Uma senha ser-lhe-á enviada por correio electrónico.
Donativos LusoJornal

 

Manuel Valadares – de nom complet Manuel José Nogueira Valadares – a été un des plus grands scientifiques portugais du siècle passé… et pas que ça. Ses nombreux travaux et publications sont reconnus au niveau international, mais il est également important de décrire la «saudade», la souffrance de Grands Hommes obligés de s’exiler, privés de nationalité, oubliés par le Portugal pendant des décennies.

Maria Conceição Abreu, Présidente de la Sociedade Portuguesa de Física, professeure universitaire à la retraite et chercheuse dans le Laboratório de Instrumentação e Física Experimental de Partículas, souhaite honorer le physicien lors du 120ème anniversaire de sa naissance, en 2024.

Manuel Valadares est parti du Portugal en 1947 pour la France et une grande partie de ses travaux et découvertes ont été réalisées à Paris.

Pour honorer Manuel Valadares, il était primordial de trouver de la famille, leur soumettre l’idée et demander la collaboration de celle-ci pour avoir accès à des manuscrits, photos, lettres à exposer, préserver, conserver…

La pandémie n’a pas permis d’aller plus vite, toutefois un premier objectif a été atteint, avec la prise de contact avec la belle-fille de Manuel Valadares. De l’union du physicien avec son épouse, Maria de Lourdes da Costa, généticienne et sculptrice, un fils est né, Carlos da Costa Valadares, architecte de profession, malheureusement décédé le 17 octobre 2020. De ses trois mariages, 3 enfants sont nés.

Une réunion digitale a rassemblé récemment la belle-fille de Manuel José Nogueira Valadares, Pénélope Komitès Valadares, Maria da Conceição Abreu, Augusto Fitas, Coordinateur du Grupo de História da Física da SPF et professeur associé à la retraite de l’Université d’Évora et le représentant de LusoJornal.

Pour Maria da Conceição Abreu «préparer l’hommage à Manuel Valadares à l’occasion des 120 ans de sa naissance est un des objectifs de la Sociedade Portuguesa de Física (SPF) et de mon mandat qui s’achève en mars prochain. Je dois tout faire pour préparer cet hommage que le Portugal doit rendre à cet extraordinaire homme, un peu oublié dans l’histoire de notre pays».

«Maintenant qu’un premier contact avec la famille vient d’avoir lieu, nous allons impliquer l’Université de Lisbonne, la Fondation des Sciences et Technologies, la Fondation Calouste Gulbenkian et les Services Culturels de l’Ambassade de France au Portugal» explique-t-elle au LusoJornal.

Pénélope Komitès Valadares s’est rendue au Portugal avec son fils il y a peu de temps. Celui-ci, en voyant le nom de son grand-père inscrit comme «grand résistant au Salazarisme», dans l’exposition consacrée aux prisonniers, déportés, résistants, a été très ému.

Manuel Valadares est venu en France en 1947. Il est parti de Lisboa précipitamment en train. Quelqu’un lui aurait annoncé qu’il allait être arrêté par la police politique du régime de Salazar. Son fils, traumatisé, a, à plusieurs reprises, raconté cet épisode malheureux et très difficile pour le jeune qu’il était.

Manuel Valadares aurait appartenu au Parti Communiste Portugais.

En France, il a fréquenté Pablo Picasso. Tous deux ont participé à des luttes politiques et à des mouvements pour la paix.

En 1966, le Consulat du Portugal à Paris refuse de renouveler le passeport à Manuel Valadares. Des instructions reçues de Lisboa ont été malheureusement suivies. Même à l’étranger, les opposants étaient surveillés. Manuel Valadares devient «apatride». Cela sera considéré comme un des drames de sa vie, lui qui était profondément patriote.

Mário Soares aurait proposé à Manuel Valadares, après la Révolution des Œillets, de devenir Ministre, mais il aurait refusé le poste, ses blessures n’étant encore pas complètement refermées.

