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Cultura

 

L’été est bien là. Occasion pour se protéger de la chaleur et de se cultiver, d’en «prendre plein les yeux» grâce aux expositions sur Lille et sa métropole dans le cadre d’Utopia Lille 3000.

Dominique Lagache est l’Administratrice de Lille 3000. Elle a vécu dans sa jeunesse au Portugal, son père ayant été Directeur, notamment, des Mines de Lousal.

Dans le cadre d’Utopia Lille 3000, des œuvres de Joana Vasconcelos (1) (2) sont exposées dans plusieurs lieux de la capitale nordiste. Toutes ces expositions restent visibles jusqu’au 2 octobre.

Faisons plus ample connaissance avec Dominique Lagache, amoureuse du Portugal dès ses jeunes années.

 

Comment vous vous êtes retrouvé au Portugal?

Mon père, Louis Henri Joseph Lagache, est descendu au fond de la mine dès l’âge de 14 ans. Repéré par un ingénieur, il a fait des cours du soir, il a reçu pour cela une bourse des Houillères du Nord pour poursuivre des études à l’École des Mines. Il est sorti major de sa promotion. Pour payer cette espèce de dette, il a travaillé pendant 10 ans dans les Houillères du Nord-Pas-de-Calais. Dans la vie de labeur de mon père il y a eu d’énormes coïncidences. En tant que galibot, il a travaillé dans la fosse 9, là où s’est implanté le Louvre-Lens, à la fin des études il a été placé en tant qu’ingénieur à Lewarde, devenu depuis le Musée de la mine. Après les études d’ingénieur, il se forme au niveau financier et commercial se préparant pour devenir Directeur des Ardoisières de Rimogne dans les Ardennes qui sont devenues aussi un Musée. Il dirigeait en réalité les Mines d’ardoise souterraines de Rimogne et de Givais. Ces deux mines produisaient de très belles ardoises, mais elles n’étaient financièrement pas rentables. À la suite d’une annonce, mon père pose sa candidature et devient Directeur au Portugal des Mines de Lousal (Sétubal) et de mines privées d’un patron belge dans le nord du Portugal, du côté de Braga. La famille a fait ses valises et nous sommes partis tous vivre au Portugal. Plus tard, les Mines de Lousal sont devenues aussi un Musée.

 

C’était votre papa qui faisait que par où il passait cela finissait par devenir un Musée?

Même si les mines se sont transformées en Musée après le passage de mon père, Louis Lagache ne faisait rien pour qu’elles le deviennent. C’était en rapport avec le contexte économique de l’époque et au vu du besoin de préserver le passé et de le montrer aux générations qui suivent.

 

Vous étiez au Portugal lors de la Révolution du 25 Avril, avez-vous vécu ce grand bouleversement au Portugal?

Mon père est décédé l’été qui suit la Révolution des Œillets au Portugal, l’arrêt de la Mine de Lousal s’est faite après le 25 Avril, la maison de fonction au Portugal a été transformé en hôtel. J’étais dans ma deuxième année d’études à Lisboa au Lycée français, lors du 25 Avril 1974. Ce jour-là, je bourlingue dans Lisboa avec des copains, tout en écoutant la radio. Tout d’un coup, nous entendons «Grândola Vila Morena». Mes amis portugais ont trouvé bizarre que cette chanson passe à la radio, une chanson révolutionnaire interdite. On est tous parti dormir, le lendemain on avait école. Un voisin qui était militaire nous a expliqué qu’il y avait eu un Coup d’État et qu’il fallait rester dans l’appartement car il y avait des Forces Armées dans les rues et qu’il ne fallait pas aller en cours. On a passé quelques heures devant la télé à regarder des dessins animés. On en a eu marre, on a décidé de sortir pour voir ce qui se passait, on a fait la fête, on est monté sur les chars, on nous a offert des œillets, c’était très pacifique pour une Révolution. Notre père qui était dans l’Alentejo et ayant ses filles à Lisboa était inquiet. Il s’est mis en route pour venir nous chercher, il a pris plusieurs heures pour entrer dans Lisboa et venir nous récupérer. Arrivés dans notre résidence dans l’Alentejo on a été assignés à résidence par les Forces Armées. On nous a libérés de Lisboa, alors qu’il y avait des manifestations joyeuses, pour nous enfermer dans notre résidence sous ordre de l’Armée. On n’a jamais eu peur, toutefois on était des étrangers dans un pays à un moment révolutionnaire. Au bout de quelques jours on est tous rentré sur Lisboa, nous n’avons plus pu aller dans notre maison de l’Alentejo.

