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Gérard Tiberghien: un Homme, un industriel. Son slogan: «Sim, nós podemos»

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Le Portugal Business Club Haut-de-France s’est réuni le samedi 8 juin, le repas a eu lieu au restaurant portugais de Tourcoing, Vila Nova. Parmi les invités, de cette réunion, Gérard Tiberghien, un des plus grands industriels du textile du Nord de la France. Pris d’amour pour le Portugal, il y a installé deux usines.

Gérard Tiberghien: un Homme, un dirigeant, il a toujours eu des relations privilégiées avec ses ouvriers, avec ceux qu’il considérait sa famille. Un style de personnage, de gouvernance, malheureusement en voie de disparition.

Nous avons, avec Jaquelina da Fonseca, interrogé Gérard Tibeghien pendant le repas au Vila Nova. Nous allons vous transcrire les propos, du jeune homme de 88 ans, en pleine forme, toutefois, avant de lui donner la parole, petite présentation:

Gérard Tibeghien a pris en main l’entreprise familiale créée en 1921 par son père, elle s’appelait Paul et Jean Tiberghien, sa spécialité étant la filature, teinture, tissage et ennoblissement de tissus pour l’habillage.

Au milieu des années 1920 l’entreprise comptait 2.500 ouvriers, dans les années 1950 elle a eu jusqu’à 4.500.

Gérard Tibeghien a créé deux usines au nord du Portugal, à Tibaes.

Le 11 juin 1973 la première pierre de l’usine Fiandeira a été maçonnée, le 23 mars l’usine est baptisée, le 20 avril, 5 jours de la Révolution des Œillets, l’usine fabrique le premier kilo de fil, le 23 novembre de la même année on y fabrique le premier mètre de textile, en 1986 l’usine Fiandeira est visitée par le Premier Ministre de l’époque, Mário Soares.

Un livre sur l’expérience de Gérard Tiberghien au Portugal a été récemment édité sous la plume de Jean-François Roussel aux éditions du Net. Le livre a un titre assez long: «Sim, nós podemos!» «On peut y arriver, l’aventure d’une entreprise textile au Portugal, le pari de Gérard Tiberghien».

 

M. Gérard Tiberghien pouvez-vous nous faire une présentation sur vous?

Je suis né à Tourcoing, rue de Lille, en 1930. J’ai fait mes études au Sacré Cœur de Tourcoing et pour terminer j’ai obtenu mon diplôme universitaire à l E.D.H.E.C. J’ai fait mon service miliaire en France et puis en Algérie. Huit jours après être rentré d’Afrique du Nord, mon père m’a désigné responsable d’une usine de teinturerie rue Blancheporte. Les termes utilisés par mon père ont été: «si tu as besoin de moi, vient me voir, sinon débrouilles-toi». C’est là que j’ai appris mon métier de patron du textile. Dans la vie d’un patron il est essentiel de connaître son métier, il faut l’avoir vécu et connaître son entreprise pour devenir patron. Pour être patron dans le textile il fallait connaître plusieurs métiers à la fois, c’était complexe: il fallait être bon dans le tissage, dans la teinture… tout cela s’apprend sur le tas. Il faut passer par là si un jour on veut créer des filiales à l’étranger. Je suis resté pendant 20 ans chez Paul et Jean Tiberghien, c’est là que j’ai mis probablement en route un des premiers ordinateurs de la région. Pendant toute cette période j’ai eu à m’occuper de toute la relation avec le travail, comprendre ce qu’est une entreprise, et tout d’abord comprendre l’homme au travail. Mettre l’homme au travail, c’est le rendre responsable et en l’associant au projet de l’entreprise qu’il soit cadre, ouvrier ou manutentionnaire… mettre l’homme au centre de l’entreprise c’est possible. Après mon départ en retraite, j’ai été Président d’un organisme tant au niveau local, que régional et national qui construisait des logements pour les plus défavorisés, les immigrés algériens, portugais. J’ai présidé aussi, sur Lille, une association qui herbageait 300 personnes défavorisées en les aidant à s’intégrer dans la société, à trouver du travail.

 

L’ouvrage qui raconte votre expérience au Portugal a été préfacé par Jean-Pierre Balduyck, ex-Maire de Tourcoing, mais aussi syndicaliste. Un patron et un syndicaliste peuvent-ils s’entendre?

Jean-Pierre Balduyck était un militant, un vrai militant, qui a toujours mis son cœur et son savoir au service des autres. J’ai rencontré Jean-Pierre au sein de J.P. Tiberghien, il est un pur produit de cette entreprise créée par mon père. Il était en charge des achats des matières premières. On s’est connu particulièrement en mai 1968. Dans note entreprise il n’y a jamais eu de grandes tensions, on a toujours su maintenir le dialogue avec les représentants du personnel, cela a été toujours un de mes choix. Avec Jean-Pierre Balduyck on a organisé pour les ouvriers les moins instruits des cours de formation, on a mis en place des primes non hiérarchisées. Le montant de la prime était la même pour tout le monde, tout le monde n’est pas d’accord, mais moi je suis favorable à ce qu’on revienne à cette idée, une même reconnaissance pour tous et pas en fonction des salaires ou de sa fonction. Avec Jean-Pierre Balduyck on vient de créer une association pour la récupération des mémoires, des témoignages des ouvriers du textile.

 

«Sim, nós podemos». Qu’évoque cette phrase pour vous et pourquoi vous est-elle si chère au cœur?

