Les mariages mixtes laissent une empreinte de la Grande Guerre dans les mémoires et la culture française. Les mariages luso-français, exposés ici, ont eu lieu en France. Ils concernent des soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) et des travailleurs civils arrivés du Portugal après-guerre pour des raisons économiques. Le journal ‘le Grand écho du Nord’ du 30 août 1919 a écrit «le Times raconte que 3.600 Portugais ont convolé en justes noces en France».
L’inventaire présenté de ces mariages n’est pas exhaustif, il résulte d’une collecte de documents au cours de lectures et recherches menées ces 8 dernières années. Il vient compléter les mariages déjà exposés dans plusieurs textes écrits au LusoJornal et concerne essentiellement le Pas-de-Calais où cantonnaient les soldats portugais lors de la I Guerre mondiale.
Les actes de mariage et les bulletins militaires ont servi de base à l’exploitation des informations.
Des mariages mixtes de soldats portugais de la Commission Portugaise des Sépultures de Guerre (CPSG) avaient été exposés ici (Lire ICI), pour la commune de La Gorgue. Certains soldats étaient retournés au Portugal après-guerre et revenus par Cherbourg à l’été 1919, pour travailler à la CPSG et regrouper les morts dans le Cimetière militaire portugais de Richebourg.
Dans le secteur occupé par les troupes portugaises, Flandre et Artois, les soldats du CEP se sont davantage mariés et installés après-guerre que les soldats anglais ou américains, retournés au pays. Ceci pour diverses raisons dont celles de légitimer les enfants nés avant le mariage et travailler pour subvenir aux besoins familiaux. Leurs futures épouses françaises étaient parfois veuves de Poilus, les soldats français.
La reconstruction des régions dévastées du Nord de la France a aidé cette main d’œuvre étrangère à s’implanter. De là sont nées les Associations d’anciens combattants et les Communautés portugaises, même si parfois l’intégration en France a été semée d’embuches administratives et humaines.
Nombreux sont les Portugais à avoir demandé la nationalité française quelques années après la Guerre, selon la loi du 10 août 1927. En effet, une brochure avait été éditée pour indiquer aux étrangers, venus travailler en France, les conditions simplifiées de l’acquisition de la nationalité.
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Mariages mixtes luso-français en Flandre-Artois
– Dans l’audomarois et Aire-sur-la-Lys, «terminus» de l’arrivée des soldats portugais venant de Brest et camp de formation en France:
Agostinho da Silva natif de São Cosme, soldat au 6ème Régiment d’infanterie, est fils de José et Maria Correia. Il est mécanicien lorsqu’il épouse Marie Alexandrine Holquin en avril 1926. Le témoin est Manuel Abrantes, probablement Manoel Correia Abrantes, soldat nommé à la Commission Portugaise des Sépultures de Guerre en juillet 1919 (Lire ICI). Plusieurs naissances Correia Abrantes se retrouvent à Aire-sur-la-Lys après-guerre.
Aires do Canto Albuquerque natif de São Sebastião, Ponta Delgada, soldat enseigne, est fils d’António et Joana Herminia Rocha. Il est Officier des Postes et Télégraphes, divorcé de son épouse portugaise, lorsqu’il épouse Emilie Juliette Ansiaux en avril 1919. Le témoin est Valentim António Cardeira, industriel mobilisé de Viseu, probablement l’Officier de la 3ème Compagnie de Sapeurs Mineurs, retourné au Portugal où son épouse Maria José l’attendait.
Joaquim Belgrano natif de Beja, soldat au 4ème Régiment de cavalerie, est fils de Joaquim Belgrano Segurado et Maria do Rosário. Il épouse Marguerite Delannoy en mars 1920. Le témoin est José Pina chauffeur, probablement José Joaquim Pina soldat au 8ème Régiment d’infanterie, marié à Isbergues en février 1922.
José Bernardino Falcão natif de Cabeceiras de Basto, soldat au 22ème Régiment d’infanterie, est fils de Teotónio et d’Amelia da Conceição Ribeiro. Il épouse en octobre 1920 Lucienne Hurtret.
António Pereira Cardoso, natif de Lomba, sergent au 7ème Régiment d’artillerie, est fils de Custódio et de Rosa de Jesus. Il est divorcé d’Alzira Adriana Melo Leite de Magalhães lorsqu’il épouse en février 1920 Georgette Marcq.
Manuel Pereira, natif de Cabeceiras de Bastos, soldat de l’Armée portugaise, est fils d’António et de Maria Alves. En mai 1919 à Mametz, proche d’Aire-sur-la-Lys, il épouse Angèle Canler.
José Hortas, natif d’Arez, sergent au 22ème Régiment d’infanterie, motocycliste, est fils de Custódio et d’Adelaide Domingues. En août 1919 à Roquetoire, proche d’Aire-sur-La-Lys, il épouse Irma Bruge.
A noter en 1923 à Thérouanne, proche de Mametz, le mariage de Carlos dos Santos avec Elia Bouin. Il est natif de Graça, fils d’António et Maria das Dores Matos, divorcé de Leolinda Ferreira, soldat portugais ?
José Rodrigues, natif de Pinheiro da Bemposta, fils de Margarida de Jesus, épouse à Witternesse Renée Hamieux en août 1922. Témoin Francisco Soares, houilleur de métier comme l’époux. Soldat ?
