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Discours du Ministre Jean-Yves Le Drian à l’Ambassade du Portugal à Paris, devant les ambassadeurs européens, à l’occasion du lancement de la Présidence portugaise de l’Union européenne, le 15 janvier.

 

Mesdames les Ambassadrices,

Messieurs les Ambassadeurs,

Comment ne pas ressentir une forme de vertige, au souvenir de l’optimisme qui était le nôtre il y a un an seulement, à l’aube de l’année 2020 et de la nouvelle mandature européenne?

Très vite, cet optimisme s’est pourtant effacé, devant l’irruption d’une crise sanitaire globale presque immédiatement redoublée d’une crise économique et sociale majeure, et qui menace en permanence de dégénérer en crise politique et diplomatique. Une crise qui, partout, exacerbe les doutes, les craintes et parfois les passions. Une crise qui, partout, met les gouvernements sous très forte pression.

La pandémie – et c’est parfaitement légitime – est aujourd’hui la première préoccupation de nos concitoyens européens et la première priorité de nos gouvernements. La période que nous vivons est une période difficile, et même tragique pour tant de familles qui ont le malheur de perdre prématurément l’un des leurs. C’est aussi, assurément, une période historique, car nous sentons bien que la manière dont nous réagissons aujourd’hui engage l’avenir de toute une génération d’Européens.

Et ne perdons jamais de vue que cette crise majeure est survenue dans un environnement déjà lourd de menaces et de défis, qui n’ont pas disparu, y compris au plus proche de notre Union, avec le Brexit.

Fin décembre, nous avons conclu un accord de séparation avec le Royaume-Uni. Cet accord a permis de trouver un bon équilibre entre la protection des intérêts des Etats membres et la nécessité de conserver, avec ce grand pays voisin, un partenariat aussi ambitieux que possible. Nous avons su éviter l’absence d’accord qui aurait alourdi le fardeau de la crise économique et aurait créé des incertitudes particulièrement délétères dans le contexte que nous connaissons. Mais, si nous pouvons être satisfaits d’avoir trouvé cet accord – et nous savons tous que ce n’était pas gagné d’avance! -, nous ne devons pas moins rester vigilants sur sa mise en œuvre et ne jamais perdre de vue cette réalité que le Brexit nous affaiblit. Perdre l’un de nos membres les plus importants, même s’il était sans doute l’un des moins convaincus, reste un coup dur, à l’heure où nous devons plus que jamais nous rassembler pour peser sur les événements.

*

La leçon essentielle du Brexit, à mes yeux, c’est qu’il n’y a rien d’irréversible dans l’unification de notre continent, et que rien ne doit être tenu pour acquis. Tout peut arriver: les progrès, bien sûr, mais aussi les reculs. Cela, au fond, ne dépend que de nous: de nos choix, des décisions que nous prenons et de celles que nous ne prenons pas.

C’est aussi la leçon que nous pouvons tirer des développements aux Etats-Unis. L’élection du Président Biden a été saluée partout en Europe, et au-delà, et nous nous réjouissons de travailler dans quelques jours avec son administration. Et pourtant la nervosité est là, jusqu’aux dernier jours de l’administration Trump. Les scènes survenues il y a dix jours à Washington paraissaient inimaginables. Jamais on n’aurait attendu une telle réaction d’un Président en exercice. Puis nous avons vu un réseau social, qui avait joué un grand rôle dans l’émergence du phénomène Trump, bloquer soudainement ce dernier pour des motifs qui sont certainement défendables mais qui illustrent le pouvoir exorbitant de ces entreprises dans nos vies démocratiques.

Voilà un autre des défis auxquels nous devons faire face, et nous aurions tort de le sous-estimer: l’emprise des réseaux sociaux sur la vie de nos démocraties, la manière dont, notamment en raison du modèle économique qui est le leur, elles aggravent la polarisation et la volatilité du débat public, au risque de miner jusqu’aux fondements du lien social qui nous unit. Ces entreprises ne sont pas de simples courroies de transmission, de simples relais d’opinions constituées et de dynamiques politiques auxquelles elles resteraient étrangères. Elles sont des acteurs à part entière, des acteurs qui pèsent sur nos choix, à travers des décisions – il faut le dire -prises par des gens que nous ne connaissons pas, suivant des procédures que nous ne connaissons pas: la formule n’est pas de moi mais d’Alexeï Navalny, qui sait de quoi il parle quand il s’agit de liberté d’expression.

