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De Bordeaux à Boulogne-sur-Mer, en passant par une petite commune du Pas-de-Calais (Wittes), voici une courte histoire racontée à partir d’un article de la presse ancienne portugaise.

Le journal «Ilustração Portuguesa» est consultable sur le site Hemeroteca Municipal de Lisboa et offre cette possibilité. De nombreux articles concernent la présence portugaise en France pendant la I Guerre mondiale.

La photo proposée est issue de ce journal. Elle met en scène des Officiers portugais et les femmes d’une famille française, près de Roquetoire (Pas-de-Calais) où se trouvait le Château de la Morande, Quartier Général du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) en France.

Le lieu est identifié grâce au nom cité dans la légende de l’image, la famille Deprey, et les recensements des Archives départementales du Pas-de-Calais.

 

“Uma ilustre família francesa, muito amiga de Portugal”.

Mère et filles Deprey sont assises, devant un mur de briques typique des maisons du Nord de la France. Elles sont entourées de 9 Officiers portugais. La scène se passe en 1917-1918, l’article dit: «uma ilustre família francesa, muito amiga de Portugal». Romaine Deprey et sa soeur Olympe sont à gauche (sur le cliché) de leur mère et Marie, une autre sœur, est à sa droite.

Sont-elles devant leur domicile à Wittes (Cf. Recensement de population), où elles hébergeaient les Officiers, mieux lotis que les soldats? Sont-elles employées au Château de la Morande voisin? En tant que cultivatrice, Olympe fournit-elle les soldats en nourriture? Tient-elle un café, où les soldats aimaient se distraire? (*) Elles ne sont pas en deuil, le noir est une tenue assez habituelle au début du 20ème siècle.

 

Qui sont les Deprey de Wittes (Pas-de-Calais):

Fernand Deprey est cultivateur. Il épouse Olympe Lefebvre en 1886 à Wardrecques. Lors du Recensement de Wittes en date de 1911, Fernand et Olympe sont accompagnés de 6 enfants, Clémence, Joseph, Romaine, Victor, Marie, Olympe et habitent rue de Cohem. Sur la photo, le père est absent. Il manque également Joseph Deprey, frère et fils ‘Mort pour la France’ le 15 octobre 1915, à Beauséjour, dans la Marne (Cf. fiche Mémoire des Hommes).

Ces villes citées précédemment sont aussi des lieux de vie des soldats portugais pendant la I Guerre mondiale, au contact de la population civile française. Les hommes jeunes sont souvent absents, à la guerre, les plus vieux travaillent aux champs.

 

Bordeaux et le navire-hôpital militaire La Gascogne

Qui sont les Officiers portugais?

  1. José Saraiva. Aucune certitude sur le fait que ce soit lui, mais un officier de ce nom est mort en mai 1919 de tuberculose. Evacué au Portugal à bord du ‘Gascon’ (Cf. bulletin militaire) en passant par Boulogne-sur-Mer, il est enterré à Lisboa, au cimetière de Benfica. Ce navire ‘Gascon’ est probablement le paquebot transformé en navire-hôpital ‘La Gascogne’, inauguré à Bordeaux en octobre 1914.
  2. João Pessos (pas de correspondance trouvée avec cette écriture du nom de famille)
  3. Manuel Vieira
  4. Joaquim Bernardino
  5. José Barbosa, Capitaine
  6. Marques Guedes
  7. Vasco Verdial, probablement Vasco Henriques Verdial, Tenente Médico (Cf. Archives Historiques Militaires portugaises)
  8. Raul Fajardo
  9. José Pereira

Trois Officiers sont décorés de la Croix de guerre: Pessos, Barbosa, Fajardo.

 

Après-guerre, il est à noter l’implantation dans le Nord-Pas-de-Calais, à l’arrière et près de l’ancien front portugais des Flandres, des noms de famille Bernardino, Pereira, Vieira, Barbosa… anciens soldats et travailleurs portugais installés en France ou retournés au pays après quelques années.

 

(*) https://lusojornal.com/i-guerre-mondiale-estaminets-lieux-de-vie/

 

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