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La spectaculaire restauration d’un ostensoir portugais de la Renaissance conservé à Chantilly

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Un grand ostensoir portugais en argent doré, oublié pendant plus d’un siècle, va être présenté au public dans une des salles du Château de Chantilly, dans l’Oise, dans le cadre de la Saison France Portugal 2022, après avoir été restaurée grâce à l’intervention et au soutien du franco-portugais Philippe Mendes, de la Galerie Mendes.

 

En 1862 fut organisée au South Kensington Museum (le futur Victoria & Albert Museum) une gigantesque exposition de près de 9.000 objets d’art prêtés par 553 collectionneurs. L’événement nommé «Special Exhibition of works of Arts of the Mediaeval, Renaissance, and more recent periods, on Loan at the South Kensington Museum» eut un succès retentissant, accueillant plus de 900.000 visiteurs.

Parmi les 9.000 objets exposés se trouvait un grand ostensoir en argent doré, repoussé et ciselé, décrit sous le numéro 990 du catalogue qui vante son dessin très élaboré et sa magnificence, tout en indiquant son origine portugaise, sa datation autour de 1500-1520, et sa provenance de la Cathédrale de Braga.

Le catalogue indiquait le nom de son actuel propriétaire: Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), cinquième fils du roi Louis-Philippe, immense collectionneur alors en exil en Angleterre.

Le duc d’Aumale avait acquis cette œuvre en mars 1859 auprès du marchand londonien Samuel Pratt pour 7.600 francs (300 livres).

L’ostensoir prit à partir de 1871 le chemin de la France lors du retour d’exil du duc d’Aumale, et gagna le château de Chantilly que le prince avait reconstruit pour abriter tous les trésors qu’il avait amassés. Exposé dans l’une des vitrines du Cabinet des Gemmes, véritable trésor profane du Musée Condé, cet ostensoir (OA 1519) légué à l’Institut de France avec tous les chefs-d’œuvre de Chantilly, s’est fait oublier pendant plus d’un siècle.

Peu à peu, sa surface d’argent doré s’est oxydée à cause de l’humidité, formant une couche noirâtre peu engageante.

Exceptés quelques rares chercheurs qui connaissaient son existence, personne ne regardait cette pièce, délaissée au profit des fabuleux tableaux de Chantilly. Et pourtant, cet objet est un témoin essentiel de l’art de la Renaissance du Portugal. Sa restauration permet de lui redonner toute sa place dans l’histoire et l’histoire de l’art portugais

 

Une restauration spectaculaire

La surface très assombrie et chaotique de cet objet était due aux sulfures d’argent noirs. Son état de présentation déplorable résultait de la sulfuration naturelle de l’argent mais également d’un nettoyage ancien à l’acide sulfurique qui a occasionné ensuite une production de sels noirs très importante.

Grâce au soutien de la galerie Mendes, acteur majeur du marché de l’art entre la France et le Portugal, cet objet est entré en restauration, une restauration menée par Fabienne dell’ Ava, spécialiste de conservation-restauration d’œuvres en métal.

Après un dépoussiérage soigné, par brossage, un nettoyage délicat a été mené, à l’aide de solvants mis en œuvre après des essais préalables sur des emplacements peu exposés.

Un dégagement mécanique et manuel fut ensuite entrepris, sous loupe pour plus de précision, pour dégager l’épaisseur de sels noirs de la surface de l’œuvre.

Cette résurrection encore en cours permet de rendre tout son éclat à un témoin essentiel d’un âge d’or artistique et de lui redonner toute son importance pour l’histoire de l’art portugais.

 

Les origines de l’ostensoir

Cette pièce d’orfèvrerie fut offerte en 1531 par l’archevêque D. Diogo de Sousa, un grand mécène de la Renaissance portugaise. C’était alors l’une de ses donations les plus coûteuses et les plus prestigieuses.

Elle est mentionnée dans les inventaires de la Cathédrale de Braga, le siège métropolitain de l’Église catholique romaine du Portugal.

 

Un ostensoir manuélin

Sa fonction principale d’un ostensoir, objet apparu au XIIIe siècle, est de présenter l’hostie aux fidèles, pour inciter son adoration.

L’objet de belles dimensions (70 cm de haut) se présente comme une micro-architecture, combinant de multiples pinacles, arcs trilobés, ornements végétaux et petites statues de saints sous baldaquin, autant d’éléments évoquant les prestigieux édifices (comme le Monastère des Hiéronymites à Belém) érigées au Portugal à partir du règne de Manuel Ier du Portugal (1496-1521). Il porte d’ailleurs les armes et les symboles (sphère armillaire) des rois du Portugal.

Il présente une parfaite transition entre le gothique tardif et certains ornements issus de la Renaissance italienne et témoigne d’un moment clé de l’histoire du Portugal, un royaume alors à la conquête du Nouveau Monde qui voit fleurir sur son sol un véritable âge d’or artistique.

C’est donc la redécouverte spectaculaire d’un prestigieux objet manuélin qui est proposée à Chantilly, dans le cadre de la Saison culturelle franco-portugaise.

 

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