 

À Lisboa vous avez été logée dans quelles conditions?

À Lisboa, la première année on a vécu dans une famille très traditionnelle, la mère mangeait toute seule dans la cuisine, le fils était torero. La deuxième année, mon père a acheté un appartement et on a eu une gouvernante que mon père a fait venir de l’Alentejo. Cette dame était battue par son mari, elle qui n’avait pas d’électricité chez elle, s’est très vite adaptée à la vie citadine, elle a fini par se remarier à Lisboa et elle y vit encore.

 

Au lycée français Charles Pierre, à Lisboa vous avez fait des rencontres?

Ma sœur, en classe de troisième, a côtoyé Carlos Tavares, actuel PDG de Peugeot, ainsi que l’héritier de la Fundação Gulbenkian. On a plusieurs fois été invités à aller voir des expositions.

 

Comment êtes-vous devenue une professionnelle d’événements culturels?

Il y a comme une certaine logique, suite aux musées créés après le passage de mon père par les différentes mines… le culturel est devenu pour moi une passion. Revenue en France, je me suis intéressée aux spectacles, au théâtre, à l’écriture, à la dramaturgie. Avec des amis on a créé la compagnie Ballatum Théâtre, on a été jusqu’à faire le Festival Off d’Avignon. Je prenais des vacances régulièrement pour me former aux arts du spectacle. J’ai travaillé de plus en plus en rapport avec le Festival de Lille, dans des projets et direction artistiques, puis à l’Administration de Lille Capitale Européenne 2004, pour me trouver là maintenant, en tant qu’Administratrice de Lille 3000.

 

Qu’est-ce que Lille 3000?

Lille 3000 c’est une association de loi 1901 qui a été créée à la suite de Lille 2004, une poursuite de ce qu’on avait initié. Je me rappelle de la parade de Lille 2004 avec plus de 600 mil personnes dans les rues de Lille et pourtant c’était en hiver et il ne faisait pas chaud. Nous n’avons pas eu de problème majeur à l’époque, pas de blessés, une chance inouïe. Depuis, tous les deux ou trois ans, on organise sur Lille un festival.

 

Etant donné la richesse du programme d’Utopia, est-ce financièrement intéressant d’organiser des festivals aussi grandioses?

Pour Eldorado [ndlr: une dernière édition du festival], pour 1 euro investi dans le festival, on a eu une retombée de 3,5 euros de dépenses par les visiteurs. Pour Utopia on a travaillé sur un programme qui a fait l’unanimité auprès des partenaires culturels, sociaux, communes, etc., ce qui n’est pas si fréquent que ça d’avoir une si bonne collaboration de tous. Peut-être que la spécificité de notre région, la convivialité, l’amour du partage, de la fête, y sont pour quelque chose. Utopia on a travaillé avec 95 communes et dans chaque commune quelque chose s’y passe dans le cadre du présent festival.

 

Pourquoi le nom d’Utopia, pour un festival?

Ce nom est en rapport avec le changement climatique, les changements environnementaux, on se projette vers un idéal, en situant l’homme vis à vis de tout ce qui est vivant dans notre monde, la ville de Lille mettant, par ailleurs en place une démarche allant dans ce sens.

 

Dans le cadre d’Utopia, combien de manifestations sont au programme?

C’est très difficile à dire. C’est entre 800 et 1.000 manifestations sur tout le territoire régional.

 

Avez-vous des souvenirs du Portugal?

Je me suis construite politiquement au Portugal, ayant passé une grande partie de mon adolescence dans ce beau pays, un pays totalitaire à l’époque et qui était en guerre dans les colonies. J’ai appris à mesurer mes propos et à m’interdire de dire certaines choses. Avec la Révolution et voyant que j’étais étrangère, on me posait souvent la question de ce qu’était la démocratie, comment ça fonctionne, ce fut un moment riche au niveau des échanges. Lisboa est une ville extraordinaire, j’en garde de bons souvenirs. J’ai avec le Portugal encore beaucoup de liens. Ça a été extraordinaire d’y avoir vécu de nombreuses années pendant ma jeunesse. Je garde une grande nostalgie, j’y vais très régulièrement.

 

(1) https://lusojornal.com/le-12-mai-a-lille-la-fete-fut-portugaise-dans-le-cadre-du-festival-utopia-joana-vasconcelos-au-centre/

 

(2) https://lusojornal.com/joana-de-vasconcelos-expose-a-lille-dans-la-saison-utopia-le-talent-la-dimension/

 

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