant à la polémique autour de la cathédrale Notre Dame, la franco-portugaise a des doutes sur cette générosité soudaine: « Ils nous disent depuis longtemps qu’il n’y a pas d’argent en France et en 48h, selon les médias, 1 milliard tombe du ciel pour restaurer la Cathédrale Notre Dame suite à l’incendie. C’est indécent. Les ultras-riches profitent de ce désastre pour redorer leur image auprès des Français. Sauf que leurs dons vont être défiscalisés à hauteur de 90% (si la loi entre en vigueur). C’est donc, nous, les petits français qui allons payer avec nos impôts! Quand j’offre un sandwich à une personne dans le besoin, je n’y retourne pas quelques jours après pour récupérer une part. Cela s’apparente à du profit, ils ne pensent qu’à leur intérêt personnel », s’insurge la lusodescendante.

 

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