Et je n’en ai malheureusement pas fini. Nous avons encore vu cette année la fragilité de notre voisinage, soumis en Biélorussie à la répression d’un mouvement démocratique massif, au Caucase au retour de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, en Méditerranée orientale à la politique de fait accompli poursuivie par la Turquie, ou encore en Libye où une solution politique durable peine à émerger en dépit de notre engagement. Nous avons vu la Chine chercher à utiliser la pandémie pour s’affirmer, sur le terrain et dans les esprits, comme un contre-modèle à un Occident présenté comme faible, impuissant et dépassé.

*

Si, pour toutes ces raisons, l’optimisme de janvier 2020 n’est plus de mise, je crois toutefois que notre responsabilité est de bâtir, ensemble, un autre optimisme européen, comme nous avons du reste commencé à le faire au fil de ces épreuves. Un «optimisme de la volonté», comme disait António Gramsci, qui – dans l’action publique – doit toujours être le corolaire de la lucidité. Le message que je suis venu porter devant vous ce matin au nom de la France est donc un message de totale détermination.

Car nous savons ce que nous avons à faire. Oui, nous le savons, parce que l’Union européenne a finalement su réagir dans cette crise.

Et je souhaite ici féliciter la Présidence allemande pour son remarquable travail. Je crois que l’Histoire retiendra que c’est sous cette présidence que l’Europe s’est ressaisie et projetée vers l’avenir, – avec des actes.

– D’abord, nous avons su renforcer notre coordination dans la crise sanitaire et utiliser l’Europe là où elle nous donne du poids, en particulier dans la négociation pour l’achat des vaccins. Les critiques des derniers jours, parfois justifiées, souvent excessives, ne doivent pas nous faire perdre de vue l’énorme avantage que procure l’Union européenne quand il s’agit de traiter avec les laboratoires et d’assurer que tous les Européens bénéficieront des vaccins. Ensuite, nous avons approuvé en juillet et confirmé en décembre un accord majeur sur la relance européenne, en brisant le tabou de l’emprunt collectif et un créant un fonds de relance de 750 milliards d’euros.

– Nous avons aussi rappelé, en même temps que nous faisions cet effort collectif et solidaire, que le cœur du contrat politique qui nous lie c’est l’Etat de droit. Ce dernier repose non sur une idéologie mais sur des engagements juridiques que nous avons choisis souverainement. Son respect doit être garanti partout, tout le temps, par tous et dans tous les domaines. Ce n’est pas négociable.

– Tout cela, nous l’avons fait sans remiser nos ambitions écologiques. Au contraire! Nous les avons relevées lors du Conseil européen de décembre, au moment des cinq ans de l’Accord de Paris, avec l’objectif d’une réduction des gaz à effet de serre (GES) d’au moins 55% d’ici 2030 et celui de la neutralité carbone en 2050.

– Enfin – je viens d’y faire référence -, nous sommes restés unis, jusqu’au bout, dans la négociation Brexit – qui l’aurait cru il y a un an? Certainement pas les Britanniques. Mais probablement pas les 27 eux-mêmes. Et pourtant!

– Et vous me permettrez d’ajouter que la coopération franco-allemande a donné, pendant ces 6 mois, le meilleur d’elle-même. Nous avons su être à l’avant-garde en proposant des solutions innovantes, tout en travaillant sans exclusive avec tous les Etats membres pour construire du consensus.

Au total, nous abordons 2021 avec de nombreux défis à l’horizon, mais également une base solide pour les relever. Encore une fois: nous savons ce que nous avons à faire, et je trouve que la devise choisie par la Présidence portugaise – «Le temps d’agir: pour une relance verte, juste et numérique» – traduit bien ces urgences européennes. C’est l’état d’esprit dans lequel nous devons désormais nous mobiliser, tous ensemble.

L’ordre des Présidences fait bien les choses car, pour les prochains mois, nous aurons besoin du Portugal et de la combinaison de ce qui, me semble-t-il, le caractérise depuis 35 ans exactement qu’il a rejoint notre Union: d’une part un engagement total dans le projet européen, et de l’autre une capacité reconnue par tous à construire du consensus.

J’ajoute qu’après la crise financière de 2008 qui l’a si durement frappé, le Portugal avait déjà construit sa relance sur le choix de l’Europe, de l’innovation et de l’ambition climatique. C’est sur ce chemin que nous devons continuer d’avancer aujourd’hui.

*

Face à ces défis immenses, nous serons résolument engagés aux côtés de la présidence portugaise.

1) A vos côtés, Monsieur l’Ambassadeur, pour poursuivre de la lutte contre la pandémie.

