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Prisonniers de guerre portugais dont la sépulture était introuvable en France, car enterrés comme soldats allemands

Patrick Buchet Dominique Bascour CICR AHM AHM Patrick Buchet Dominique Bascour CICR AHM CICR Dominique Bascour Dominique Bascour
Comunidade

 

Les soldats portugais, morts «Pela Pátria», sont cités dans le Mémorial virtuel mis à disposition par les Archives historiques militaires. Certains figurent sans mention de lieu de sépulture et pour cause… Des recherches, menées hors des sentiers battus, permettent d’envisager que des tombes de soldats du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) sont à chercher ailleurs qu’au Cimetière Militaire Portugais de Richebourg et autres lieux connus. Une observation est faite ici du Cimetière Militaire Allemand de Wavrin dans le Nord de la France, où des sépultures de soldats portugais sont nouvellement identifiées.

 

Le Cimetière Militaire Allemand de Wavrin, Nord de la France

Environ 975 soldats ont des tombes à Wavrin. La commune est en secteur allemand lors de la I Guerre mondiale, de l’autre côté du front portugais, à une dizaine de kilomètres.

Les anciennes croix funéraires provisoires en bois sont remplacées par des croix en granit avec les noms et dates de décès gravés, quand cela est possible.

Certains soldats sont restés non identifiés.

Un comptage permet de trouver 96 (+ ou – 1) croix avec un nom inscrit et 439 (+ ou – 1) croix avec 2 noms inscrits, soit 535 tombes pour 975 noms.

Le cimetière est entièrement photographié par Patrick Buchet en 2017 et les photos sont disponibles sur Geneanet.

Epitaphe: «Dans ce cimetière militaire reposent 975 Allemands tombés au cours de la guerre 1914-1918». Rien ne permettait, à l’époque, de préciser qu’il existe des soldats portugais parmi ces soldats allemands.

 

Le Traité de Versailles, traité de paix de 1919

Dans ces 242 pages, l’une concerne les sépultures:

«Les sépultures des prisonniers de guerre décédés en captivité seront convenablement entretenues. Les Etats belligérants feront respecter et entretenir les sépultures des soldats et marins inhumés sur leurs territoires respectifs. Ces Etats s’engagent à se fournir respectivement la liste des décédés et éléments d’identification, l’emplacement des tombes des morts enterrés anonymes».

Plus de 100 ans après, il est convenu que ces listes ont été établies au mieux des possibilités d’après-guerre, vu le nombre de morts. Des identifications se poursuivent aujourd’hui. En France, il n’est pas rare de voir un nom de soldat ajouté sur un Monument aux morts. L’Anneau de la Mémoire du Mémorial International de Notre-Dame-de-Lorette dans le Pas-de-Calais dispose de plaque vierge pour mentionner ces ‘oubliés’ des listes.

L’écriture erronée, l’inversion des noms et prénoms, sont des faits assez fréquents après-guerre par ceux qui écrivent ces listes de morts. Ils n’ont pas la connaissance suffisante de «l’autre», de sa nationalité, etc…

Des nouvelles listes ont probablement été constituées et fournies par les Etats belligérants pendant ces cent ans écoulés. (Pour exemple, le cas des Portugais ci-dessous, pas de date de décès sur le registre du cimetière allemand, une date inscrite sur la sépulture, cette date provient bien de quelque part…).

 

Qui sont ces soldats Portugais enterrés comme Allemands?

L’analyse des noms de famille et prénoms sur ces tombes est l’élément déclenchant pour la recherche de la présence portugaise à Wavrin. L’écriture de deux noms de famille interpelle: Portugais au service de l’Allemagne? Naturalisés? Portugais prisonniers de guerre?

Les documents d’Archives dont ceux du Mémorial virtuel des Archives historiques militaires portugaises (AHM) et les Archives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) permettent d’identifier ces soldats, qui sont bien portugais, enterrés comme des soldats allemands, sans autre information après-guerre.

