Pourquoi le Portugal a-t-il dû attendre huit ans pour intégrer la CEE ?

Cela fait 40 ans que le Portugal a rejoint la Communauté économique européenne (l’ancêtre de l’Union européenne). Cependant, son intégration ne fut pas immédiate. Il a fallu huit longues années de négociations au Portugal avant de la rejoindre officiellement le 1er janvier 1986. Entre fragilités économiques, retard agricole, inflation et conséquences de la décolonisation, les défis étaient immenses. Malgré ces obstacles, la CEE a choisi d’accompagner le Portugal sur la voie de l’intégration plutôt que de lui fermer ses portes. Cette adhésion a marqué le début d’une profonde modernisation et amélioration économique et sociale.

L’ancêtre de l’Union européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui est la Communauté économique européenne (CEE). Sa création est marquée par la signature du Traité de Rome, signé à Rome, en Italie, le 25 mars 1957 et appliqué à partir du 1er janvier 1958. Ce traité instituant la Communauté économique européenne, a créé un marché commun entre les six pays fondateurs : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. L’objectif était de resserrer les liens entre les États membres et de stimuler la croissance économique grâce à l’intensification des échanges.

Au cours des années suivantes, la CEE s’est progressivement élargie en accueillant de nouveaux pays : le Danemark, l’Irlande, le Royaume-Uni et la Grèce. Cependant, il faudra attendre le 1er janvier 1986, soit près de trente ans après la création de la CEE, pour que le Portugal rejoigne la Communauté économique européenne aux côtés de l’Espagne.

Ce qui parait étonnant est le délai entre la demande d’adhésion du Portugal et son acceptation définitive. En effet, huit années se sont écoulées ce qui représente huit années de négociations.

La Révolution des Œillets du 25 avril 1974 marque la fin du régime autoritaire de l’Estado Novo créé par le dictateur António de Oliveira Salazar. Trois ans après la chute de la dictature, le 28 mars 1977, le Ministère portugais des Affaires étrangères adresse une lettre au Président du Conseil afin de demander l’adhésion du Portugal à la Communauté économique européenne. À cette époque, la démocratie portugaise est considérée par la Commission comme un «fait politique établi».

En effet, depuis 1976 le Portugal dispose d’institutions démocratiques stables, d’une Constitution, d’un Président de la République ainsi que d’un Gouvernement.

Cette évolution explique que le 6 juin 1978 le Conseil des Ministres de la CEE approuve à l’unanimité la demande portugaise. Les États membres se déclarent alors favorables à l’adhésion du Portugal et décident de poursuivre la procédure. Cette décision marque le début de huit années de négociations entre la CEE et le Portugal, avec une volonté de la part de la Communauté de permettre une adhésion aussi rapide que possible.

Une économie trop fragile

Cependant, une intégration immédiate était impossible du fait de plusieurs raisons économiques et structurelles majeures qui auraient pu mettre en péril aussi bien l’économie portugaise que le fonctionnement de la CEE.

Tout d’abord, le Portugal présentait une économie trop fragile. Des faiblesses structurelles importantes existaient dans l’ensemble des secteurs d’activité. Son industrie était dominée par des secteurs en crise, notamment le textile et la chaussure, et manquait de compétitivité.

L’agriculture constituait également un défi majeur. Près de 28% de la population travaillait dans ce secteur, mais celui-ci ne représentait que 14% du PIB et demeurait fortement déficitaire. Une ouverture immédiate des marchés risquait donc de pénaliser les agriculteurs portugais les moins compétitifs.

À cela s’ajoutait une instabilité financière critique. Le pays faisait face à une inflation ainsi qu’à un déficit de 1,5 milliard de dollars en 1977.

De plus, à cela il fallait rajouter le choc de la décolonisation qui compliquait la situation. En effet, la Révolution de 1974 a entraîné le rapatriement brutal de 500.000 personnes, ainsi que la perte des marchés coloniaux, provoquant une profonde déstabilisation de l’économie nationale.

Enfin, du point de vue de la Communauté économique européenne, l’intégration d’un pays présentant de telles disparités de développement risquait de rendre le processus de décision au sein des institutions européennes beaucoup plus difficile. De plus, cette adhésion s’est déroulée dans un contexte de fortes tensions sur le budget communautaire. Plusieurs États membres s’inquiétaient du financement de la CEE et des conséquences budgétaires de l’élargissement, notamment en ce qui concerne les politiques agricole et régionale.