Nous devons plus que jamais renforcer notre coordination et construire une Europe de la santé qui soit capable de mieux anticiper les crises et de mieux les gérer quand elles surviennent. L’Union doit aussi renforcer sa contribution à la santé globale qui fera l’objet d’un Sommet dans le cadre du G20 en mai prochain;

2) A vos côtés, pour parvenir à l’adoption de tous les textes nécessaires à la mise en œuvre de la relance européenne.

Nous avons un nouveau Cadre financier pluriannuel. Nous avons un instrument de relance.

– Mais, pour qu’ils deviennent réalité, la Décision ressources propres doit être ratifiée dans tous les Etats membres – et, avant-hier, j’ai présenté le texte qui nous permettra de le faire en France au Conseil des Ministres.

– Les plans de relance et de résilience nationaux doivent être présentés d’ici le printemps.

– Un certain nombre de textes sectoriels doivent encore être conclus.

Il faut aller le plus vite possible, et tout ce qui peut être fait de manière anticipée doit l’être. Alors qu’ils sont confrontés à une nouvelle aggravation de la pandémie, nos concitoyens ne comprendraient pas que nous nous enlisions dans des procédures. Ce n’est pas l’Europe qu’ils attendent! Et ils ont raison.

3) Nous serons également à vos côtés, dans le même esprit, pour assurer la qualité de la relance européenne, autrement dit pour faire en sorte que cette reprise soit vraiment l’occasion de construire l’Europe de demain.

La Présidence portugaise a mis en avant la transition écologique et numérique, ainsi que la convergence sociale qui sera le thème du Sommet de Porto au mois de mai. Ce choix est un bon choix, car la transition ne peut fonctionner que comme un tout.

Pas de transition écologique, si nous ne savons pas exploiter les ressources de l’économie numérique.

– Pas de progrès social, si nous laissons la promesse numérique se transformer en un cauchemar d’oligopoles régissant nos vies et tirant les salaires et les conditions de travail vers le bas.

– Pas d’innovation, si nous ne savons pas la stimuler par des écosystèmes qui permettent la formation tout au long de la vie et cassent les barrières à la création d’entreprises.

Tout cela se concrétisera dans un ensemble de textes qu’il faudra préparer ou faire aboutir sous présidence portugaise.

Je pense à la Loi climat, dont la négociation doit être achevée avec le Parlement européen.

– Je pense au paquet «Ajustement à l’objectif 55», qui sera présenté par la Commission au mois de juin et qui devra nous permettre d’atteindre nos nouveaux objectifs de réduction des gaz à effet de serre, et pour laquelle la Présidence aura la tâche de lancer les travaux.

– Dans le domaine numérique, il faudra faire progresser la négociation des deux textes présentés par la Commission pour réguler les services et les marchés numériques – le DSA et le DMA – et dont je crois que chacun voit la nécessité encore plus clairement aujourd’hui qu’il y a un mois seulement lorsqu’ils ont été présentés.

– Dans le domaine social, enfin, il faudra renforcer le pilier européen des droits sociaux, adopté à Göteborg en novembre 2017, et accélérer la convergence sociale en assurant notamment des salaires minimaux adéquats.

Je le rappelle et j’y insiste, car la question sociale n’est pas un supplément d’âme du projet européen, c’est le projet européen dans ce qu’il a de plus essentiel. L’Europe n’a, en effet, pas été construite pour être un marché. Elle a été construite autour d’une certaine conception de l’homme, pour garantir son intégrité, l’égalité de ses droits et sa capacité à faire des choix libres et éclairés. C’est par le social que le projet européen peut échouer si nous laissons au bord du chemin des pans entiers de nos sociétés. Et c’est par le social que l’Europe s’affirmera si nous savons construire un modèle de développement durable qui favorise l’innovation et l’inclusion.

4) Nous entendons, enfin, être à vos côtés pour renforcer la crédibilité stratégique de l’Europe.

En employant ces mots, je ne cherche pas – et rassurez-vous – à ajouter un nouveau concept à celui de souveraineté européenne ou à celui d’autonomie stratégique, qui ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Je pense, à vrai dire, que nous passons trop de temps à débattre de terminologie alors que les défis devant nous sont des défis concrets, qui appellent des réponses concrètes. Et c’est bien là l’essentiel: l’Europe doit se donner les moyens d’être crédible.

Notre puissance à l’extérieur, elle procède d’abord de la solidité du modèle que nous saurons construire à l’intérieur – et c’est pourquoi affaires européennes et affaires étrangères sont, en réalité, indissociables.