Manuel Valadares, en pacifiste qu’il était, a refusé également de travailler sur la recherche nucléaire militaire, proposition qui lui aurait été faite par les États-Unis, préférant rester en Europe pour aider de nombreux compatriotes poursuivis, emprisonnés par le régime de Salazar.

Significativement, le 11 juillet 1960, Manuel Valadares offre à Manuel Mendes, écrivain, sculpteur et politicien, une lettre qu’il a achetée, écrite par Henri Barbusse: «un homme dont les idées ont inspiré notre jeunesse».

La censure salazariste a laissé échapper quelques correspondances entre Manuel Valadares et Manuel Mendes. Les archives de ce dernier ayant été versées à la Fundação Mário Soares, c’est grâce à sa consultation et lecture que nous nous rendons compte de l’amour de Manuel Valadares pour son pays, pays duquel il a été obligé de partir, perdant même sa nationalité.

Dans une lettre écrite le 1 janvier 1955, Manuel Valadares écrit à Manuel Mendes en évoquant la visite qu’il a reçue de Lopes Graça et finissait par «Maria et moi, vous souhaitent à vous deux une nouvelle année pleine de santé. Pourvu que cela soit l’année où l’on puisse s’embrasser!»

Le 6 janvier 1956 il écrit «[…] il est profondément gratifiant de vérifier que les amis ne nous oublient pas» et le 26 mars 1956, «[…] qui vivent dans la profonde nostalgie de la terre qui les a vu naître… croyez Manuel que, la lecture de votre ouvrage m’a donné de grands moments de satisfaction, notamment après la perte d’un grand ami (*) qui m’a laissé particulièrement abattu».

Dans un courrier daté du 11 juillet 1960, Manuel Valadares parle de sa tristesse à la suite du décès de Diogo Macedo et termine par la phrase: «en cette vie de gitans qu’on est obligés de mener avec des ‘saudades’ de notre terre…». Quatre jours après, le 15 juillet 1960, la censure n’intercepte pas un courrier avec deux extraits du journal Le Monde dans lesquels on parle de l’opposant au régime et écrivain Aquilino Ribeiro et de l’envoi de 1.200 hommes de l’Armée portugaise vers Moçambique, alors colonie portugaise.

Terminons par évoquer la fin de sa lettre du 13 septembre 1962: «Cher ami Manuel, vous ne pouvez pas imaginer – et heureusement – le plaisir qu’on a, après quinze ans d’exil, de recevoir un tel cadeau d’un ami…».

Entre le 25 avril 2019 et le 29 avril 2020 le Portugal a rendu hommage aux prisonniers et persécutés politiques par un Mémorial dans la station de métro Baixa-Chiado, pas loin de l’ancien siège de la PIDE, à Lisboa. Trente mille noms y étaient inscrits, ce qui ne correspond pas à la totalité des condamnés ou poursuivis par le régime de Salazar. Un travail exhaustif reste à accomplir à ce niveau. Parmi 113 biographies mises à l’honneur, celle de Manuel Valadares y occupe une place de choix.

Le 19 mai dernier, l’Assemblée municipale de Lisboa vient de voter la construction d’un Mémorial permanent des prisonniers et persécutés politiques par le régime de Salazar dans le Largo da Boa Hora.

La science, la démocratie, le Portugal, doivent beaucoup à Manuel Valadares, lui rendre hommage c’est un geste de reconnaissance à un homme qui pendant toute sa vie a lutté pour le bien de l’humanité et pour la paix.

Honorer Manuel Valadares est un geste de paix vis-à-vis de celui-ci et de sa famille restée en France.

Un appel a été lancé à tous ceux qui auraient, en France, croisé Manuel José Nogueira Valadares. Pour l’exposition et hommage que le Portugal prépare pour 2024, tous les témoignages sont précieux.

Manuel Valadares et son épouse ont été incinérés au Père Lachaise, leurs noms sont inscrits sur le columbarium.

 

(*) Mort de Joliot Curie

 

Comunidade
X