
Le 34ème Colloque de l’Histoire Militaire, organisé par la «Comissão Portuguesa de História Militar (CPHM)», se tiendra du 13 au 15 octobre, au Musée de la Marine, à Lisboa. L’édition de cette année met en lumière un thème longtemps resté en marge de la mémoire collective européenne: «le rôle du Portugal et des Portugais dans la II Guerre mondiale», un conflit auquel le pays n’a pas officiellement pris part, mais qui a profondément marqué son territoire, ses colonies et des milliers de citoyens.
Pendant trois jours, historiens, chercheurs et institutions académiques exploreront les multiples dimensions d’une participation souvent qualifiée d’«invisible».
Le programme s’ouvre avec une conférence d’António Pires Ventura consacrée aux «Forces armées allemandes», incluant les volontaires étrangers – parmi lesquels des Portugais – engagés dans la Wehrmacht. Cette entrée en matière rappelle que la neutralité portugaise n’a jamais signifié absence totale d’implication: elle a plutôt produit une mosaïque de engagements, de pressions diplomatiques et de trajectoires individuelles parfois contradictoires.
Les sessions suivantes mettent en évidence l’un des aspects les plus méconnus du conflit: «le sauvetage de milliers de naufragés» par les autorités portugaises et la gestion d’un espace maritime traversé par les belligérants. Une visite guidée de l’exposition «Salvando Vidas do Mar – Portugal Neutral num Mundo em Guerra (1939–1945)» permet de replacer ces opérations dans un cadre plus large, celui d’un pays qui, tout en préservant sa neutralité, se retrouvait au centre des routes aériennes et navales de la guerre.
Le colloque aborde ensuite les «volontaires portugais engagés dans l’armée française en 1939-1940», les stratégies de communication policière sur le conflit, ainsi que la politique extérieure du Estado Novo entre 1936 et 1941. Ces interventions rappellent que, malgré la prudence diplomatique de Salazar, des milliers de Portugais ont combattu sous uniforme étranger, souvent dans l’anonymat des archives militaires.
Un autre axe majeur concerne les Açores, territoire stratégique convoité par les Alliés et objet de tensions géopolitiques constantes. Les communications analysent le quotidien des militaires portugais stationnés sur l’archipel, les craintes d’une invasion, les privations imposées par l’effort de défense et le rôle crucial des Açores dans la logistique alliée.
Les panels du deuxième jour élargissent la perspective: «le Brésil et la question des Açores», les manœuvres militaires de 1943, les plans de défense portugais, ainsi que l’activité aérienne des belligérants dans l’espace portugais. Les chercheurs reviennent également sur les «aviateurs étrangers contraints d’atterrir au Portugal», un phénomène fréquent qui illustre la position délicate du pays entre neutralité et coopération.
Les communications du troisième jour s’intéressent aux «prisonniers portugais», notamment à Mauthausen, aux opérations navales, à l’ingénierie militaire et aux répercussions du conflit dans l’Empire colonial. Les cas de Macau, Cabo Verde, Angola et du Timor portugais – envahi par le Japon en 1941 – montrent que la guerre fut aussi un choc pour les territoires ultramarins, confrontés à des famines, des pressions étrangères et des mouvements politiques inattendus.
Le colloque se conclut par une conférence d’António José Telo sur «les neutralités en temps de guerre», un thème central pour comprendre la position portugaise: une neutralité active, parfois fragile, qui a exigé des choix diplomatiques complexes et une mobilisation militaire souvent sous-estimée.
Avec ce programme dense, la CPHM entend «réhabiliter un chapitre essentiel de l’histoire portugaise», en révélant la diversité des expériences vécues par les Portugais – soldats, volontaires, marins, aviateurs, civils – dans un conflit qui a redessiné le monde contemporain.






