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Thérouanne: Le soldat portugais et la plaque de cocher

Collection André Lemoine - Geneanet
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Ce n’est pas le titre d’une fable de Jean de La Fontaine. C’est une histoire vraie, racontée grâce à l’aide d’une photo d’époque et de documents d’archives dont l’état civil français.

La plaque «de cocher» est un élément ancien du patrimoine français, en cours de recensement et de restauration. Le soldat est Álvaro Rato. Il a épousé une Française après la I Guerre mondiale et s’est installé en France, dans le Pas-de-Calais, à Saint Venant. Le couple luso-français a des enfants, dont une descendance présente aujourd’hui sous le nom de famille Ratto.

Le bulletin militaire (1) de ce soldat du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) est un des fils conducteurs pour raconter un peu de cette histoire.

Álvaro dos Santos Rato est soldat chauffeur. Ceci est vérifié par l’image proposée, où il est au volant d’une voiture du CEP. L’inscription est lisible sur le capot. Il est né à Lisboa, d’où il embarque pour combattre en France en février 1917. En mai 1919, son dernier domicile mentionné est la cité ouvrière (2) Saint-Eloi, à Molinghem (Pas-de-Calais), Isbergues aujourd’hui.

Un instituteur confirme la présence portugaise au Pont-à-Balques, hameau proche de Molinghem, dans un écrit de 1920 (3). Ce récit consigne l’occupation du territoire par les Armées alliées. Il est demandé par le recteur de l’Académie de Lille, en vue de l’Exposition internationale. Il est écrit que du 22 avril au 5 août 1918, la population civile ouvrière évacuée, le hameau de «Pont-à-Balques est occupé par des Portugais».

La plaque de cocher apposée au haut du mur (photo jointe), ancien panneau indicateur, donne des éléments de localisation. Elle indique que le soldat est dans un véhicule du CEP à Thérouanne, CH. DE G. COM. N.190: abréviations de Chemin de Grande Communication. La commune de Clarques est à 2 kilomètres. Upen d’Aval, aujourd’hui commune de Delettes, est à 3 kms, dans l’Audomarois actuel.

Thérouanne (4) est le long de la chaussée Brunehaut, voie qui relie Arras à Boulogne-sur-Mer via Desvres, empruntée dans les deux sens par les troupes de soldats du CEP pendant la I Guerre mondiale. La ville est un passage obligé du littoral de la Côte d’Opale vers les Quartiers Généraux, cantonnements et front portugais…

Le soldat-photographe du CEP, Arnaldo Garcez, laisse des traces visuelles nombreuses de la présence portugaise dans cette région.

La photo a été déposée sur le site international de généalogie Geneanet, par André Lemoine. Elle n’est pas privée, la provenance ne peut être connue. André Lemoine est décédé en 2013, il faisait partie des généalogistes passionnés qui transmettent et s’entraident (une communauté?). Il a consacré beaucoup de son temps à la généalogie, jusqu’à devenir Président de l’association «Histoire Généalogie Héraldique de La Bassée (Nord)».

L’association «Histoire et Généalogie de l’Audomarois» (HGA, Secrétaire Roland Dussaussoy décédé aujourd’hui) répertorie en 2018 les plaques de cocher de cette région. De nombreux villages de la région de Saint Omer gardent le souvenir de la présence des soldats portugais de 1917 à 1919. Ces plaques sont précieuses pour qui s’intéresse à géolocaliser des scènes de vie à l’arrière du front portugais.

Le Bulletin militaire précise que le soldat Álvaro Rato est puni à des jours de prison correctionnelle, parce qu’un «individu de sexe féminin» conduit son véhicule militaire et n’est pas habilité pour cela, une «fiancée» française?

Suite à la Grande guerre en France, des mariages luso-français sont consignés dans les registres d’état civil des communes d’Aire-sur-la-Lys, Thérouanne, Mametz, Roquetoire, Witternesse, Blessy… et bien d’autres.

Le dernier domicile d’Álvaro Rato, figurant sur le bulletin militaire en mai 1919, est Molinghem, hameau situé entre Thérouanne, où est prise la photo proposée, et Saint Venant où il épouse en 1921 la Française Virginie Noël. Le couple s’installe à Saint Venant, d’où est native Virginie. Elle perd sa nationalité française par son mariage avec Álvaro.

Álvaro Rato est naturalisé français en août 1927, selon un décret du 8 août. Virginie est réintégrée dans la qualité de Française au même moment (5).

 

Un autre mariage est connu à Saint Venant, celui du soldat du CEP Joaquim Pinto Leão, arrivé en France en décembre 1917. Il a participé à la Bataille de la Lys du 9 avril 1918. Son dernier domicile connu, selon son Bulletin militaire, en août 1919, est Saint Floris, commune voisine. Il épouse une Française native de Fromelles (Nord), probablement réfugiée de la zone située, pendant la I Guerre mondiale, côté allemand du front portugais. Le mariage a lieu en décembre 1921, il est dissout en 1939. Descendance connue?

Une lusodescendance s’est installée dans le Nord-Pas-de-Calais sous le nom de Pinto, pas Leão.

 

Notes:

(1) Archives Historiques Militaires (AHM) portugaises.

(2) La présence portugaise de travailleurs sera développée, à l’aide des Archives du Pas-de-Calais.

(3) La Contemporaine – BDIC

(4) Thérouanne vu par Garcez: https://lusojornal.com/i-guerre-mondiale-estaminets-lieux-de-vie/

(5) Journal officiel de la République française, Gallica-BnF

 

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