Uma senha ser-lhe-á enviada por correio electrónico.
Donativos LusoJornal

 

Après plus d’un demi-siècle de présence sur la scène fadiste, Flaviano Ramos annonce sa retraite artistique.

C’est par un post envoyé via internet que Flaviano Ramos nous a fait part de sa décision, irrévocable insiste-t-il, de mettre fin à sa carrière artistique. Plus de la moitié de cette longue carrière s’est déroulée en France, où il fit une première apparition en 1975 pendant six mois, puis s’y installa en 1988. De retour au Portugal depuis quelques années, il y poursuivit son activité musicale dans son Algarve natal jusqu’à l’arrivée de la pandémie.

Fils de violiste et vocaliste professionnel, Flaviano Ramos est violiste et vocaliste professionnel. Pendant ses années françaises, il cumulera cette activité avec celle de gardien d’immeuble, sur les conseils, avisés, de sa compagne car, nous informe-t-il dans son post, c’est grâce à cette dame qu’il peut vivre aujourd’hui une «retraite confortable» que ne lui auraient certainement pas les «misérables cachets» que lui procurait le fado, quand bien même il fut lors de ces années «françaises» l’un des artistes les plus recherchés et actifs de la scène fadiste locale.

Si j’ai croisé de temps à autre Flaviano Ramos dans sa première décennie en France (pour qui allait régulièrement au fado, il était impossible de ne pas le croiser), c’est à partir du début de ce siècle que je le rencontrai plus régulièrement, notamment au restaurant Le Parc, dont j’étais quasi voisin. Il y officia durant neuf ans, au départ avec un jeune guitariste qui est aujourd’hui l’un des tout meilleurs de la place, Filipe de Sousa, et la chanteuse Conceição Guadalupe, devenue elle aussi une interprète reconnue de la scène fadiste en France, et à laquelle il prodigua maints conseils musicaux.

On le vit aussi longtemps aux côtés du guitariste Manuel Miranda dans son désormais légendaire Coimbra do Choupal, «catedral do fado», puis quelques temps à l’Arganier.

On l’entendit surtout à l’œuvre en tant que violiste, beaucoup moins en tant que vocaliste. Dans un entretien paru dans LusoJornal en 2008, il nous confiait: «ce n’est pas que je préfère jouer plutôt que chanter, j’aime les deux, mais, tu le sais, le métier est difficile pour beaucoup. Si je suis engagé pour jouer la viola et chanter, je prends le cachet d’une chanteuse ou d’un chanteur sans être payé double. Autant partager!». Tant violiste que vocaliste, Flaviano Ramos se veut fidèle au fado traditionnel, le fado castiço, et manifestera peu de goût pour ce qu’on appellera à tort ou à raison le «novo fado».

Il attache une grande importance à la présentation (c’est une grande dame du fado, Ada de Castro, qui le lui conseilla dans sa jeunesse, précise-il dans son post): costume fraîchement repassé, cravate de rigueur, souliers cirés, rasé de près, moustache taillée au cordeau, crinière grise paraissant sortir de chez le coiffeur, tel apparait Flaviano Ramos devant le public, distingué et courtois.

Hors scène, un bon compagnon, peu avare de blagues parfois même un peu lestes.

Apprenant sa décision irrévocable, il me revint en mémoire un épisode de sa carrière. A la fin de la première décennie de ce siècle, il entreprit de conseiller une très jeune débutante, qui montrait quelque qualité, Diana Santos, dont il devint le manager dans l’idée d’en faire une star du fado. Il annonça en conséquence sa décision «irrévocable» de ne se produire dorénavant uniquement que si la jeune Diana se produisait aussi. La plupart des organisateurs accueillirent la nouvelle avec scepticisme, et la décision irrévocable fit long feu. Comme quoi être un bon musicien et un bon manager sont de choses souvent différentes.

Nous avons toujours de la peine lorsqu’un ami du fado annonce son retrait. Mais Flaviano Ramos, s’il dit son manque de volonté pour sortir de chez lui et aller jouer régulièrement, n’exclut nullement d’aller de temps à autre assister à une nuit de fado. Car comme l’écrivait le très philosophe João Silveirinho: «J’ai connu d’anciens professeurs, d’anciens présidents, d’anciens plombiers, même polonais, mais je ne connais pas d’anciens fadistes, car on demeure fadiste jusqu’à la mort, et, selon certains, peut-être même après».

Lors de notre entretien en 2008, Flaviano Ramos m’interpella: «Dis bien qu’il y a deux choses qui me rendent heureux, le fado et les femmes!».

Bon, Flaviano Ramos, pour le fado, tu nous dis que tu te calmes, j’espère pour toi que concernant ton autre source de bonheur, ça continue!

 

Cultura
X