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L’histoire de Manuel da Silva Orfão, 86 ans, à Croix

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Il s’appele Manuel da Silva Orfão.

86 ans se sont passés depuis sa naissance à Alvite, commune d’un peu plus de 1.000 âmes, faisant partie du Concelho de Moimenta da Beira.

Une vie sans histoire? On dira plutôt que son histoire fait partie de notre histoire commune.

Il échappe au service militaire. Un ami militaire en visite à son village lui demande s’il souhaite ne pas faire son service militaire. Chose faite.

Il émigre en France en 1970. Il paie 4.000 escudos au passeur, António Russo, un prix loin d’être excessif. Après un parcours à 10 en camionnette, le voyage en Espagne se fait en train. Arrivé à Paris, il subit un examen médical au service d’immigration, il est apte pour rester, pour travailler. Après deux ans passés à Strasbourg, en 1972 il rejoint le Nord, il habitera à Roubaix. Ces dernières années il vivra à Croix.

Son épouse le rejoindra avec deux enfants, trois autres naîtront en France. Elle restera à la maison pour s’occuper de leurs 4 garçons et une fille.

Grande partie de son activité, Manuel da Silva Orfão, la fera dans la Teinturerie Roussel-Desrousseaux, à Roubaix, usine liquidée en 2003. Les après-midis il s’occupera d’un jardin d’un notable, pour arrondir ses fins de mois.

En retraite depuis deux décennies, il a vu partir son épouse il y de cela deux ans, son corps repose au Cimetière de Croix. Malade et clouée au lit, Manuel da Silva Orfão s’occupera d’elle pendant 8 ans. Il a encore essayé de recevoir des repas de la Mairie, toutefois vite il a abandonné, ce qu’il cuisinait… avait meilleur goût.

 

La passion du jardin

Sa distraction, son bonheur, son lien avec le Portugal, la tradition, sa recherche de faire quelques économies: son jardin.

Situé près de l’entreprise Rabot Dutilleul, à Croix, il lui est prêté par cette entreprise, qui, habituellement ne cède le terrain qu’à ses ouvriers du bâtiment, gratuitement, grande partie étant d’origine portugaise. C’est en cela que l’histoire est commune à des milliers, voire des centaines de milliers de portugais arrivés en France et ailleurs… une forme de transposition en France du petit lopin, voire plus, que les émigrés portugais cultivaient avant de venir en Gaule.

Rappelons qu’une grande partie de l’immigration portugaise, arrivée en France dans les années 1960-1970, venait de la campagne, le Portugal urbain ne s’est développé que depuis un demi-siècle. Encore aujourd’hui, 9 Portugais s’occupent de ces jardins, dont on sent que les années de gloire remontent à… 10, 20 ans.

Manuel da Silva Orfão s’occupe de ce jardin depuis 40 ans.

Dans le jardin, un figuier produit deux fois dans l’année, une année 400 bouteilles de vin ont été produites… eh oui, même dans le Nord on produit du vin! Il faut dire que le local est bien exposé et protégé du vent, sur petite inclinaison. En contrebas, le train rejoint la Belgique ou Lille.

 

La vieille baraque

Une grande baraque en bois, dans le jardin de Manuel a été, pendant des années, un lieu de bons moments de convivialité. Manuel da Silva Orfão se souvient d’y avoir reçu 14 policiers qui se sont délectés de ses grillades et de son breuvage. On ne saura pas s’ils sont repartis à pied ou en voiture… Même dans le Nord, le vin peut atteindre 11, 12 degrés.

Pour tuer la soif de ses légumes, l’eau est recueillie du toit de la baraque par une dizaine de bidons de couleur bleue. Cette année l’eau se transformera difficilement en vin, les bourgeons ont souffert des froideurs tardives hivernales/printanières.

Le Printemps montre, un peu, son bout du nez. Le cerisier est en fleur, les mirabelles ont souffert, quelques-unes vont toutefois pouvoir jaunir, une cinquantaine de salades ont été arrosées le matin, elles viennent d’être plantées, quelques pommes de terre sortent de terre, une espèce de course est lancée, les oignons font équipe avec les poireaux, les tuteurs de tomates et haricots encore sur place depuis 2020 ont espoir de rendre service en 2021.

Manuel da Silva vient de rentrer du Portugal il y a de cela 2 mois, il profite de la venue régulière en camionnette d’une personne de son village à qui il fait compagnie. Des bonnes spécialités voyagent de Beira Alta jusqu’en Hollande, en passant par Croix, pour le déposer des bons fromagers et chorizo du village.

De nombreux allers-retours entre Alvite et Croix ont été réalisés par ces deux compères. Nous n’avons pas osé demander s’ils ont un jour été accompagnés par la chèvre ou sa viande! Une chose est sûre, ce ne sont pas des fugitifs, l’Europe s’étant ouverte au Portugal, même si ces derniers temps la pandémie fait des siennes.

 

Arrive-t-on aux derniers allers-retours?

Manuel da Silva Orfão vient de vendre sa petite maison à Croix par le double du prix qu’il l’avait acheté il y a 6 ans. L’âge étant là, il se pose la question – comme nombreux de nos ancêtres de la première génération – rester en France, en achetant un petit appartement ou rentrer au village?

Là-bas, il pourrait se loger dans une de ses trois maisons achetées au village, en se faisant livrer, pour 150 euros par mois, les repas distribués par la maison de retraite du village.

Entre deux de ses maisons, une autre appartient à un familier, mais il espère l’acheter pour constituer un bon ensemble dans un des lieux les plus recherchés du village.

Manuel da Silva Orfão est encore en belle forme, il fait des projets.

Qu’en sera-t-il dans quelques années? Là est également de doute: aller, rester?

Le notaire en France est programmé pour le mois de juillet.

D’ici là, ce qui pousse dans le jardin saura si c’est encore Manuel da Silva Orfão qui qui le récoltera, les tuteurs d’haricots et de tomates seront fiers de tenir leurs rôle ou non, quand au fermier du coin, il saura s’il perd un bon client acheteur de chevreaux ou pas.

C’est l’histoire de Manuel da Silva Orfão, peut-être un peu de notre histoire commune.

 

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