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José Marreiro est un artiste à multiples facettes que LusoJornal a interviewé en direct. Nous transcrivons ci-dessous quelques-uns de ses propos qui nous permettent de comprendre à quel point José Marreiro, même s’il a fait toute sa vie ou presque, en France – il est arrivé à l’âge de 5 ans – il est très attaché au Portugal et à sa culture.

 

Si vous aviez un pouvoir infini, quelle décision prendriez-vous tout de suite?

Vaste question! La Covid, la pollution, le réchauffement climatique, la faim dans le monde, les politiques? Au risque d’en choquer quelques-uns, je demanderais à Jésus de descendre de sa croix et de finir son boulot. Ce n’est pas le monde qu’il faut changer, c’est la mentalité des hommes et s’il peut, par la même occasion, demander à Eve d’arrêter de manger la pomme. On souffre ici-bas!

 

Par vos écrits, on sent que vous êtes, si l’on peut dire, un anticonformiste. Naît-on anticonformiste, le devient-on, le cultive-t-on, change-t-on avec l’âge?

Je ne dirais pas que je suis anticonformiste, je ne dirais pas que je suis conformiste non plus, j’aime à croire que je peux penser par moi-même… Être dans la norme est le résultat probant de 50 ans de dictature me semble-t-il. Chez nous, être anticonformiste était déjà suspect. Je n’ai pas été formaté dans ce sens et j’ai échappé, non sans le vouloir, à ce conformisme préétabli.

 

Pourquoi croyez-vous que notre Communauté s’affaibli de jour en jour en ses racines?

La philosophie est normalement là pour peser le pour, le contre et son contraire. De plus, chacun a la sienne… Très jeune, je voulais être publicitaire, on le voit bien, ne serait-ce qu’à la télé, les jeux d’orientations fléchés marchent très bien. Le pire, c’est que l’on arrive à nous faire payer leurs choix. Trop fort… En vieillissant, je deviens tout simplement plus acerbe devant ces inepties…

 

En tant qu’artiste, le besoin de créer est déclenché par un événement, à des moments précis?

Je ne sais pas, je ne suis pas réellement ce que l’on peut appeler un Artiste, mais oui, chacun de nous comble ses vides comme il peut. Ces moments sont toujours présents, dans chaque pore, mourir un peu, c’est mourir à petit feu et je ne veux pas, derrière moi, ne laisser que des cendres…

 

En tant qu’artiste, y-a-t-il eu une évolution dans les thèmes traités?

Non, mon principal thème reste et restera le Portugal, tant que cette sève me nourrit, ce sont plutôt les supports et les techniques qui évoluent, je ne me contente pas de rester dans le même médium, il me faut sans cesse me renouveler. Et ce, pour mon pur plaisir.

 

La peinture, la prose et la poésie permettent-elles d’exprimer des idées? Exprimez-vous la même chose avec les trois, ou faites-vous ressortir par chacun des trois une partie de votre personnalité, de votre intérieur?

Lorsque l’on dépose ses humeurs, sur le doux papier, n’est-ce pas notre cœur que l’on offre à moitié? N’est-ce pas notre douleur que l’on tente de confier ces simples moments de bonheur, que l’on veut préserver? Chaque Portugais sait de quoi je parle: Saudades… le mot est lancé.

 

Dans ce que vous faites, il y a une certaine rigueur. Rigueur qui semble t’il se trouve aussi dans votre métier qui est en rapport avec l’automobile. C’est quoi pour vous la perfection?

C’est vrai, je suis un peu ‘tatillon’, mais c’est dans les détails qui se fait toute la différence, un projet accepté par tous avec un suivi sur plusieurs mois et qui rentre dans les budgets. Quel bonheur! Mais personne n’est parfait, même pas moi. Et c’est vrai que j’applique les mêmes techniques et approches sur mes tableaux. Ce qui n’est pas à la mode dans l’élite portugaise, le figuratif ne fait pas partie de leur vocabulaire. Et pourtant…

 

Le terme riche et pauvre peut se décliner de différentes façons. Quelle est pour vous la définition de ces deux mots?

Pour moi, on peut être riche et pauvre à la fois, comme vous le dites si bien, les déclinaisons sont à géométries variables. Ce n’est pas de moi mais «Le Portugal est le plus riche des pays pauvres et le plus pauvre des pays riches». A cela, si vous rajoutez l’indigence d’esprit de nos politiques, vous avez votre réponse.

 

Le fait de traverser certaines étapes de la vie, le ressenti, les sentiments évoluent-ils? Avez-vous une vision un peu différente des choses?

Complètement, depuis que je sais que je suis un «avec», un «Portugais de seconde zone», pour ce qui est de seconde zone, je l’ai toujours su, c’est pour cela que je vous écris en Français d’ailleurs! Je continue de voter quand-même, car c’est un devoir, mais sans réelle conviction. Quelle autre vision pourrais-je avoir? Mes racines s’assèchent et je ne vois que des bouts de sparadraps… Et ce, dans tous les domaines. De plus, dernièrement j’ai appris que je ne pourrais pas voter cette fois-ci, j’avais trois mois pour renouveler ma carte d’identité et en fait il y a six mois d’attente. Tout un paradoxe à la portugaise.

 

Vous avez reçu récemment un prix pour vos écrits. Pouvez-vous nous dire pour quelle raison et quelle en est l’importance à vos yeux de ce prix?