Pour moi, c’est sûr qu’on peut toujours y arriver, à condition de rendre les hommes responsables, de les mettre au centre. L’entreprise que j’ai créée au Portugal a connue des moments difficiles, elle a toutefois survécu. À la veille d’une Saint Sylvestre, l’usine a été inondée par 2,5 mètres d’eau. J’ai pris l’avion, je suis arrivé à 7 heures du matin, tous les ouvriers, tout le village était là, un jour de la Saint Sylvestre. Ce qui pourrait être encore plus dramatique c’était que nous n’étions pas assurés pour ce type de dégâts. Les ouvriers, les gens du village, ont travaillé jour et nuit et 15 jours après les inondations, on a mis en route le transformateur, les chaudières et les premières machines. Deux mois après, tout était rentré dans la normale grâce à un travail acharné. Avec certains appuis, j’ai obtenu à l’époque un prêt pour reconstituer la trésorerie, les ouvriers ont toujours été payés.

 

Comment et pourquoi avoir choisi de quitter les terres familiales du Nord pour créer de toutes pièces deux usines à Tibães, au Portugal?

Je ne vais pas vous le cacher. Produire en France du fil ou pantalons basiques était devenu non rentable. On a donc choisi d’aller produire dans un pays dont les salaires étaient inférieurs aux nôtres. On nous a fait la proposition d’aller faire un tour au Portugal pour y envisager la création d’une filature et d’un tissage. Je suis arrivé à Lisboa tout en haut de l’avenue de la Liberdade. On a descendu, avec mon associé, toute l’avenue jusqu’au Tage. Je regardais les gens, ils avaient tous l’air d’être gentils, on sentait en eux un esprit communicatif. J’ai tout de suite senti que c’était là-bas qu’il fallait construire quelque chose, s’implanter. On a passé par Covilhã, puis le nord du Portugal, Viana do Castelo. On a été sollicité par le Maire de Braga et surtout par le Curé de Padim da Graça. On a acheté un terrain de 3 hectares, on y a construit la première usine, Fiandeira. C’est le Curé qui a convaincu 10 «lavradores» de me vendre le terrain. On a tout fait au niveau des infrastructures et même les chemins. J’ai voulu investir dans un petit village, car à Braga il y avait déjà une grande entreprise allemande. Par ailleurs, les ouvriers pouvaient y venir à pied ou en vélo en construisant dans le village.

 

Tout au long de votre carrière industrielle au Portugal, vous avez connu beaucoup de changements politiques: de Salazar, à l’arrivée de la Révolution des Œillets, de la démocratie, le règne humaniste de Mário Soares, etc. Quelles répercussions ces événements ont-ils eues dans votre activité?

Salazar était décédé, toutefois les 2 premières années n’ont pas été évidentes. On était sous régime de Marcelo Caetano, le pays commençait à s’ouvrir aux investissements étrangers à certaines conditions. D’une façon générale, les gouvernants nous ont très bien accueilli, exigeant de nous, qu’on installe dans l’usine que du matériel neuf. En juin 1973, j’ai vu arriver des gens, c’était la «Pide», la Police politique portugaise, ils savaient tout sur moi, de mes allers et retours entre la France et le Portugal… Voilà que la Révolution arrive. La Révolution n’a pas été violente, toutefois cela pouvait poser quelques problèmes. J’avais contracté un prêt auprès d’une banque portugaise. Le lendemain du 25 Avril, le Directeur de la banque est venu me dire de ne plus compter sur le prêt. On a dû négocier auprès de la maison-mère pour qu’elle nous envoie un peu d’argent qui permettait de payer les machines qui étaient déjà sur des camions et sur des trains. On a également négocié un emprunt fournisseur. Avec tout le personnel embauché, le 1er Mai qui a suivi la Révolution, nous avons organisé une grande fête dans l’usine, nous étions 50 autour d’un bon «Vinho Verde». On a eu une année un peu difficile quand les militaires marxistes ont pris le pouvoir, mais comme nous étions au début de notre activité, on a pu continuer à nous développer. Nous avons également eu l’intervention de quelqu’un que j’aimais bien, Mário Soares. Il est venu nous faire une visite à l’usine. J’admirai Mário Soares, car c’est lui qui a rétabli la Démocratie au Portugal, qui a fait élire un nouveau Parlement et qui a négocié l’adhésion du Portugal à l’Europe ce qui a permis au Portugal d’obtenir des subventions pour la création de nombreuses infrastructures. J’ai une très grande estime pour les responsables portugais, je les ai respecté tout au long de ma carrière, qu’ils soient de Droite ou de Gauche. Ils sont de vrais démocrates au sens large du terme. La situation actuelle du Portugal est probablement la meilleure de toute l’Europe. On a eu peur par moments, toutefois «Sim, nós podemos»…

 

S’il fallait tirer une conclusion sur votre implantation au Portugal, que nous direz-vous?

Je retiens les gens, je retiens l’amitié des Portugais. Le dicton dit «nul n’est prophète dans son pays». J’ai trouvé des gens au Portugal qui partageaient les mêmes valeurs que moi. Ce que je souhaite le plus, à vous Portugais, c’est que vous mainteniez vos valeurs, des valeurs où l’on met la personne au centre, garder votre sens de la famille, votre amour au travail et le respect des autres. C’est toujours pour moi un plaisir de retourner au Portugal. J’y vais dans huit jours avec des amis, on va y boire du bon «Vinho Verde».

 

Les propos de Gérard Tiberghien sont riches d’enseignements. Un industriel, un sacré homme, un visionnaire. Un homme d’un autre temps? Nous pensons que non. Certaines valeurs devraient rester pour toujours et être universellement pratiquées et reconnues.

 

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