 

Il s’agit de:

Josa Pereira: une mauvaise écriture à l’époque du prénom portugais José, Josef est écrit sur les tombes des soldats allemands.

Le registre du cimetière précise qu’il est enterré au Block 6 Grab 61. La date de décès est le 10 juillet 1918. L’information est confirmée par une liste de Portugais décédés, dans les livres du CICR: «Pereira José Julio. Soldat du 17ème Régiment d’infanterie, 9ème compagnie. Naissance le 22.1.95 à Albernoa, Beja, Portugal. Mort le 10.7.18 des suites de blessures par éclats d’obus. Im Feldlaz. (Hôpital militaire de campagne) Wavrin».

José Júlio Pereira, prisonnier de guerre, n’a probablement pas quitté la France après la Bataille de la Lys pour un camp en Allemagne. Il est mort dans un hôpital militaire allemand à Wavrin, avant le retrait définitif des troupes ennemies à l’été 1918.

En effet, il existait en secteur allemand des «Lazaretts» et «Feldlazaretts (Feldlaz)»: Hôpitaux Militaires et H. M. de campagne, pour soldats y compris prisonniers. L’information est confirmée à Wavrin par l’Agence internationale des prisonniers de guerre (In Gallica BnF). Un texte précise que «des blessés portugais du 35ème d’infanterie sont soignés à Wavrin, au Lazarett de campagne 153 ».

 

José Pinkeiro: une mauvaise écriture à l’époque du nom Pinheiro.

Le registre du cimetière précise qu’il est enterré au Bloc 5 Grab 2. Il est décédé le 26 septembre 1918. La liste des décédés portugais du CICR donne ces informations: «Pinheiro José. Soldat du 10ème Régiment d’infanterie, 1ère compagnie. Naissance le 10.3.1896, fils de Jacob José, de Couços, Mirandela, Portugal». Son bulletin militaire précise qu’il est disparu lors de la Bataille de La Lys du 9 avril 1918, un point d’interrogation néanmoins concernant sa présence dans le camp de prisonnier de Merseburg en Allemagne.

Il n’a pas quitté la France? Une date de décès imprécise en octobre 1918 est notée aux AHM, date proche du 26.9.1918, celle mentionnée au cimetière de Wavrin, un doute minime persiste concernant cette identité de Pinheiro José António.

 

Un 3ème soldat apparait à Wavrin, pour lequel il n’est pas trouvé, à ce jour, de lieu de sépulture:

Silvettoa Antonio, une mauvaise lecture à l’époque du nom Silvestre.

Un document consulté dans les Archives du CICR interroge, celui de Silvestre António. «Soldat du 24ème Régiment d’infanterie, 3ème compagnie. Décédé le 27 juillet 1917, des suites de blessure à l’hôpital militaire de campagne de Wavrin. Enterré dans le cimetière militaire de la commune».

Il ne figure pas sur le Mémorial virtuel portugais, aucun bulletin militaire n’est trouvé à ce jour, avec ce nom et ce prénom. Le corps a été déplacé? Silvestre… Silva… pourrait-il être enterré sous le nom Silva?

 

Quelques remarques à la suite de ces longues recherches:

L’évidence, la cohérence… sont des mots employés par la chercheuse que je suis parfois, uniquement après investigations et vérifications.

Il est maintenant évident et cohérent, en novembre 2021, que deux soldats portugais figurent avec deux soldats ennemis au Cimetière Militaire Allemand de Wavrin, dans le Nord de la France.

Les lieux de sépulture de José Pereira et José Pinheiro sont connus!

Et bientôt, peut-être, auront-ils des fleurs déposées, ‘In Memoriam’…

 

Merci à Dominique Bascour pour son aide et sa compréhension des bonnes intentions de ces recherches.

 

Un lien complémentaire concernant les Prisonniers de guerre:

Bataille de La Lys: Prisonnier de guerre portugais – enquêtes menées lors d’une disparition

 

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