C’est vrai que j’ai reçu la Médaille de Vermeille de l’Académie des Sciences Arts et Lettres, mais ce n’est pas la première fois. Deux fois pour les Arts et une fois pour les Lettres. C’est vrai aussi que j’ai reçu de nombreux prix, mais ce dont je suis le plus fier, c’est d’être Officier Académicien, Médaillé d’Or, Ambassadeur pour le Portugal dans l’Institut Européen des Arts Contemporains et au sein de l’Académie Mondial Art Academia. Ma seule prétention est de démontrer par l’art et l’écrit que nous avons tous étés, il est vrai, balancés contre le mur, écaillé de la première heure peut-être, mais que notre culture reste et restera à jamais dans nos veines et comme toutes les cultures elles évoluent aussi. Pour la petite histoire, le Conservateur du Grand Palais avait choisi une de mes toiles pour être présentée, malheureusement vendue entre temps et on ne sait pas par qui… Chance du Portugais peut-être.

 

Quel est votre ressenti concernant la représentation de la culture portugaise en France?

Vous parlez des cœurs brisés, de broderies et autres? Je pense très sincèrement que cela représente beaucoup d’argent pour rien. Et toujours les mêmes. La question que l’on pourrait se poser c’est: ces œuvres représentent-elles vraiment le Portugal? Je vous laisse dans votre méditation… Cependant et cela n’implique que moi, à quoi ressemble un tableau postmoderne portugais, d’un suisse, d’un français ou autre? Il peut éventuellement représenter le Portugal avec un thème lié et compréhensible par tous, Portugais et Français, mais ce n’est jamais le cas, et c’est bien préjudiciable. Montre t’elle notre intelligence et notre position sociale, certains aiment à des pensés, l’art n’a rien à voir avec le rang social, qu’on se le dise. Idem pour l’art plastique, s’il n’est qu’art plastique, pour moi, c’est poubelle jaune. Le terme est mal choisi et date du collège dans les années 80, sommes-nous encore des collégiens? Nous sommes quand-même les meilleurs publicistes pour notre pays. Le Ministre du tourisme portugais annonce péniblement 8% du PIB alors que sur d’autres sites et notamment anglais, nos amis, entre 16 et 18%. On nous a simplement oubliés, entités dérisoires que nous sommes.

 

C’est quoi être Portugais?

Un motif de moqueries au stade où nous sommes. un bon d’achat pour une boîte de sparadraps…

 

Et c’est quoi la Portugalité?

Portugalité? What is this? Cela fait partie des mots mal traduits de l’anglais «Portugality» que je déteste, on est un peu ‘masochiste’ – pour une fois, mot d’origine portugaise. On fait toujours référence aux Anglais, comme si c’était un passage obligé. A quand un peu plus ‘d’avec’ et moins de ‘my God’. Après la langue anglaise n’équivaut ni à la langue française, ni à la langue portugaise, beaucoup précise et explicite… «Putain de Talleyrand». Ce mot arrive des années 80 (article de Mr Oriol en 2004, je site ’’Vingt ans après: la ‘portugalité’ introuvable’’… Et je suis complètement de cet avis… foot, fado, folklore, fadaise…

 

Que pensez-vous du mot Diaspora?

La polémique existe. Je vous invite à lire Denise Helly. «Diaspora Portugaise» et sans cliché aucun, je me vois déjà traversé la mer rouge ou un génocide déjà vu par le passé, comme les Arméniens ou autres, sans pays sans repères… Nous, nous avons la chance d’avoir ce fameux repère qui s’appelle tout simplement le Portugal et encore, si les politiques le veulent bien. Ecrit Denise Helly: «Le terme ‘diaspora’ est en vogue depuis une vingtaine d’années, certes plus dans la littérature anglophone que francophone. Mais le sens de ce mot n’a cessé d’osciller dans l’histoire, aussi si une diaspora est une réalité sociologique, faut-il repérer les paramètres et les processus qui la définissent. Cet article traite des trois versions qui en sont divulguées à la faveur des questionnements sur le statut des minorités culturelles et de la mondialisation des échanges depuis les années 1980. Il veut montrer combien l’idée de diaspora ne saurait être confondue avec les idées de migration prolétaire et de réseau transnational et rappeler ses fondements primordiaux, l’exposition d’une population au risque de violence, d’expulsion et une institutionnalisation communautaire polycéphale, au-delà de frontières nationales, conjurant la menace de dispersion, sinon d’annihilation, en créant des liens».

 

On ne peut pas dire Communauté comme tout le monde?

C’était juste un aparté de forme. Le fond maintenant, je suis pour à 100% mais la présenter sous une autre figure. Après tout, ce qui nous intéresse n’est pas cette Communauté portugaise insérée en France et dont il faudrait en faire l’éloge. Là-dessus, on ne peut compter que sur les représentants non pas portugais mais de descendance lusophone, répartis dans les différentes Mairies françaises, au même titre que les communautés musulmanes et qui elles ont su sortir leurs épingles du jeu. Et surtout bien l’arroser, bien sûr, ici et là par des initiatives, elles bien portugaises, trop d’autocrates (en français, qui se suffisent) car cette Communauté va se faner au fil du temps que l’on veuille ou par faute d’eau pour ses Racines… Et là, effectivement, le Ministre du tourisme pourra annoncer 8% sans avoir peur de se tromper.

 

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