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La veille de son concert au Théâtre de Bezons (le 18 janvier dernier, qui afficha complet), Katia Guerreiro était au Portologia avec deux de ses guitaristes pour une interview filmée pour France2. Par un hasard soigneusement calculé, il se trouve que nous y étions aussi, car c’est toujours un plaisir de passer boire un coup dans la maison de l’aimable Julien dos Santos. Et toujours un plaisir de deviser avec Katia, que nous aimons bien et qui nous aime bien aussi.

Son nouveau CD, «Sempre», sort dans les bacs en France le 1er février. Nous l’avons écouté, et c’est un bijou.

Il est né d’une rencontre improbable, celle de Katia Guerreiro, qui fut une militante très engagée en faveur de Cavaco Silva (elle en est revenue depuis), et de José Mário Branco, figure de proue culturelle de la gauche de la gauche portugaise, ancien compagnon de Zeca Afonso, et qui écrivit pendant la Révolution des œillets de méchantes diatribes contre le fado. De ces diatribes, il en est revenu aussi, puisqu’il travaille depuis 1995 sur pratiquement tous les albums de Camané, et depuis plus longtemps encore, quoique plus épisodiquement, avec Carlos do Carmo.

Facilitatrice de cette rencontre, un autre grand nom de la scène culturelle portugaise, Manuela de Freitas, immense actrice et fine poétesse, férue de fado et qui a offert trois des quinze poèmes qui composent l’album, dont le titre, «Sempre», José Mário Branco en assurant la direction artistique, y apportant deux mélodies inédites et même chantant un duo avec Katia, clin d’œil à cette collaboration inattendue: son titre, «Quem diria», pourrait se traduire par «qui l’aurait dit» ou plus populairement «qui l’eut cru».

Les choix musicaux de l’album sont dominés par des musiques de fados traditionnels, accompagnant, pour la plupart des titres, des poèmes originaux, d’une qualité rare. Parmi les auteurs, on trouve trois fadistes, le violiste «historique» de Katia (João Mário Veiga), la regrettée Natália dos Anjos et Hélder Moutinho, deux grands noms parmi les poètes du fado, David Mourão Ferreira et António Calem, quelques auteurs contemporains et Katia elle-même, dans «Vem», un fado dédié à João Mário Veiga, et dans un texte chanté a capella en introduction à l’album, et repris avec les guitares en conclusion, une sorte de profession foi pour le fado, auquel elle se donne pour mission de travailler à lui donner du sens, ce qu’elle démontre tout au long de l’album où les thèmes classiques (amour, saudade, amitié, tristesse et allégresse…) du fado sont traités avec amour mais parfois aussi avec ironie. Ainsi, dans «Deixar-te um dia»: «peut-être te quitterai-je un jour, mais nous serons toujours deux, car tu penseras à moi toute ta vie».

L’une des caractéristiques de l’apport musical de João Mário Branco à cet opus est son souci de veiller à ce que les guitaristes soient attentifs à la voix. Par rapport à bien des albums, où chanteur ou chanteuse et guitaristes interfèrent tout au long d’un morceau, la chanteuse bénéfice d’un accompagnement sobre qui met en valeur la voix, mais dans plusieurs des fados, des intervalles instrumentaux sont plus longs et plus fréquents que d’ordinaire, ce qui permet de goûter pleinement les talents d’accompagnateurs, d’une part, et de solistes de l’autre, des musiciens de haute volée que l’on entend sur le disque: Luís Guerreiro et Pedro de Castro aux guitares portugaises, João Mário Veiga et André Ramos aux violas, et Francisco Gaspar à la viola baixa.

«Sempre» confirme et amplifie ce que nous savions déjà: au-delà de posséder une des plus belles voix du fado d’aujourd’hui, Katia Guerreiro a une vraie vision du fado, attachée à ses racines, et sensible à ses évolutions, auxquelles elle participe avec talent (il est vrai qu’on pourrait penser que pour elle, avoir une vision est la moindre des choses puisqu’elle est, aussi, médecin ophtalmologiste).

Katia Guerreiro sera en concert au Trianon à Paris le dimanche 24 mars, à 16h00. Ne la manquez pas. Si vous la manquez, achetez le disque, si vous y allez, achetez le disque aussi.

 

 

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