Álvaro Soares Ferreira, natif de Sé de Porto, fils de Maximina Ferreira, épouse Marthe Gacquert en février 1920. Curiosité qui n’en est plus une, le mariage légitime la naissance d’une fille Marie Louise née en décembre 1914 et confirme une présence portugaise à Witternesse avant I Guerre mondiale.
Parmi les soldats du CEP mariés à Witternesse, proche d’Aire-sur-La-Lys, se trouve José Barbara, le grand-père du futur pilote de rallye du même nom. José Barbara, natif d’Alcobaça, fils de Maria Barbosa, épouse Marie Bécart en mai 1920.
Manoël Américo da Encarnação Martins Carlos das Neves, natif de Coimbra, sergent au 22ème Régiment d’infanterie, fils de Francisco Martins et Ernesta Ferreira da Encarnação, épouse en février 1920 Irène Planchez.
Narcisse Alves Maïa, natif de Feira, soldat, fils de Jean et Maria dos Santos, épouse en mars 1920 Juliette Gamelin. Le témoin de mariage s’est lui aussi marié à Witternesse en décembre 1919. Il s’agit de José Mendes Tomas, Caporal au 35ème Régiment d’infanterie. Natif de Travanca de Lagos, fils d’Anna Mendes, il a épousé Suéma Fontaine.
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– Dans le béthunois et Saint-Venant, Quartier général portugais :
Eduardo Marinho Alves de Moura, natif de Britelo, Celorico de Basto, élève officier milicien, est fils d’António et Maria da Motta. En octobre 1921 à Saint-Floris, il épouse Yvonne Boissenot. Le mariage légitime la naissance d’un garçon né 2 ans auparavant sous le prénom d’Edouard.
Joaquim Leão, natif de Loureiro, soldat au 31ème Régiment d’infanterie, est fils de Manoel Pinto Leão et de Francisca Pereira Vaz. En décembre 1921, à Saint-Venant, il épouse Mariette Henriette Francken. Le mariage sera dissout en 1939.
Joseph d’Almeida, natif de Várzea de Abrunhais, fils de Manuel et Teodolinda de Jesus, épouse en novembre 1922, à Molinghem, Germaine Hirsou. Le mariage légitime la naissance de Joseph Abel, né en novembre 1919.
Francisco Ferreira, natif de Balteiro, fils de Simão Ferreira et de Maria José, épouse Marie Louise Legrand, en mai 1928 à Molinghem.
José Maria Joaquim, natif de Freches, fils de Louis Joaquim et Marie Amélie, épouse Yvonne Ansel, à Allouagne, en avril 1922.
Alexandre dos Santos Barbosa, natif d’Olivais, Lisboa, sergent au 5ème Régiment d’infanterie est fils de José Barbosa et Maria do Rosário Alves. Il épouse Marie Louise Cossart, en août 1928, à Bourecq.
Joaquim Rodrigues, natif de São Félix de Marinha, fils de Bernardo et Ermelinda da Rocha, épouse Clémence Labitte à Bourecq, en mai 1929.
António Carreiro, natif de Salvaterra de Extremo, fils de João et de Maria d’Ascenção, épouse Elise Quintin en mai 1926 à La Couture.
Joaquim Pereira Estrela, natif d’Águas Santas, fils de Custódio et Maria Ferreira da Silva, épouse Fernande Degore à Lorgies, en novembre 1923. Le témoin est Amadeu Barbosa, soldat?
João Cardoso, natif de Santos-o-Velho, fils de José Marques Cardoso et Maria da Encarnação, épouse Louise Leclercq, à Richebourg, en août 1920. Le témoin est César Acácio, d’Aljustrel, Caporal à la Croix-Rouge de l’armée portugaise.
Manuel Luiz, natif de Sobreira Formosa, fils de François et Rosa Ribeiro, épouse Maria Sophie Legillon à Laventie en mai 1922. Habitant la commune depuis 1919, père d’un petit garçon, il est mort mystérieusement en septembre 1926, son corps trouvé par un cultivateur au lieu-dit les Quatre-Paroisses de Laventie (selon Le Grand écho du Nord de la France).
Auguste dos Santos Coimbra, natif de Fânzeres, fils de José et Maria Martins de Oliveira, charpentier, domicilié à Laventie en 1923, épouse Hortense Donze en janvier 1923. Le couple aura une descendance. Il va s’installer à Clermont-Ferrand où Auguste sera naturalisé français en 1931, par application de l’article 6, paragraphe 1er, de la loi du 10 août 1927, avec une remise totale, c’est-à-dire une exonération des droits de sceau.
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– Dans l’arrageois, à15 kilomètres d’Arras :
Un mariage a lieu à Aubigny-en-Artois, juste après l’Armistice, le 15 novembre 1918, entre Carlos José Machado dos Santos et Berthe Dumont. Natif de São Gonçalo, domicilié à Funchal, Madère, fils de José et de Porfiria Rodrigues, il était mobilisé en tant que Médecin-Officier. Le témoin de mariage n’est autre que Raúl Augusto Esteves (lire ICI), le Commandant du Génie portugais, stationné à Aubigny avec le Bataillon portugais de Sapeurs de chemins de fer. L’autre témoin est Miguel Bacelar Duarte, lieutenant du Génie, également aux chemins de fer en décembre 1918.
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Un inventaire, comme ceux effectués dans beaucoup d’autres textes écrits dans LusoJornal, qui sera peut-être utile aux descendants de la communauté portugaise installée en France depuis la I Guerre mondiale ?!