Mais nous devons aussi apprendre à vivre avec le monde tel qu’il est, et qui est – si vous me passez l’expression – très loin de notre logiciel européen. Dès qu’on dépasse les frontières de notre Union, on n’est plus dans la domestication des rapports de force par le droit et la négociation permanente qui est la marque de nos rapports. On est dans l’affirmation brutale de la puissance, la politique du fait accompli, et la propagande qui exploite et détourne notre liberté d’expression au profit de cette politique.

Nous ne pouvons l’accepter et cela signifie que nous devons comprendre que nous n’allons pas gérer nos relations avec l’extérieur selon des règles calquées sur nos règles internes. Cela a longtemps été le fantasme européen, mais cette naïveté devient dangereuse. Dans un monde régi de plus en plus par le rapport de forces, nous devons être capables de l’assumer pour défendre nos intérêts.

Cela signifie que nous parlons à tous mais que nous n’acceptons pas tout.

– Là où les valeurs fondamentales sont violées nous devons être capables d’en sanctionner les responsables et je salue l’adoption en décembre par l’UE d’un instrument de sanctions spécifique à cet effet. Là où nos relations sont asymétriques nous devons les rééquilibrer, et je salue sous cet angle l’accord conclu en décembre avec la Chine. Nous ne garderons notre marché – qui est encore le premier marché du monde – ouvert à la Chine que si elle nous ouvre le sien et respecte les règles élémentaires de concurrence équitable et de protection des travailleurs. Encore faut-il que les engagements pris soient tenus et nous y serons particulièrement vigilants.

– Là où nous sommes directement pris à partie, comme c’est le cas en Méditerranée orientale du fait de la Turquie, nous devons imposer un coût à ces actions déstabilisatrices. Le Conseil européen l’a annoncé en octobre, décidé en décembre. Nous devons aller de l’avant sans jamais renoncer à chercher à établir avec ce grand voisin une relation constructive, mais sans refuser non plus le rapport de forces qu’il nous impose. Je m’y emploie pour ce qui me concerne, vous le savez.

– Et, dans tous les espaces maritimes stratégiques auxquels notre liberté d’accès est contestée, nous devons défendre nos intérêts. Je sais que la présidence portugaise souhaite mettre l’accent sur la sécurité maritime: nous soutiendrons ces efforts et, en 2022, nous en ferons nous-mêmes une priorité de la Présidence française.

Je note par ailleurs ici la sensibilité de la question des migrations, parce qu’elle est le point de rencontre entre nos politiques internes et externes. Cette politique devrait être refondée sur des principes simples de solidarité entre Etats membres, soutien aux pays de première entrée et exigence envers les pays tiers s’agissant des personnes n’ayant pas vocation à l’asile. J’espère que la présidence portugaise pourra avancer sur ce dossier majeur. C’est le seul, parmi les grands sujets qui ne peuvent être réglés que collectivement, sur lequel nous n’avons pas encore pu faire de vrais progrès, malgré une proposition de la Commission, que nous avons saluée.

Pour rester dans notre voisinage, l’UE a établi un record de vitesse en sanctionnant des responsables russes dans l’affaire Navalny, qui avait pour sa part constitué un record d’ignominie. Vous le savez, nous ne renoncerons pas au dialogue avec la Russie, car l’histoire et la carte de l’Europe suffisent à montrer que ce dialogue est nécessaire. Mais ce sera toujours dans l’exigence absolue de nos valeurs et la défense de nos intérêts de long terme.

Au Sud, nous luttons contre le terrorisme au Sahel, dans une stratégie d’ensemble qui est permise par nos opérations militaires mais ne s’y résume pas. Je me félicite que l’Europe considère de plus en plus que ce combat est le sien et pas seulement celui de la France et de quelques autres, et je remercie tous les Etats membres qui sont à nos côtés sur le terrain. Une grande part de notre avenir se joue en Afrique, et nous aurons avec le Portugal une présidence qui en est parfaitement consciente.

Enfin dans ce monde tel qu’il est, il nous faut des règles et des partenaires.

Les règles, elles ont eu tendance à s’effriter partout, singulièrement au cours des quatre dernières années, où elles ont été attaquées, non seulement par les puissances révisionnistes mais aussi par les Etats-Unis qui les avaient largement mises en place. C’est l’honneur de l’Europe que de s’être employée à préserver le multilatéralisme dans cette période de remise en cause brutale.

Je souhaite qu’avec la nouvelle administration américaine nous puissions, non seulement accueillir de nouveau les Etats-Unis dans l’Accord de Paris, mais aussi travailler ensemble au renouveau du multilatéralisme, dans le domaine du commerce, dans celui de la santé, dans celui du développement, et dans la gestion et surtout la prévention des crises.