Pour toutes ces raisons, la Commission estimait qu’un processus de restructuration profond était indispensable avant que le Portugal puisse être intégré. L’adhésion n’était donc pas refusée mais elle nécessitait une phase de transition ainsi que des réformes importantes, notamment pour que le Portugal puisse supporter la concurrence du marché européen.

Des résultats immédiats

De plus, il faut savoir que l’adhésion du Portugal à la CEE a eu un impact rapide et très important sur l’économie portugaise. En effet, les échanges commerciaux avec l’Espagne (qui étaient limités par les barrières douanières) ont immédiatement connu une forte expansion. L’Espagne est ainsi devenue le premier fournisseur du Portugal et son deuxième client. De plus, la confiance accordée au Portugal, provoquée par l’adhésion à la CEE, a permis une forte augmentation des investissements étrangers, qui auparavant étaient très faibles.

L’accès aux fonds structurels européens a également permis d’augmenter les investissements dans les infrastructures et la formation professionnelle, qui étaient avant négligés par l’économie portugaise. L’ensemble de ces facteurs, associé à une conjoncture économique favorable en Europe, a soutenu une forte croissance économique.

Le Portugal a ainsi connu une convergence rapide avec les autres membres de la CEE ainsi qu’un vaste processus de modernisation touchant de nombreux secteurs de l’économie et de la société.

Au fil des années, le Portugal est devenu un acteur important du projet européen. Sa présence a contribué à renforcer une Europe fondée sur la confiance, le progrès et la solidarité. Le pays a participé de manière importante au renforcement de la cohésion européenne et de sa portée mondiale, notamment en contribuant à définir le Traité de Lisboa et en permettant une énergie nouvelle en ce qui concerne les différents partenariats avec l’Afrique et l’Amérique latine. Son engagement en faveur des valeurs européennes – de la démocratie, de la solidarité et de la justice sociale – continue aujourd’hui encore d’inspirer le projet européen.

Les résultats de cette adhésion sont plus que visibles aujourd’hui. Entre 2021 et 2024, plus de 55.000 étudiants portugais ont étudié dans des universités de toute l’Union européenne grâce au programme Erasmus+. Près de 200.000 agriculteurs portugais reçoivent chaque année un soutien vital dans le cadre de la politique agricole de l’Union européenne. Enfin, depuis son adhésion à l’Union européenne, le PIB réel du Portugal a progressé de 131%.

Les citoyens portugais ont bénéficié d’une croissance économique plus forte, le nombre d’emplois est passé de 4 millions en 1986 à 4,8 millions en 2024.

L’adhésion à l’Union européenne a également renforcé les liens commerciaux du Portugal avec le reste du monde. Les exportations mondiales de biens sont passées de 2,8 milliards d’euros en 1986 (soit 7,3% du PIB) à 21,6 milliards d’euros en 2024 (soit 7,6% du PIB).

Enfin, depuis 1986, les chercheurs portugais ont reçu près de 3 milliards d’euros de financement au titre d’Horizon Europe, ce qui a permis à plus de 7.000 d’entre eux de mener des projets bénéficiant directement aux citoyens de toute l’Europe.

Quarante ans après son entrée dans la Communauté économique européenne, le Portugal apparaît comme l’exemple par excellence d’une intégration bien réussie. Après huit années de négociations et de profondes réformes, le pays est parvenu à mener une modernisation profonde de son économie et à s’imposer comme un acteur pleinement engagé dans la construction européenne.

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Sources:

The accession of Portugal – Historical events in the European integration process (1945–2009)

Portugal na UE – Representação em Portugal – Comissão Europeia

1974–1977 Democracy and the European integration process – Portugal and the European integration process

Resources for 1978–1985 The negotiations and accession to the European Communities – Portugal and the European integration process

1986–1992 Portugal as a Member State of the European Communities – Portugal and the European integration process

Commission Opinion on Portugal’s application for accession (19 May 1978) – CVCE Website

https://commission.europa.eu/topics/enlargement/together-eu/40-years-together/portugal_fr?utm_

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