Ce partenariat transatlantique, il nous faut en effet le refonder, en nous appuyant sur la double prise de conscience à laquelle ces quatre années ont donné lieu.

– Nous avons pris conscience, de ce côté de l’Atlantique, du fait qu’un monde sans partenariat transatlantique est un monde possible, auquel nous devons nous préparer, même si ce n’est pas un monde souhaitable. Il nous faut donc tout simplement être plus forts, pour être de meilleurs partenaires si les Etats-Unis le souhaitent, et pour nous protéger s’ils ne le souhaitent pas.

– Côté américain, je note avec intérêt une évolution symétrique, où ce qui compte est moins que les Européens les suivent mais qu’ils les aident, parce qu’aucun des grands défis climatiques, commerciaux, numériques, et stratégiques ne peut aujourd’hui être relevé par les Etats-Unis seuls.

Ces deux évolutions ne nous sont pas naturelles, ni à l’Europe qui s’est construite dans le rejet de la puissance, ni aux Etats-Unis qui n’ont guère eu besoin depuis plus de sept décennies de jouer le jeu frustrant de la négociation et du compromis. Nous avons donc aujourd’hui une occasion unique de construire une relation plus équilibrée et donc plus efficace, et j’observe que c’est ce que nous avons tous communiqué à l’administration entrante.

Enfin je veux dire que le sommet UE-Inde, qui sera un grand moment de la Présidence portugaise à Porto au mois de mai, me semble particulièrement bienvenu: il offrira une occasion de poursuivre l’indispensable réflexion que nous avons lancée, collectivement, sur l’Indopacifique, une zone qui concentre la plupart des défis auxquels nous sommes confrontés et qui justifie l’élaboration d’une stratégie ouverte, inclusive et coopérative. Je sais que la présidence portugaise attache une grande importance à ce dossier; elle pourra compter sur notre détermination à le faire progresser.

*

Mesdames les Ambassadrices,

Messieurs les Ambassadeurs,

Ces enjeux que j’ai esquissés devant vous, ils résonnent pour la France avec une acuité particulière, puisque dans un an exactement, ce sera à notre tour d’assumer la présidence du Conseil de l’Union et que nous sommes déjà, depuis plusieurs mois, pleinement engagés dans la préparation de cette responsabilité majeure. Car il s’agit toujours d’une responsabilité majeure, même quand elle nous incombe pour la treizième fois.

A cet égard, je veux vous redire à toutes et tous, mais particulièrement à nos amis portugais et aussi slovènes, que nous concevons cet exercice dans un esprit de cohérence et de coopération: notre présidence se construira aussi et surtout sur les acquis des présidences précédentes, car tous ces enjeux, décisifs pour l’avenir de notre communauté, ne peuvent être appréhendés que collectivement et sur le temps long. Nous travaillerons également étroitement avec la République tchèque et la Suède, au sein de notre trio.

Je voudrais, pour conclure, revenir à ce que je disais en commençant: notre capacité à créer ensemble un sursaut européen engage toute une génération d’Européens. Sur la base de ce qui a été décidé sous présidence allemande, le travail de la Présidence portugaise et des suivantes est de construire cette nouvelle Europe, plus solidaire à l’intérieur, plus puissante vis-à-vis de l’extérieur. Et au fond nous devons retrouver l’Europe comme projet politique, au sens le plus fort et donc le plus exigeant de ce terme.

C’est pourquoi nous aurons aussi à cœur, tout au long de cette année et dès que la Conférence sur l’avenir de l’Europe aura été lancée, d’avoir une réflexion collective sur le modèle européen de société que nous voulons promouvoir. Dans cette crise nous vivons un moment singulier où chacun, sur un plan très personnel, s’interroge sur sa vie, ses priorités, ses ambitions pour l’avenir, ce qu’il ou elle voudra faire dans le «monde d’après». C’est donc aussi l’occasion d’avoir un vaste débat politique sur le vivre ensemble européen, dont j’espère qu’il nous permettra, sous présidence française, de fixer des objectifs ambitieux en matière de mobilité, d’enseignement, de formation ou encore de patrimoine et de culture… En un mot, tout ce qui constitue cette Europe du quotidien et des projets d’avenir, cette Europe d’aujourd’hui et de demain, cette Europe qui peut et doit être, de manière très tangible et très concrète, au cœur de la vie de nos concitoyens.

Je vous remercie

 

Opinião
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